Les
princesses se rebellent !

Géraldine TRAN – Rédac’chef 

ISOPIX/©2021 Shutterstock

Avez-vous déjà entendu parler de «cancel culture» ? Dans la même veine que #metoo ou #balancetonporc, etc… ce mouvement, que l’on pourrait traduire en français par «culture du boycott», consiste à bannir de l’espace public une personne ou une œuvre pour ses actes ou des propos considérés comme «problématiques» par rapport aux luttes contre les inégalités, quelles qu’elles soient: raciales, sexuelles, sexistes, grossophobes… C’est un concept assez nouveau en Europe mais qui existe depuis un moment déjà aux États-Unis. S’il a traversé l’Atlantique récemment, c’est à cause d’un article paru sur le site SF Gate sur la nouvelle version de l’attraction Snow White’s Enchanted Wish (le manège de Blanche-Neige) lancée lors de la réouverture de Disneyland en mai dernier. Les 2 journalistes se demandent pourquoi l’entreprise a choisi que l’attraction se termine sur la scène du fameux baiser du Prince à Blanche-Neige endormie alors qu’elle a déjà supprimé d’autres scènes «problématiques». Vous n’y voyez pas de mal ? Certains jugent cette scène sexiste dans la mesure où Blanche-Neige n’a pas pu consentir à ce baiser, qui est donc «volé», puisqu’elle est endormie. Il faut dire qu’elle n’existe pas dans le conte originel des frères Grimm, où les serviteurs du Prince transportant le cercueil de Blanche-Neige trébuchent sur une racine, expulsant involontairement le morceau de pomme coincé dans sa gorge ! On est loin du romantisme ajouté par Disney. Qui en a d’ailleurs fait sa marque de fabrique. Leurs «contes de fée» et dessins animés ont bercé notre enfance et continuent de faire rêver de nombreux enfants. Dès lors, faut-il forcément transposer le message et le reflet d’une certaine époque à la vie d’aujourd’hui ? Faut-il y supprimer toute idée de malveillance, de méchanceté ou de sournoiserie ? Faut-il bannir les (robes de) princesses et les beaux princes charmants musclés ? Ou certains mots de vocabulaire «racistes» (crépu, bridé, noir-e, jaune, blanc…) sur les emballages des cosmétiques ? Faut-il faire comme si l’album de Tintin au Congo n’existait pas ? Ou rebaptiser les Dix petits nègres d’Agatha Christie ? Faut-il créer une nouvelle version de Blanche-Neige incluant son consentement ? Personnellement, avec mes yeux de quarantenaire, je n’y vois que le geste d’amour d’un homme envers sa bien-aimée qu’il pense avoir perdue… Mais peut-être dois-je voir plus loin et prendre conscience de mon immense naïveté ? Je me suis mis la rate au court bouillon à essayer de voir ce qui ne m’était jamais venu à l’esprit jusqu’ici ! À la lumière des mouvements de lutte contre les inégalités, qui ont évidemment totalement leur place dans notre société, ne vaut-il pas mieux garder ces références intactes pour raconter et expliquer aux jeunes générations ce qui a existé, ce qu’il faut essayer de ne plus reproduire et pourquoi ? Doit-on vraiment enlever tout ce qui fait la magie/romance/fiction de ces œuvres ou ce qui dérange mais n’a jamais posé question avant ? D’autant que certaines idées ou images transmises aujourd’hui dans les séries, films, jeux… ne sont pas spécialement plus égalitaires, vertueuses ou constructives… Vous trouverez en tous cas quelques pistes de réflexion sur ce sujet «casse-tête» dans la rubrique Société de ce numéro. Vous aurez 2 mois pour y penser, on se retrouve en septembre après une petite pause pour nos cerveaux !