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Jean-Michel DEBRY • j.m.debry@skynet.be

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Un «petit» commerce toujours très lucratif

On sait le commerce de l’ivoire illégal depuis de nombreuses années, au même titre que celui des cornes de rhinocéros. La source principale reste l’Afrique dont le territoire est vaste et peut difficilement faire l’objet d’un contrôle permanent. On estime d’ailleurs à 55 le nombre d’éléphants par jour victimes des marchands d’ivoire. Si au moins ces massacres avaient une destination louable… Mais, comme les ailerons de requins, ces trophées sont réduits en poudre pour les intégrer dans des potions de la médecine traditionnelle en Asie du Sud-est. Quand on connaît la composition de ces matières, on est en droit de se demander à quoi elles peuvent bien servir. Depuis 2018 pourtant, la Chine a, à son tour, interdit le commerce de ces pièces, sans pour autant que cela éradique le problème. Et pour cause, on estime le prix de ces pièces à 3 000 $ le kilo !

Mais il y a du neuf depuis quelques années: avec le réchauffement du sol en Sibérie (le permafrost), des vestiges de mammouths et de rhinocéros laineux deviennent accessibles, donnant un souffle nouveau à ce commerce illégal. Le tout passe en toute discrétion dans les pays asiatiques. On estime aujourd’hui que depuis 2002, ce petit commerce de défenses de mammouth a augmenté de 40% sur le marché (illégal) de Beijing et même de 70% sur celui de Shanghai. Défenses et cornes arrivent donc toujours à destination, seule la voie d’approvisionnement a changé. Ce qui a changé aussi, ce sont ceux qui dénoncent ce marché criminel. Hier, il s’agissait des protecteurs de la vie sauvage. Aujourd’hui, ce sont plutôt des scientifiques, car ne prélever que les défenses de mammouths ou les cornes de rhinocéros laineux, c’est abandonner tout le reste; qui pourrait être valablement utilisé pour la recherche plutôt que laissé à une érosion et à une détérioration irrémédiables à l’air libre.

Tant que les destinataires des médecines traditionnelles ne comprendront pas que des dents et des poils agglutinés payés à prix d’or n’ont aucun effet sur leur santé, et que ceux qui préparent les potions n’auront pas l’honnêteté de reconnaître que ces ingrédients ne servent à rien, il y peu de chance que le commerce illégal cesse. Dans des pays plutôt bien contrôlés comme le nôtre, on voit que les commerces illicites comme celui des drogues diverses trouvent des failles pour persévérer. On voit dès lors tout aussi mal comment des braconniers africains ou russes souvent désargentés se priveraient de la manne providentielle offerte par leur activité, fût‑elle illégale…

   Science 2023; 378:696-697

Ötzi : le retour ?

L’histoire de celui que l’on a appelé «l’homme des glaces» a commencé quand, en 1991, des randonneurs dans les Alpes ont découvert son corps plutôt bien conservé. À l’évidence, celui que l’on a appelé Ötzi – le nom de l’endroit où il a été découvert – constituait une découverte notoire, principalement parce qu’il a rapidement été établi que cet homme armé était décédé d’une mort violente il y a … 5 100 ans. Une archive grandeur nature, en quelque sorte. Traqué sans doute par des opposants qui l’ont blessé d’une flèche plantée au niveau d’une omoplate, il a cherché refuge en altitude où il a fini par succomber. Le froid intense et rapidement la neige qui a fini par le recouvrir, ont permis qu’il soit très bien conservé et d’en tirer, depuis, un maximum d’informations.

Soit dit par parenthèse, la découverte n’a été possible, comme bien d’autres peut-être moins exceptionnelles ailleurs dans le monde, que parce que le réchauffement climatique a fait fondre la glace, mettant le vestige au jour. Et de ce point de vue, il apparaît aussi, grâce à l’étude détaillée du corps (aspect plus dégradé du dos, présence de pollens, etc.), que la momie Ötzi n’a pas séjourné de façon permanente sous une couche protectrice de glace, mais qu’elle a été découverte plus d’une fois. Au froid, certes – vu l’altitude – mais à l’air libre tout de même. Ce qui signifie qu’en l’espace de ces 5 millénaires, des séquences de réchauffement/refroidissement de se sont succédées, sur les Alpes au moins. Une découverte très récente qui remet quelques poncifs généralement avancés sans preuve.

L’«homme des glaces», vu son état, a perdu depuis longtemps l’usage de la parole. Mais qu’est-ce qu’il nous raconte depuis qu’il a été découvert: une vraie pipelette ! Et la connaissance scientifique ne s’en porte que mieux !

   Science 2022; 378: 816-817

 
Du tube digestif des coureurs de fond

Hôtes habituels quelques peu obligés des laboratoires, les souris sont astreintes à vivre dans un espace réduit. D’où l’idée de mettre à leur disposition une roue dans laquelle elles peuvent courir si elles en ont envie. Toutes ne le font pas; ce qui sous-tend l’idée que certaines y trouvent du plaisir et d’autres non. Or, le plaisir que l’on retire d’une situation, d’une activité, implique un centre cérébral qualifié, pour cette raison, de centre de la récompense. Et un neuromédiateur
y trouve activement sa place: la dopamine, une molécule d’ailleurs qualifiée pour cette raison d’hormone du plaisir. Si des souris qui appartiennent à la même souche – et disposent donc de gènes a priori identiques – courent et d’autres non, c’est qu’elles ont un «incitant métabolique» qui leur vient de quelque part. Or, les conditions d’élevage étant standardisées, il n’existe qu’un seul variant possible: le microbiome (soit l’ensemble formé par la microflore intestinale).

Partant de cette réalité, les chercheurs ont d’abord fait subir aux souris «sportives» une cure d’antibiotiques pour effectuer une réduction massive de ces germes-là. Résultat: une diminution significative des exercices et une réduction de la libération de dopamine par le cerveau. La piste suspectée était donc la bonne. La seconde étape devenait évidente: étudier le microbiome des souris pour mettre en rapport une composition particulière de la microflore intestinale et l’aptitude à l’exercice. Ce qui a été fait également et qui a permis, comme suspecté, de mettre en évidence une association particulière de ces hôtes intestinaux et de l’aptitude à la course. Dans la foulée, on s’est intéressé à notre espèce et on a observé que les marathoniens présentaient eux aussi une assez grande similitude dans la composition du microbiome. Le tout est de savoir, comme pour le lien entre l’œuf et la poule, s’ils se sont mis à courir parce qu’ils s’y sentaient prédisposés ou si c’est parce qu’ils se sont astreints à un régime particulier qu’ils se sont dotés d’une microflore qui les avantage dans les exercices auxquels ils s’astreignent.

On a pu, déjà, identifier le circuit grâce auquel les choses se passent. Les germes produisent dans le tube digestif une substance qui, arrivant au cerveau par le circuit sanguin, activerait une enzyme responsable de l’activation de la dopamine, laquelle favoriserait l’activation du centre de la récompense. Le sportif trouverait par conséquent du plaisir à se livrer à l’exercice physique. La recherche évoquée étant menée aux États-Unis où, comme on le sait, l’incidence du surpoids et de l’obésité n’est pas… mince, l’idée est de concentrer dans des pilules les espèces de la microflore intestinale les plus favorables à l’exercice; une façon élégante et – peut-être ? – efficace de mener quelques citoyens à sacrifier à davantage d’exercice. 

Il demeure néanmoins que l’être humain reste ce qu’il est et que si les souris ne se posent pas de question quant à l’opportunité de courir des heures dans une roue (les championnes peuvent couvrir une distance de 30 km en 24 h !), l’humain peut se trouver toutes les bonnes raisons du monde à rester inactif… pilule ou pas. Les charentaises garderont à ses yeux toujours plus de charme que les chaussures de jogging. Et suer sous le cagnard ou lutter contre le vent et la pluie n’auront pas davantage pour lui de vertu attractive…

   Science 2022; 378: 1157

 
 
Plastiques encore et toujours

On évalue à plus de 10 000 les différents types de plastiques offerts à nos appétits (souvent non consentants) de consommateurs. Plus de 2 400 d’entre eux seraient plus ou moins fortement toxiques, avec des implications diverses. On connaît les perturbateurs endocriniens dont certains phtalates, entre autres, font partie. On sait aussi que de nombreux produits arrivent au contact de notre peau et de nos muqueuses qu’ils peuvent traverser avant, par effet de répétition, de provoquer des dommages de natures diverses dont certaines peuvent s’avérer graves.

Sans que la liste soit pour autant exhaustive, on a identifié depuis longtemps des effets sur la fertilité, notamment de l’homme. Mais c’est loin d’être tout. Si en l’espace d’une seule génération on a assisté à une flambée de surpoids et d’obésité, ce n’est pas seulement en raison d’une modification comportementale; d’autres facteurs doivent être impliqués et il y a longtemps que la pollution est avancée comme cause possible.

C’est également le cas pour des naissances prématurées associées ou non à des faibles poids à la naissance. Et tant qu’à évoquer la physiologie de la femme, on peut également citer l’accroissement des cas d’endométriose, cette inflammation des tissus pelviens qui rendent compliquée, pour une part des femmes concernées, l’émergence d’une grossesse. Jusque-là, tout peut recevoir une correction médicalisée (procréations médicalement assistée pour l’endométriose) ou bénéficier d’attitudes au moins partiellement préventives (activité sportive, hygiène alimentaire) pour le surpoids et l’obésité. Mais il existe des profils pathologiques qui laissent malheureusement des séquelles souvent irréversibles: maladies cardiovasculaires et cancers.

Il va de soi que si l’effet toxique de certains plastiques peut être incriminé dans un certain nombre de cas, elle ne peut être la seule, simplement parce que l’environnement dans lequel vit le malade ainsi que ses addictions éventuelles ou son mode alimentaire peuvent constituer des facteurs de prédispositions additionnels. Il n’empêche: lorsqu’on réalise que pour les seuls États‑Unis l’implication des matières plastiques entrainerait 300 milliards de frais médicaux par an, il serait temps de passer à la case prévention. Et pourquoi ne pas envisager par exemple avant la mise sur le marché de toute matière de synthèse nouvelle destinée à se retrouver en contact avec la peau, d’imposer des tests de toxicité ? En balance à ce que représentent les coûts pour la société de ce contact souvent ignoré, cela vaudrait la peine que l’on fasse au moins un calcul de coût/efficacité. Et après tout, c’est bien de la santé humaine que l’on parle ! 

   Science 2022; 378: 841

Régulation démographique

En dépit de tendances pourtant clairement inscrites à la décrue, des prévisionnistes mal informés continuent à voir la population mondiale continuer à croître vers des sommets qui leur font prédire toutes les catastrophes imaginables. En cette matière comme en toutes les autres, il est toujours utile de s’informer et, même s’il ne s’agit toujours que de «prévisions», la tendance est clairement à la décroissance.

Tous les pays dits industrialisés où la population bénéficie de soins de santé et où les femmes ont accès à des études et à une insertion dans la vie professionnelle, ont une population dont la fécondité n’atteint plus le taux de doublement de 2,1 enfants par femme. En d’autres termes, cela signifie que le nombre d’habitants, à terme et si rien ne change, est sur la voie d’une décrue. Le pays occidental qui reste le plus fécond dans ce contexte reste la France, où des incitants existent ou ont existé pour permettre aux femmes sans emploi d’avoir des enfants. Pour autant, la fécondité culmine à 1,8 et n’atteint donc pas non plus ce fameux repère qu’est le taux de doublement. À titre d’information, la Belgique se situe aux environs de 1,6, l’Espagne et l’Italie, entre 1,2 et 1,3. Le Japon est à 1,1 et la Chine, longtemps conditionnée par la politique de l’enfant unique, rechigne aujourd’hui à avoir ce second enfant que les autorités politiques appellent pourtant de leurs vœux.

Si les habitants des pays où le niveau de vie a atteint (et dépassé) un certain seuil de confort et ont moins d’enfants, ils ont aussi une espérance de vie plus élevée. Cela signifie que pendant un temps encore, la population planétaire globale risque de ne pas décroître. Selon les projections du World population Prospects 2022, il faudra attendre 2080 à 2090 pour que la population mondiale soit effectivement à la baisse. Elle devrait avoir légèrement dépassé le seuil des 10 milliards d’habitants à ce moment, avant de décroître effectivement.

Il reste à attendre que les plus gros contributeurs à la natalité (Congo, Égypte, Éthiopie, Nigeria, Pakistan, Philippines et Tanzanie) atteignent une qualité de vie suffisante pour que le nombre d’enfants diminue. L’Inde, hier encore dans la liste, a désormais une natalité sous le taux de doublement. L’éduction des femmes en a été le principal moteur.

Il ne s’agit, faut-il le rappeler, que de prévisions statistiques et nul ne peut savoir de quoi l’avenir sera fait. Une catastrophe planétaire d’importance, une pandémie qui hypothèquerait la survie embryonnaire ou fœtale et tout serait à revoir. Mais on n’en est heureusement pas là.

La perspective n’est pour autant pas forcément réjouissante: le monde sera dans quelques dizaines d’années un monde de vieux qui travailleront plus longtemps pour bénéficier d’une retraite plus mince. Et on se plaint des conditions d’aujourd’hui ?

   Science 2023, 378: 691

BIOZOOM

Que donne un mammouth croisé avec un sanglier ? Un babiroussa ! Ce mammifère endémique d’Indonésie appartient à la famille des suidae, comme les cochons et les sangliers. Il est surtout connu pour ses défenses spectaculaires, en particulier chez les mâles. En plus d’être très longues, les canines supérieures du mâle traversent la lèvre supérieure pour pousser vers le front. Elles ne semblent pas avoir d’utilité si ce n’est dans un cadre de sélection sexuelle. Cet animal inoffensif est omnivore. Il est actuellement menacé par la disparition de son habitat et la chasse. 

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