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Jean-Michel DEBRY • j.m.debry@skynet.be

© Gilles San Martin/Flickr, © Monica R./Flickr –
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La série télévisée Vikings relate les exploits d’un groupe de Vikings menés par Ragnar Lothbrok, l’un de ces scandinaves les plus populaires au destin semi-légendaire. Sa première épouse, Lagertha (au centre de l’image, ndlr), est une skjaldmö  (guerrière au bouclier).

  

Cruelles Vikings ?

On a des Vikings l’image de guerriers brutaux, violents qui ont semé le feu et le sang partout où ils sont passés. Les bandes dessinées, les séries et les films qui leur sont consacrés ne sont pas là pour adoucir l’image. Nous n’avions pas affaire à des tendrons, c’est clair, mais ils ont aussi créé, pacifié, découvert. Tardivement convertis au catholicisme, ils étaient encore, à l’époque de leur présence dans nos régions, des «païens», ce qui dans l’iconographie médiévale du 7e au 11e siècle, ne pouvait en faire que des barbares. Ils l’étaient souvent.

C’étaient des hommes, la cruauté ne pouvant être que l’apanage d’êtres virils. Au moins pouvait-on le penser. Mais les réalités, comme ­souvent, ne sont pas directement superposables à ce qu’on croit être vrai. Il y a bien entendu quelques ­fictions qui ont mis en lumière des «combattantes ­barbares»; mais il s’agissait principalement de mettre en ­évidence un personnage tout en charme et ­en rondeurs pour l’agrément du film ou de la BD.

Comme souvent, l’avancée des techniques exploratoires permet d’affiner ou de confirmer ce qu’on pensait savoir. C’est ce qui s’est récemment passé avec le réexamen de restes humains exhumés d’une nécropole découverte en 1880 près de Birka, en Suède. Depuis longtemps, le doute était émis quant au sexe de l’un ou l’autre des corps; un doute qui s’effondre aujourd’hui avec l’examen de l’ADN: quelques-uns des «guerriers» enterrés avec des armes (épée hache, lance, couteau) et des signes de noblesse (étriers et même cheval !) étaient bien des femmes, ces Valkyries propres à la mythologie scandinave.

Étaient-elles aussi cruelles que leurs comparses masculins, prêtes à fendre d’un coup de hache le crâne de tout ennemi à portée, telle Lagertha dans la série Vikings ? C’est possible, mais ça écorne tout de même un peu l’image de la blonde scandinave évanescente d’aujourd’hui. En revanche, cela risque de ravir quelques féministes qui veulent voir la femme occuper tous les types de postes. Chacun a le droit d’avoir son idée sur le sujet…

Science, 2007; 6356: 1079


Abeilles:
le pire n’est-il pas à venir ?

La réalité est connue: des colonies d’abeilles disparaissent à un rythme soutenu depuis de nombreuses années et un peu partout dans le monde. Responsables désignés: les néonicotinoïdes, ces pesticides neurotoxiques prévus pour combattre les insectes nuisibles aux cultures. Ils sont efficaces, mais ils le sont indistinctement puisque les pollinisateurs, plutôt favorables aux mêmes cultures (notamment horticoles), sont eux aussi atteints. On pressent également un effet «rebond» sur le moyen, voire le long terme: puisque comme ces composés chlorés ou soufrés sont rémanents, ils persistent dans l’environnement où ils s’accumulent. Ils peuvent également être entraînés dans les nappes phréatiques, affecter des invertébrés au passage ou être captés par les racines de plantes sauvages à fleurs, qui sont butinées ensuite par les hyménoptères en général, et les abeilles en particulier. Celles-ci en reprennent donc, d’une certaine façon, une seconde dose !

Il va également de soi que dans la chaîne alimentaire, les prédateurs naturels des insectes et invertébrés puis ceux qui les consomment ensuite, concentrent les toxiques pouvant atteindre un seuil dommageable à leur niveau.

Une étude récemment publiée, menée entre 2012 et 2016 à ce propos, précise que quelle que soit la région du monde où ils ont été produits, 57 à 86% des miels – destinés aux humains – contiennent des traces au moins de ces neurotoxiques. Et il y a peu de chance que les choses changent, sauf évidemment si les concentrations du poison ont raison de toutes les abeilles. Du coup, il n’y aura plus de miel non plus; une façon radicale de régler le problème qui n’est tout de même pas celle attendue.

On sait que des dispositions relatives à l’utilisation des biocides en général ont été prises dans l’Union européenne et aux États-Unis en particulier. Mais ces produits efficaces sont, au même titre que les néonicotinoïdes, peu biodégradables et risquent donc de s’accumuler ou d’être présents au moins pendant longtemps encore. Ils peuvent aussi, dans de nombreux organismes, se trouver une synergie toxique avec d’autres produits dont notre environnement n’est pas avare. 

Bien au-delà du réchauffement climatique dont on fait une lutte écologique prioritaire, il serait – dans nos régions «industrielles» au moins – plus sage ou urgent de s’inquiéter d’abord de cette pollution-là, parfois massive, toxique et souvent cachée, dont on a peu de chances de pouvoir se libérer facilement. Question de choix politique: dans un cas, on peut se contenter de taxer les automobilistes qui émettent du CO2, dans l’autre on risque d’hypothéquer quelques productions agricoles à forte dimension économique. Le choix n’est-il donc pas posé d’avance ?

Science, 20147; 356: 38-39

Bio zoom

Ce drôle de champignon, parce qu’il s’agit bien d’un champignon, est un Cyathe strié (Cyathus Striatus). D’une dizaine de mm et en forme de nid, il abrite de petits grains ­lenticulaires: les péridioles (+/- 1 à 2 mm), dans lesquelles mûrissent les spores. Si on le trouve, parce qu’il est très discret de par sa taille, ce sera en été jusqu’à la fin de l’automne, plutôt en colonie et sur des débris ligneux (branches mortes à terre, souches), avec une nette préférence pour la forte humidité. Ce sont les gouttes de pluie qui éjecteront les péridioles et permettront ainsi la dissémination des spores.