WALL'INNOVE TOUR

WALL’INNOVETOUR : arrêt sur ONCOMFORT

Jacqueline REMITS • jacqueline.remits@skynet.be

jannoon028/Freepik + photomontage, ©ONCOMFORT/AmeliedeWilde

  
Il était une fois…

La société Oncomfort est née de l’expérience personnelle de sa cofondatrice et CSO (Chief Scientific Officer), Diane Jooris. «En tant qu’accompagnante pour ma sœur qui luttait contre un cancer du sein, j’ai vu l’impact de la douleur et de l’anxiété sur sa qualité de vie», explique-t‑elle. Vivant alors aux États-Unis, elle se forme à l’hypnothérapie en support des anesthésies et exerce au MD Anderson Cancer Center à Houston (Texas). «Je me suis rendu compte des immenses bénéfices, mais aussi des limites de l’hypnose clinique. Seule à pratiquer cette spécialité, cela me demandait une présence permanente auprès de patients. Beaucoup ne parlaient pas notre langue et ne pouvaient donc bénéficier de cette approche.» Quand elle découvre la réalité virtuelle, elle se dit que cette nouvelle technologie pourrait se combiner à l’hypnose en milieu médical. «Mon idée était de créer des logiciels permettant, grâce à la réalité virtuelle, de soulager l’anxiété et la douleur sans que le patient ait à ingérer de médicaments. J’ai commencé rapidement des projets de recherche. Des chiffres cliniques montraient l’efficacité du dispositif. Des médecins l’ont utilisé en pilote avant sa commercialisation et certains l’ont présenté lors de congrès dans différents pays. Nous avons commencé la commercialisation dès que nous avons eu le marquage CE.» En 1/2 h, médecins et infirmiers sont en mesure de comprendre le fonctionnement de ce dispositif et de l’utiliser. «Notre solution permet de remplacer ou de limiter significativement les substances ingérées oralement ou injectées en intraveineuse avant, pendant et après une opération. Pour une intervention de moins d’1h30, cela permet de se passer des opiacées, des substances très addictives. Néanmoins, on ne peut se passer d’anesthésie locale ou régionale, telle la péridurale.»

Autre avantage: le patient se remet nettement plus rapidement d’une opération. «Le gain peut être considérable pour les personnes atteintes d’un cancer et qui subissent de nombreuses interventions durant leur traitement. Les personnes âgées sont aussi plus vulnérables à la sédation traditionnelle. Nos principaux utilisateurs sont des anesthésistes, des radiologues interventionnels, des pédiatres et le personnel en soins palliatifs. La demande est là, non seulement du corps médical, mais aussi des patients qui ne veulent plus subir les effets secondaires des médicaments. Nous recevons une dizaine de demandes par semaine de médecins belges et des pays frontaliers.» Aujourd’hui, une centaine d’hôpitaux utilise la solution créée par Oncomfort en Belgique, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne et au Luxembourg. Une expansion internationale. «En octobre dernier, nous avons signé un contrat avec un distributeur international, Vygon. Nous sommes en train de nous développer sur l’ensemble de l’Europe. L’étape suivante sera de viser le Canada et les États-Unis.» 

  

  

CARTE D’IDENTITÉ 

CRÉATION : 2017

SIÈGE SOCIAL :
172, Chaussée de Louvain,
1300 Wavre

SECTEUR D’ACTIVITÉS:
Thérapies digitales

MEMBRES DE L’ÉQUIPE :
13

 

 

  

  

CONTACT : 
0800 32 870

…l’envie d’innover

Avec des experts médicaux, Oncomfort a développé une thérapie numérique pour gérer la douleur et l’anxiété des patients avant, pendant et après les procédures médicales, sans médicament. La société propose des modules pour enfants et adultes en 12 langues qui combinent des sessions virtuelles 3D spécialement conçues avec des scripts hypnothérapeutiques et des sons immersifs. Les thérapies utilisées au cours de la séance varient en fonction de l’indication et du patient. 

 
Différentes techniques psychophysiologiques sont utilisées pour permettre au patient de se calmer, de se détendre, mais aussi de modifier sa perception de la douleur

«Nous proposons des environnements, interactifs ou pas, en réalité virtuelle, dans un but thérapeutique, pour suivre un parcours hypnotique spécifique, précise Diane Jooris. En plus, une voix, qui correspond à ce que le patient voit dans l’environnement virtuel, va le guider pendant la durée de la session. Différentes techniques psychophysiologiques sont utilisées pour permettre de le calmer, de le détendre, mais aussi de modifier la perception de la douleur et de faire en sorte que l’intervention lui soit plus confortable.» L’outil couvre la gamme complète de la distraction thérapeutique à la sédation profonde. Il convient à une grande variété de procédures médicales allant des ponctions courtes, des interventions diagnostiques et récurrentes, à la sédation profonde pendant la chirurgie (telle que la pose d’un pacemaker ou d’une prothèse de genou par exemple). Le dispositif médical peut, pour certaines interventions, remplacer une anesthésie générale. Il est disponible dans une mallette à destination des médecins et des infirmiers qui peuvent l’appliquer aux patients après une courte formation. Des études cliniques, menées dans différents pays et incluant plus de 2 000 patients, ont démontré l’efficacité du dispositif.

Pour son innovation, Oncomfort a reçu l’Award Digital Wallonia International 2019. En septembre dernier, la société a levé 10 millions d’euros auprès d’investisseurs institutionnels, dont le fonds d’investissement Wing de Digital Wallonia, afin de développer davantage ses solutions innovantes de thérapie numérique et d’accélérer son expansion à l’international. Pour ces mêmes objectifs, elle recrute actuellement des talents. Oncomfort a également bénéficié du soutien régional du SPW Recherche.

  

  

 

QUI EST DIANE JOORIS, CO-FONDATRICE  ET CSO ?

Diplômée en droit de l’UCL et d’un master en relations internationales et résolution de conflits à la KUL, Diane Jooris entame son parcours professionnel dans différentes industries, chez CBR, P&V Assurances et L’Oréal. Elle quitte ensuite la Belgique pour suivre son mari, muté au Texas. «J’ai commencé par du bénévolat dans des unités de cancérologie au MD Anderson Cancer Center du Texas Medical Center, le plus grand centre médical au monde. Mon père est décédé d’un cancer quand j’avais 26 ans. Ma jeune sœur a eu un cancer du sein avec un parcours très difficile. Je devais faire quelque chose pour ces personnes.» Elle effectue alors un master en psychologie dans une université du Minnesota et travaille comme interne à l’hôpital de Houston. «J’ai commencé à pratiquer l’hypnose clinique au bloc opératoire pendant les opérations du sein. C’est un outil formidable car le patient retrouve un rôle actif sur son traitement, il n’est pas complètement sous médicaments, pas nauséeux après la chirurgie. La séance peut même revenir par la suite dans la tête du patient, ce qui permet de mieux supporter les traitements lourds. Le hic, la formation est longue et il faut parler la langue du patient. Je me suis dit qu’il faudrait créer un outil permettant d’offrir des sessions d’hypnose automatisées plus accessibles à davantage de patients.» Plusieurs années de recherches et réflexions l’amènent à utiliser la réalité virtuelle, «pour pouvoir donner aux patients un support visuel et les couper du monde extérieur en les accompagnant avec ces sessions d’hypnose».

En 2016, Diane rentre en Belgique avec son mari et cofonde la société l’année suivante. «Mon premier employé a été mon mari, Gérald de Patoul, financier et fiscaliste. Il a lâché son poste chez Engie pour travailler avec moi. Très vite, nous avons eu des investisseurs pour avancer dans le projet. En 2018, l’équipe s’est dotée d’un nouveau CEO avec une expérience extensive dans les dispositifs médicaux et l’anesthésie, Mario Huyghe, ancien CEO de Philips Belgique et Luxembourg.» Pour Diane, le fait d’être une femme n’a eu aucune incidence sur son parcours d’entrepreneuse. «Il n’y a eu aucun a priori négatif, ni de la communauté médicale, ni de celle des entrepreneurs.» Selon elle, seul son âge, 45 ans à l’époque de la création de l’entreprise, aurait pu constituer un frein car le monde de la start-up est généralement associé aux jeunes. Deux conseils de Diane pour celles et ceux qui seraient tentés par l’entrepreneuriat: «Ne pas avoir peur de se lancer car, sans essayer, on ne peut savoir si on est capable de créer son entreprise, et s’entourer des bonnes personnes