L'Adn de…

Fabienne
DUTHOIT
Acousticienne 

Propos recueillis par Nadine Sahabo •

nadinesah@yahoo.fr

N.SAHABO

  

Acousticienne,
c’est une vocation que vous avez depuis toute petite ?

Non, parce que je n’aurais jamais imaginé que ce métier existait. Cependant, le côté ingénieur civil m’a très vite attirée, dès l’école secondaire, car j’aimais bien les sciences surtout la physique et les sciences appliquées. Quand j’étais en 3e secondaire et qu’on nous demandait quel métier nous aimerions exercer plus tard, j’étais plutôt dans l’hésitation et une copine m’a dit qu’elle me verrait bien ingénieur du son. Ce n’est pas tout à fait la même chose, mais elle n’était pas très loin. Ce que j’avais bien aimé dans la physique, c’était surtout l’électricité. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi les études d’ingénieur civil, électromécanique en électricité courant fort. Toutefois, la réalité a fait qu’à cette époque, il n’était pas question d’engager une femme dans ce domaine-là. J’ai donc trouvé une place d’assistante dans le service d’acoustique de l’Université de Liège et ce fut le coup de foudre. J’y ai travaillé 6 ans et demi en collaborant avec le CEDIA (Cellule d’Étude et de Développement en Ingénierie Acoustique). C’est grâce à cette collaboration que je me suis rendue compte que c’était vraiment ce que je voulais faire: travailler dans un bureau d’étude. 

En Belgique, ce n’est pas aisé car c’est un métier qui n’est pas reconnu. De plus, il n’existe pas de parcours scolaire type pour ce métier. Tout le monde pourrait se dire acousticien comme ingénieur du son. À l’Université de Liège, pour les ingénieurs architectes par exemple, un cours d’acoustique du bâtiment est repris dans leur cursus. Ce cours peut également être pris en option par d’autres. Le cursus des ingénieurs électroniciens comprend des cours d’électro­acoustique. Ainsi, si on veut être acousticien, il est nécessaire de compléter son cursus d’ingénieur civil ou d’ingénieur civil architecte avec les cours à option adéquats. Mais le plus important, c’est l’expérience après les études. 

Comment
devient-on Acousticien ?

Vous
travaillez actuellement comme Ingénieur de recherche au sein de CARE-CEDIA,
quelle est votre journée-type ?

Il n’y a pas vraiment de journée type. Le métier est très varié. Dans une journée, on peut aussi bien rédiger des offres que participer à une réunion de chantier, inspecter un chantier, réaliser l’étude acoustique d’un bâtiment ou encore, effectuer des mesures sur site. Cette variété fait partie de l’attrait du métier.

En secondaire, les cours de sciences étaient mes cours préférés, surtout la physique. Et au quotidien, l’acoustique, c’est de la science.

Quels
sont vos rapports avec la science ? Quels sont vos premiers souvenirs
«scientifiques» ?

Quelle
est la plus grande difficulté rencontrée dans l’exercice de votre métier ?

L’acoustique est un domaine très vaste. Dans l’acoustique du bâtiment, par exemple, la plus grande difficulté réside dans le respect du timing. Étant donné que nous travaillons régulièrement avec des bureaux d’architectures, nous dépendons de l’état d’avancement de ces derniers pour réaliser nos études. Et je dois dire que les architectes prennent parfois leur temps, ce qui fait que nous recevons les plans tardivement et que nous aussi, nous commençons notre mission en retard. Alors que ce soit pour l’étude ou pour rédiger les offres, on court après le temps.  

Cela fait partie de mes 1ers projets, il y a 15 ans. C’est un studio d’enregistrement à la province de Liège situé dans les bâtiments des Chiroux. C’était une gageure car le site était implanté dans un bâtiment existant. Il y avait une très forte exigence sur l’isolation acoustique avec une contrainte de surpoids limité. Sachant que l’isolation acoustique est liée à la masse, le défi était de taille. De plus, le studio était destiné à différents types d’enregistrements. Une acoustique variable a été proposée à l’aide de panneaux pivotants. J’ai eu des retours très positifs: les artistes qui passent par là sont enchantés. Bref, c’est ma plus grande réussite, du moins celle que je connais, car lorsqu’on réalise une étude, on n’est pas toujours mandaté pour faire le suivi. 

Quelle
est votre plus grande réussite professionnelle jusqu’à ce jour ?

Quels
conseils donneriez-vous à un jeune qui aurait envie de suivre vos traces ?

Un jeune belge, francophone, je lui conseillerais de se renseigner pour voir ce qui existe en France parce qu’il y a des institutions qui donnent des formations soit en master soit comme bachelier en acoustique. Là-bas, il aurait vraiment le cursus scolaire avec un panel complet tandis qu’ici, les cours d’acoustiques sont dispersés. 


Fabienne DUTHOIT

55 ans

Situation familiale

Mariée,
2 enfants, 4 petits enfants

Profession

Ingénieur
civil acousticien au CEDIA, bureau d’étude de l’ULiège