La vieillesse: un naufrage programmé ?

Géraldine TRAN – Rédac’chef 

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Les vieux ne rêvent plus, leurs livres ­s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés

Le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne les fait plus chanter

Les vieux ne bougent plus, leurs gestes ont trop de rides, leur monde est trop petit

Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil, et puis du lit au lit

Et s’ils sortent encore, bras dessus, bras dessous, tout habillés de raide

C’est pour suivre au soleil l’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus laide

Et, le temps d’un sanglot, oublier toute une heure la pendule d’argent

Qui ronronne au salon, qui dit «oui», qui dit «non», et puis qui les attend

Ça donne envie, n’est-ce pas ? Jacques Brel, lui, n’a pas eu le temps de vivre ce qu’il ­chantait si tristement dans sa ­chanson Les vieux … Tiens, à ce propos, quand est-on vieux ? Vous vous en doutez, il n’y a pas de réponse unique. Déjà, par rapport à qui et pour qui est-on vieux ? Un jeune enfant verra ses parents vieux à 35 ans, un ado à 40, un adulte à 60… tandis que le parent de 35, de 40 ou de 60 ans aura tendance à se sentir toujours jeune ! Car ­l’humain porte généralement à l’intérieur de lui un sentiment de «permanence», quelque chose qui ne vieillit jamais. Peut-être est-ce cette fameuse âme d’enfant dont on parle souvent. Et cette âme-là, on veut la garder à tout prix. En tous cas, dans nos sociétés modernes occidentales, où l’on refuse de vieillir. Car comme l’a bien dit ­Chateaubriand, «vieillir est un naufrage», ­synonyme de ­décrépitude, ­d’inutilité, ­d’assistanat, d’attente bras croisés d’une mort prochaine. Ça, c’est ce que la société actuelle veut en tous cas nous faire croire… Pour elle, on est vite vieux. Contrairement à avant, aujourd’hui, il y a une incohérence. On est socialement vieux de plus en plus jeune et bio­logiquement vieux de plus en plus tard. Pour l’Organisation ­mondiale de la Santé, c’est à 65 ans que débuterait la vieillesse (60 ans dans les pays en développement) alors qu’en Europe, l’espérance de vie est estimée à 81 ans pour les hommes et 84 ans pour les femmes. De plus, selon plusieurs études, c’est à 70 ans que l’on se sentirait le plus heureux. Donc finalement, qu’est-ce que cela signifie «être vieux» ? Un âge biologique ? La perte d’énergie et de force substantielle ? La ménopause ou ­l’andropause ? Le moment de la retraite ? Ce que telle ou telle institution a décrété ? Ce que la société, les médias, les entités politiques en disent ? Ou bien l’expérience, l’expertise, la sagesse, la plénitude, la capacité à prendre du recul, à faire la part des choses, à voir ce que la vie a de plus beau parce qu’on sait ce qui est laid, à tirer le meilleur des gens parce qu’on les connaît bien désormais ? Sans prêcher pour ma paroisse, ne serait-il pas bénéfique pour la collectivité de cesser de porter aux nues et de ne considérer comme force vive que la jeunesse ? D’en finir avec les stéréotypes sur l’âge et un âgisme trop bien installé ? C’est une question qui a toute sa place et à laquelle vous trouverez des réponses dans la rubrique Société de ce dernier numéro de l’année. Avant de vous laisser le découvrir, je vous souhaite, au nom de toute l’équipe d’Athena, de très belles fêtes de fin d’année, qui a vu, je l’espère, quelques-uns de vos vœux exaucés. 

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