L'Adn de…

Daphné
DE LEVAL Actuaire

Propos recueillis par Nadine SAHABO • nadinesah@yahoo.fr

D. DE LEVAL

Actuaire, c’est une vocation que vous avez depuis toute petite ?

Non, mais c’est devenu une vraie passion. L’idée de faire l’actuariat m’est venue au fur et à mesure de mes rencontres et de mes expériences. D’abord, le choix de ma formation de base a eu lieu lors d’une bourse aux études où j’ai pu échanger avec une femme rayonnante qui avait fait des études d’Ingénieur commercial. J’ai donc décidé de suivre cette filière, tout en étant consciente qu’il faudra par la suite me réorienter. J’ai réalisé mon stage en entreprise dans une société d’assurance et j’ai eu ensuite l’opportunité de suivre des études d’actuariat avec le soutien du Directeur. L’actuariat comporte à la fois des composantes quantitatives, mais aussi économiques et juridiques, ce qui me convenait parfaitement. De plus, j’étais attirée par la finalité de l’actuariat: nous jouons un rôle très important dans la société car non seulement nous couvrons les risques, ce qui permet de limiter la perte financière de façon globale, mais nous avons également un rôle d’investisseur à long terme, ce qui fait de nous des partenaires pour l’État et la société dans son ensemble.

Aujourd’hui, c’est différent parce qu’on peut bifurquer plus vite vers l’actuariat, après un baccalauréat ou un master en mathématiques, économie appliquée, ingénieur commercial, ingénieur civil, physique. Avant, c’était possible soit après une formation en mathématiques ou sciences dures ou après des études d’ingénieur commercial ou économiste. En Belgique, 3 universités dispensent cette formation: KUL, UCL, ULB. Dans mon cas, j’ai suivi des études d’ingénieur commercial à l’École d’Administration des Affaires (rebaptisée HEC Liège). Grâce à certaines dispenses et le soutien de mon employeur de l’époque, j’ai pu étudier pendant 2 ans tout en travaillant à temps plein et allier les concepts théoriques à la pratique.

Comment devient-on actuaire ?

Vous travaillez comme responsable du suivi des risques du portefeuille d’assurance et des risques d’investissement chez  Belfius Insurance, mais quelle est votre journée-type ?

Mes journées sont très variées. Il y a à la fois le côté technique, le management et la communication. L’aspect technique consiste à faire des analyses, à les revoir et à les présenter aux comités de direction, pour des décisions d’investissement, des lancements de nouveaux produits ou des demandes spécifiques qui émanent du comité de direction. Il y a également ce qui est Business as usual: le reporting, s’assurer qu’on respecte bien nos limites, que les résultats sont en ligne avec le business plan et la stratégie. Enfin, il y a le management. Lorsque l’on a une équipe à sa charge, on doit s’assurer qu’elle ait l’information dont elle a besoin, interagir, faire le lien avec les autres départements… Il peut aussi y avoir des activités externes à l’entreprise, notamment avec l’Institut des Actuaires de Belgique (IA|Be) qui défend les intérêts de la profession, assure une formation continue, organise des groupes de travail et contribue à des consultations européennes en cours. Je préside un groupe de travail sur la solvabilité des assureurs et je suis également active au niveau européen.

Cela remonte assez loin ! (Rires). Vers l’âge de 16 ans, avec les expériences en labo. C’est vraiment ce contact, ce questionnement de savoir si je teste la théorie ou si je pars de l’observation qui m’intéressaient. Les sciences font aussi partie de l’actuariat: c’est sur base de ce que j’observe, de comment je vais le modéliser et des hypothèses que je formule que l’on va faire ce qu’on appelle un back testing. Modéliser, challenger les modèles puis tester leur validité avec un intervalle de confiance, c’est passionnant.

Quels sont vos rapports avec la science ? Quels sont vos premiers souvenirs «scientifiques» ?

Quelle est la plus grande difficulté rencontrée dans l’exercice de votre métier ?

Je dirais les aspects politiques. Comprendre les intérêts des différentes personnes qui composent le système, leurs objectifs personnels et ceux de l’entreprise, c’est quelque chose que nous n’apprenons pas à l’école. Parfois, il faut aussi pouvoir gérer un désalignement avec nos propres objectifs ou notre nature. En outre, l’environnement de l’actuariat, à dominance masculine, peut être une difficulté pour certaines mais c’est en train de changer. Pour ma part, je n’ai pas de difficulté à ce niveau. Le défi des femmes aujourd’hui, c’est de s’adapter dans leur environnement, tout en ne renonçant pas à leur authenticité, à leur féminité.

J’ai été très fière de réussir mes études en néerlandais. Mais ce dont je suis le plus fière, c’est ce que j’ai construit petit à petit, au quotidien, une semaine après l’autre, avoir fait une bonne présentation, avoir travaillé sur un dossier intéressant avec un collaborateur, faire grandir l’équipe, partager mes connaissances, etc. C’est plutôt comme qui dirait: «There is no way to success, success is the way».

Quelle est votre plus grande réussite professionnelle jusqu’à ce jour ?

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui aurait envie de suivre vos traces ?

Je pense qu’il faut avant tout ne pas se mettre une pression démesurée par rapport au choix professionnel. Aujourd’hui, il y a davantage de passerelles et une convergence dans les études. Il faut évidemment avoir une base quantitative pour faire l’actuariat, avoir une affinité avec les maths, les statistiques et l’économie au sens large. Pour moi, ce qui est important, c’est la volonté d’apprendre en continu et surtout l’état d’esprit. Le parcours est important mais au final, c’est la personne qui fera la différence, sa capacité d’adaptation et de travailler en équipe. Il faut avoir une exigence vis-à-vis de soi-même et des autres, continuer à grandir.

  

Daphné DE LEVAL

ÂGE 
42 ans

SITUATION FAMILIALE 
Mariée, 2 enfants

PROFESSION 
Head of Risk Monitoring, Belfius Insurance