«Allez, bois un coup, ça ne te fera pas de mal !» Un petit verre pour l’un, une coupe pour l’autre. Et pour les ados, Champomy ? Parfois oui, mais pas toujours… Et c’est bien le problème: si on a parfois tendance à se dire qu’une petite gorgée ne fait de tort à personne, la consommation d’alcool à l’adolescence perturbe le fonctionnement du cerveau à l’âge adulte, comme l’a découvert Sophie Laguesse, chercheuse au GIGA-Neuroscience (Liège). «J’entends parfois qu’on propose une petite coupe de champagne à un enfant de 11 ans, à l’occasion d’une fête de famille…, s’étonne-t-elle. En Belgique, on a une réelle culture de l’alcool, qui peut parfois être problématique !»
Docteure en sciences biomédicales, elle étudie les effets de l’alcool sur la maturation du cerveau des adolescents. Un sujet de recherche né suite aux constats d’une étude épidémiologique réalisée sur 80 000 personnes démontrant un lien direct entre l’âge de la première consommation d’alcool – la première gorgée – et le risque de développer une addiction à l’âge adulte. «La dépendance à l’alcool est considérée comme une maladie chez les adultes, on se dit rarement qu’elle peut apparaître plus tôt, remarque la chercheuse. Or, il est maintenant prouvé qu’il y a une relation entre l’âge de la première consommation d’alcool et l’addiction. Boire ne fût-ce qu’une gorgée d’alcool avant l’âge de 13 ans augmente de 47% le risque de développer une dépendance à l’âge adulte. Ce risque diminue au fur et à mesure que l’âge augmente. Il est de 35% à 15 ans, de 28% à 17 ans. Il chute à 9% quand la première initiation se fait après 21 ans. Le but de nos recherches est de définir si boire de l’alcool à l’adolescence perturbe le cortex préfrontal. Mais nous allons aussi plus loin: il s’agit d’identifier si le cortex préfrontal dysfonctionne à l’âge adulte et favorise le développement d’une addiction ou d’autres pathologies telles que les troubles de l’anxiété ou la dépression.»