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Don de sang, don de soi

Virginie CHANTRY • virginie.chantry@gmail.com 

© Croix-Rouge 2021, rawpixel.com / Teddy Rawpixel, © Akili Interactive

La Croix-Rouge de Belgique (CRB), on ne la présente plus. Que ce soit sur la blouse d’un volontaire dans une galerie commerçante, au marché de Noël (pour ceux qui se souviennent encore de ce que c’est) ou sur des autocollants conservés dans une boîte chez mamy, on reconnaîtrait l’emblème de la croix rouge sur fond blanc entre mille. Certains d’entre vous lui viennent probablement déjà en aide, que ce soit via des dons d’argent, de matériel ou d’un peu de vous-même au Service du Sang. C’est sur ce dernier point que nous allons nous concentrer dans cet article en 2 volets. La première partie abordera le don de sang, les dons de plasma et de plaquettes seront discutés dans le prochain numéro d’Athena. Qu’est-ce que le sang ? En quoi consistent les groupes sanguins ? Comment se déroule un don ? Plongeons dans cet univers en rouge et blanc

  

Forte de 11 000 volontaires bénévoles et de 1 200 salariés, la CRB, établissement d’utilité publique, s’est fixé plusieurs objectifs dont la prévention des crises médico-psycho-sociales et des maladies, la lutte contre l’isolement social, l’intervention en faveur des victimes civiles ou militaires en cas de conflits armés, l’amélioration de la santé, l’organisation de services de secours d’urgence en cas de désastre en Belgique ou à l’étranger, le développement d’idéaux de paix et de respect mutuel, ainsi que diverses missions en tant qu’auxiliaire des pouvoirs publics dans leurs activités humanitaires. Ces objectifs doivent en tout temps et toutes circonstances respecter les principes fondamentaux qui sont l’essence même de cette initiative : humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unité et universalité. De plus, la CRB est, depuis 2020, impliquée dans la lutte contre le coronavirus au niveau de l’information de la population et du testing.

Agréé en tant qu’établissement de transfusion sanguine (ETS) par le SPF Santé publique, le Service du Sang de la CRB est un acteur clé à plusieurs niveaux: le recrutement de donneurs de produits sanguins ainsi que leur fidélisation, accueil et accompagnement dans les démarches de don, le prélèvement, la préparation, le contrôle de la qualité (les produits doivent être sûrs) et la distribution de dérivés sanguins labiles (à durée de conservation limitée) et stables indispensables aux hôpitaux pour assurer la survie de nombre de patients dans le besoin. Il faut savoir que le Service du Sang fournit plus de 500 000 poches de produits sanguins par an, dont la collecte se fait via les sites mobiles (qui ne prélèvent que du sang) et les sites de prélèvement fixes. Le Service du Sang est réparti en 4 ETS distincts: le Service Francophone du Sang (SFS) pour Bruxelles et la Wallonie, la Rode Kruis en Flandre, ainsi que Mont-Godinne et Charleroi. Ces 2 derniers prélèvent et approvisionnent en produits sanguins au niveau local. Bien entendu, ces diverses entités s’entraident en cas de pénurie.

Le SFS a une mission établie par le législateur: une certaine quantité de produits sanguins doit être prélevée pour pouvoir répondre aux demandes des hôpitaux et rendre le pays auto-suffisant. Chaque lundi matin, les responsables des entités et des sites fixes reçoivent un email présentant l’état des stocks. Et chaque semaine, les statisticiens travaillant au siège principal de Suarlée (Namur), où se trouvent également les laboratoires de production et d’analyse sanguine, estiment les besoins en produits sanguins. Si les stocks sont trop faibles par rapport aux besoins projetés et que la pénurie guette, des collectes sont organisées, du recrutement par téléphone auprès de donneurs connus est effectué et en ultime recours, un appel à la population peut être lancé. Le SFS travaille en flux tendu et les donneurs réguliers sont donc précieux.

 
Le sang, c’est quoi ?

Il s’agit d’un tissu liquide pompé par le cœur et circulant dans les vaisseaux de l’organisme qui permet d’approvisionner les organes et tissus du corps en oxygène et en nutriments essentiels, tout en les libérant de leurs déchets. Il joue donc un rôle vital dans la respiration et la nutrition, mais aussi notamment dans la défense de l’organisme. Il se compose à 55% d’un liquide appelé «plasma», ainsi que de 44% de globules rouges et d’1% de globules blancs et plaquettes. Le plasma permet de transporter ces types de cellules à travers le système vasculaire, ainsi que des nutriments (sels minéraux, vitamines…) provenant des aliments, des anticorps, des hormones indispensables à la régulation de l’organisme et des déchets comme l’urée qu’il achemine vers les organes d’élimination. Il est composé de 90% d’eau et de sels minéraux et de 10% de protéines telles que l’albumine (qui maintient une pression adéquate dans les vaisseaux) ou les immunoglobulines (anticorps), capitales pour lutter contre les agents infectieux de type tétanos ou hépatites, et les facteurs de coagulation.

Les globules rouges, également appelés érythrocytes, sont des cellules sans noyau composées d’hémoglobine, une protéine riche en fer qui donne sa couleur rouge au sang et transporte le dioxygène des poumons aux organes et le dioxyde de carbone des organes aux poumons ensuite évacué lors de l’expiration. Les globules blancs ou leucocytes sont primordiaux dans la défense de l’organisme contre les agents pathogènes et agressions comme les virus, bactéries ou parasites et font donc partie du système immunitaire. Fabriqués par la moelle osseuse comme toute cellule sanguine, il en existe de plusieurs types, par exemple les lymphocytes T en charge de détruire notamment les cellules infectées de l’organisme via la production d’un anticorps spécifique à l’agent pathogène détecté. Les plaquettes ou thrombocytes jouent un rôle clé dans la coagulation, mécanisme de transformation du sang de l’état liquide vers un état solide via la formation d’un caillot appelé thrombus et d’une croûte à la surface de la plaie évitant à une personne de se vider de son sang en cas de lésion d’un vaisseau sanguin. Les plaquettes sont capables de s’agglutiner entre elles pour former ce que l’on appelle un «clou plaquettaire». Par mm3 de sang, on dénombre de 4 000 à 10 000 globules blancs, entre 150 000 et 400 000 plaquettes et 5 millions de globules rouges.

 
3 lettres: A, B, O

La membrane de l’hémoglobine des globules rouges est recouverte d’antigènes (1) qui varient d’un individu à l’autre et déterminent le groupe sanguin. Il existe de nombreux systèmes antigéniques différents. C’est le système ABO couplé au Rh (anciennement Rhésus) qui détermine la compatibilité sanguine entre un donneur et un receveur, selon le produit transfusé. 

Le volume de sang d’un adulte est en moyenne de 5 litres. Il varie en fonction du sexe, du poids et de la taille de l’individu. Le réseau des vaisseaux sanguins s’étire sur 200 km et le sang parcourt environ 100 000 km par jour à travers ce réseau

Il définit 4 types de groupe sanguin: A, B, AB et O, selon la présence ou l’absence des antigènes A et B à la surface des globules rouges. Si ces derniers présentent des antigènes A, ils ont aussi des anticorps anti-B et le groupe sanguin est A. S’ils possèdent des antigènes B, ils ont aussi des anticorps anti-A et le groupe sanguin est B. S’ils présentent des antigènes A et B, alors les anticorps anti-A et anti-B sont absents et le sujet est de groupe sanguin AB. Si les 2 types d’antigènes sont absents, alors les 2 types d’anticorps sont présents et le sujet est de groupe sanguin O. Le Rh, quant à lui, peut être positif ou négatif, selon que l’antigène D est respectivement présent ou absent. En combinaison avec le système ABO, cela définit un total de 8 groupes sanguins distincts. Il est primordial que le stock de prélèvements soit aussi diversifié que possible afin de pouvoir transfuser tous les receveurs nécessaires, quel que soit leur groupe sanguin. 

Répartition des groupes sanguins dans la population de type caucasien (peau claire et traits physiques « europoïdes »). En Belgique, 44% de la population est du groupe O, 45% du groupe A, 8% du groupe B et 3% du groupe AB
(Crédit: © Croix-Rouge)

Compatibilité de transfusion de globules rouges ou de plaquettes entre donneur et receveur selon leur groupe sanguin
(Crédit: © Croix-Rouge)

 

Si l’on transfuse des cellules sanguines, globules rouges ou plaquettes, le porteur du groupe O- peut donner à tout le monde mais ne peut recevoir que de son propre groupe, alors que le groupe AB+ peut recevoir de tous les groupes. On parle respectivement de donneur et de receveur universel. En général, on transfuse à un receveur des globules rouges d’un donneur de son propre groupe, sauf en cas d’urgence où le corps médical peut avoir recours à du O-. Si l’on venait à transfuser un sujet de groupe A vers un sujet de groupe B par exemple, les anticorps anti-A du receveur s’agglutineraient sur les antigènes A des globules rouges du donneur, considérés alors comme des substances étrangères qu’il faut détruire, provoquant l’échec de la transfusion et une détérioration de l’état du patient voire des complications graves. Lors d’une transfusion de sang, le produit est déleucocyté, c’est-à-dire qu’il a été filtré de ses globules blancs, qui peuvent être responsables d’une incompatibilité due à la présence de certains antigènes. Si l’on transfuse du plasma, les donneurs du groupe AB+ sont universels (absence des anticorps anti-A, anti-B et anti-D) ainsi que les receveurs du groupe O.

(1) Molécule étrangère à l’organisme qui peut déclencher une réponse immunitaire dont le but est de l’éliminer

 

À vos dons !

Le don de sang en soi dure à peine 10 minutes. Il a lieu en collecte mobile, généralement sans rendez-vous, ou dans l’un des 16 centres fixes de prélèvement sur rendez-vous.

Il faut être majeur, avoir moins de 66 ans pour un premier don et peser plus de 50 kg.

■ Vous devrez remplir un consentement éclairé et un questionnaire médical qui sera passé en revue par un médecin lors d’un entretien confidentiel. Plusieurs critères entrent en ligne de compte comme l’état de santé général, les antécédents médicaux et chirurgicaux, la médication, les voyages ou les comportements à risques, notamment sexuels. 

■ Il existe également des contre-indications: en cas de grossesse, de maladies chroniques comme l’anémie ou l’épilepsie, après certains séjours à l’étranger selon la destination et le délai écoulé depuis, en cas de fièvre ou encore dans un délai de 4 mois après un piercing, un tatouage, une opération, un examen endoscopique ou une transfusion sanguine.

Voici un lien vers un test à réaliser pour savoir, à titre indicatif, si vous êtes apte à donner votre sang : https://www.donneurdesang.be/fr/qui-peut-donner/puis-je-donner

    Si après examen, le médecin juge que la situation est sans risque pour le donneur et le receveur, une poche de 430 ml à 470 ml de sang est prélevée (en fonction du poids et la taille du sujet).

   BON À SAVOIR:  il est conseillé d’avoir mangé normalement mais pas trop gras (mieux vaut éviter les frites mayo par exemple…) et de s’être bien hydraté avant, mais aussi de ne pas fournir de gros efforts après et pendant environ 24 h. On peut donner son sang 4 fois sur 365 jours et il doit y avoir au moins 2 mois entre 2 dons. Un don de sang prend environ 45 min (formalités + don).

 
Le don de sang: et après?

À l’heure actuelle, aucun produit de synthèse ne permet de remplacer le sang, même si des recherches sont en cours. On compte que moins d’1 personne sur 10 donne son sang alors qu’1 sur 7 aura un jour besoin d’une transfusion, que ce soit pour venir en aide aux victimes d’accidents graves en situation d’hémorragie, aux patients subissant une opération chirurgicale, à certaines femmes ayant accouché, aux personnes souffrant de maladies chroniques comme l’anémie (déficit de globules rouges provoquant fatigue et faiblesse) ou génétiques, ou encore en cas de chimiothérapie ou de leucémie.

À chaque don de sang, le donneur contribue à sauver 3 vies, la poche prélevée étant séparée en 3 produits sanguins distincts: un concentré érythrocytaire (globules rouges), un concentré de plaquettes et le plasma. Les globules rouges sont utiles en cas d’hémorragie et d’anémie grave et se conservent 42 jours à une température de 2 à 6 °C. Les plaquettes prélevées via un don de sang n’étant pas suffisantes, elles sont mélangées à celles de 5 autres donneurs pour former un «pool». En réalité, c’est un mélange de plaquettes et de globules blancs qui est prélevé, appelé le concentré leucoplaquettaire ou «buffy coat» en anglais. Ce concentré est ensuite déleucocyté pour éviter toute réaction avec le sang du receveur. Utiles pour traiter les hémorragies, certains cancers ou maladies du sang, les plaquettes se conservent 5 jours à une température de 20 à 24 °C et sous agitation continue afin qu’elles ne s’agglutinent pas entre elles. Enfin, le plasma est précieux, notamment pour les protéines qu’il contient. Il peut être transfusé par exemple aux grands brûlés ou en cas d’hémorragie massive pour compenser la perte de liquide, mais sert aussi à la fabrication de certains médicaments comme les immunoglobulines et les solutions d’albumine. Le don de sang ne permettant pas de couvrir tous les besoins en plasma et en plaquettes, il existe également des dons exclusifs de ces 2 produits sanguins. Pour ces 3 types de transfusion, on parle de produits «labiles» c’est-à-dire qui doivent être distribués dans un délai déterminé (conservation limitée dans le temps). En revanche, les médicaments réalisés à base de plasma humain, qui requièrent un équipement industriel afin d’obtenir des produits standardisés, sont stables dans le temps.

Des analyses liées à l’hémoglobine (pour écarter l’anémie) et aux maladies transmissibles par transfusion (hépatites B et C, VIH et syphilis) sont effectuées sur chaque don, qu’il s’agisse de sang, de plasma ou de plaquettes. Pour ce faire, un peu de sang est prélevé juste avant le don en lui-même, dans une petite poche d’échantillonnage qui permet de remplir 5 tubes (30 ml). Cela sert également à éviter une contamination du produit sanguin par les éventuelles bactéries subsistant sur la peau et qui se retrouveraient donc uniquement dans cette petite poche. Le groupe sanguin est déterminé ainsi que le nombre de globules rouges, blancs et de plaquettes pour assurer un sang de qualité. S’il devait y avoir le moindre souci dans ces analyses, le donneur serait prévenu par le laboratoire. Dans les jours qui suivent le don, le donneur est tenu de signaler toute anomalie de santé qui pourrait compromettre la qualité du produit. Le don peut alors être écarté par sécurité pour le receveur.

Si les analyses sont bonnes, la poche est centrifugée à 3 000 tours/minute pour faire sédimenter les 3 produits sanguins que sont les globules rouges, les plaquettes et le plasma. Ensuite, la poche contenant ces produits séparés est placée dans une presse qui l’écrase sans la mélanger afin d’en évacuer le plasma d’un côté et les globules rouges de l’autre. Le concentré leucoplaquettaire, quant à lui, reste dans la poche principale et la partie «globules blancs» est ensuite aussi évacuée vers une 4e poche. C’est pour cela que lors d’un don, le sang est prélevé dans un kit contenant 4 poches vides, alors qu’une seule est remplie. Voilà, vous savez presque tout, presque car la suite paraître dans le prochain numéro. D’ici là, à vos dons ! 

 

  

Interview de Fabienne Boonen

Fabienne Boonen est infirmière préleveuse dans l’équipe mobile de la province de Liège du SFS depuis 1996 et exerce donc en collecte mobile, souvent en soirée, mais renforce aussi parfois les équipes des sites fixes.

Quel est votre parcours ?

J’ai fait des études d’infirmière à Sainte-Julienne à Liège. J’ai travaillé dans divers endroits jusqu’à ce que je reçoive une offre d’emploi pour devenir préleveuse au sein du Service du Sang dans le cadre d’un remplacement d’un an pour cause de maternité. Je suis donneuse de sang depuis l’âge de 18 ans et mes parents l’étaient aussi. Je connaissais donc déjà ce milieu mais depuis l’autre côté. Et comme j’ai toujours aimé piquer, je me suis dit que le poste pouvait me convenir et je ne suis plus jamais repartie.

Quelles sont les plus grandes difficultés que vous rencontrez dans votre fonction ?

Certaines personnes sont extrêmement difficiles à piquer. On se demande parfois où sont leurs veines (rires). Et quand on parvient à avoir une poche de sang, c’est une fierté. C’est souvent cela le challenge des préleveuses.

Mais aussi que la collecte se passe le mieux possible, que ce soit pour le donneur ou pour nous. Depuis la pandémie, le contact est moins « tactile ». Cela peut parfois être frustrant. Nous ne pouvons plus tenir la main d’un donneur anxieux ou qui fait un malaise. Et le masque ne permet plus de voir correctement les expressions des gens ou certains signes avant-coureurs d’un malaise (pâleur, lèvres qui deviennent blanches …).

Pouvez-vous partager le souvenir d’un donneur qui vous a particulièrement ému ?

La petite fille de mon compagnon a eu un cancer. Elle est venue me chercher une fois après le travail sur un site fixe liégeois lors d’un changement d’équipe. Elle a demandé à entrer en salle de don et elle a remercié un par un tous les donneurs qui étaient présents de ce qu’ils faisaient pour les personnes dans le même cas qu’elle. Un momen