Qui est-ce?

Barbara
McClintock

Jacqueline Remits •  jacqueline.remits@skynet.be

© BELGAIMAGE/science source

 
Je suis…

Une généticienne dont les travaux ne seront compris que bien plus tard. Petite, je suis déjà intéressée par la science. Troisième d’une famille de 4 enfants, j’ai un père médecin et une mère femme au foyer, poète et artiste. Indépendante, aimant la solitude, j’aime m’isoler pour lire pendant des heures. Proche de mon père, j’ai des relations difficiles avec ma mère. Lorsque j’ai 8 ans, nous déménageons à Brooklyn (New York), où je poursuis ma scolarité. Je terminerai mes études secondaires à l’Erasmus Hall High School où je découvre ma passion pour la science. Mon choix est fait: je veux aller à l’Université Cornell. Ce n’est pas l’avis de ma mère qui pense que faire des études supérieures m’empêcherait de me marier. Heureusement, mon père n’est pas de cet avis et grâce à lui, à 17 ans, j’entre au Cornell’s College of Agriculture pour y étudier la botanique. Mon histoire d’amour avec la génétique commence dès que je suis ce cours en 1921. J’obtiens ma licence en science en 1923 et mon doctorat en botanique portant sur la génétique du maïs en 1927. Pendant la durée de mes études à Cornell, je suis la seule femme à obtenir un diplôme dans le département d’agriculture. Après mon doctorat, je reste à Cornell comme enseignante et je réunis un groupe de phyto-généticiens et de cytologistes au sein du département de l’amélioration des plantes pour étudier la cytogénèse du maïs. Nous sommes considérés comme arrogants car en avance sur les autres qui ne comprennent pas ce que nous faisons. Mais nous, nous le savons et nous formons un groupe très uni. Je mets au point diverses techniques qui me permettent de visualiser au microscope des phénomènes connus jusque-là de manière théorique. Par exemple, l’échange de gènes lors de la division cellulaire. Dans les années 1930, pour comprendre les mécanismes de la transmission héréditaire chez les plantes, je m’appuie sur les croisements du maïs et je produis des hybrides. Mes recherches portent sur la découverte d’un moyen de visualiser les chromosomes du maïs et de caractériser leur forme dans les hybrides, ce qui permet d’alimenter le domaine de la cytogénétique du maïs à Cornell. En 1932, je m’installe à l’Université du Missouri pour travailler avec le généticien Lewis Sadler qui m’enseigne comment utiliser les rayons X pour produire des mutations dans les chromosomes. En 1936, j’accepte un poste de professeur assistant offert par Lewis Sadler au département de botanique de l’Université du Missouri – Columbia, que je quitte 5 ans plus tard pour intégrer les laboratoires de Cold Spring Harbor, à Long Island, dans l’État de New York. Je deviens ensuite membre permanent du corps professoral et acquiers une réputation de scientifique tenace. Comme je le dis alors, si tu sais que tu es sur la bonne piste, si tu as cette certitude intérieure, alors personne ne peut te freiner… peu importe ce qu’on dit. Reconnue comme l’une des meilleures dans mon domaine, je deviens la 3e femme élue à l’Académie américaine des sciences en 1944. Malgré cela et le fait que je sois la première femme présidente de la Genetics Society of America, je reste exclue des réunions facultaires et  ne suis pas tenue au courant des postes disponibles. 

 
À cette époque…

En 1930, dans bien des domaines, la science réalise des progrès considérables. En physique des particules, le premier cyclotron voit le jour aux États-Unis. En astrophysique, Clyde Tombaugh, jeune assistant astronome de l’Observatoire Lowell dans l’Arizona, découvre par hasard une planète située au-delà de Neptune, d’assez petite taille. Vouée à un froid insoutenable à cause de son éloignement du soleil, elle reçoit le nom de Pluton. En 1944, la Seconde Guerre mondiale fait rage. Les Américains progressent dans le Pacifique. Le 6 juin, sur les plages de Normandie, les Alliés réalisent le plus grand débarquement de l’histoire. Les villes de Bruxelles et Liège sont libérées. Puis, c’est la contre-offensive allemande dans les Ardennes, que les Américains stoppent à Bastogne. En 1949, Mao Zedong, chef du parti communiste chinois, proclame à Pékin, la création de la République populaire de Chine et devient président du Comité central.

 
J’ai découvert…

Des éléments transposables chez le maïs après avoir développé des techniques pour observer ses chromosomes et utilisé des analyses réalisées au microscope pour démontrer des théories génétiques fondamentales. Celle concernant l’échange d’informations génétiques par les chromosomes par enjambement durant la méiose en est une. Ces éléments transposables ont la capacité de se déplacer et de se multiplier de façon autonome. Ils ne se situent pas à la même place dans le génome de 2 cellules voisines. Ceci explique pourquoi, sur un même épi, le pigment d’un grain n’est pas nécessairement le même que celui de son voisin. Ces éléments sont présents chez tous les organismes vivants. J’ai produit la première carte génétique du maïs reliant les régions chromosomiques avec des traits physiques. J’ai également démontré le rôle du télomère et du centromère, 2 régions des chromosomes importantes dans la conservation de l’information génétique. Ils constituent 70% du génome du maïs et 40% de celui du génome humain. Pendant des années, j’ai trouvé qu’il était difficile, si ce n’est impossible, de faire prendre conscience aux autres de la nature de leurs préjugés alors que, pour des raisons particulières, j’avais fait cette prise de conscience. C’est devenu douloureusement évident durant mes efforts, pendant les années 1950, de convaincre les généticiens que l’action des gènes devait être, et était, contrôlée. Il m’était tout aussi douloureux de reconnaître la rigidité des opinions de la plupart des gens quant à la nature des éléments contrôlants du maïs et de leur fonctionnement. On doit attendre le bon moment pour introduire des changements conceptuels. En 1983, j’ai reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine pour mes travaux sur les éléments transposables.

  
  

Saviez-vous que…

Barbara McClintock a été honorée par 14 doctorats honorifiques en sciences et d’un doctorat en Humane Letters. Après 1983, elle a mené une vie plus publique, donnant des conférences sur les éléments génétiques mobiles, ainsi que sur l’histoire de la recherche en génétique aux jeunes scientifiques, spécialement après la publication du livre d’Evelyn Fox Keller A feeling for the organism qui raconte son histoire. En 1986, elle a été introduite au National Women’s Hall of Fame. Elle ne s’est jamais mariée et n’a pas eu d’enfant.

Elle est décédée en 1992, 9 ans après son prix Nobel. Sa reconnaissance tardive n’a pas semblé la déranger. Elle a dit au magazine People, en 1983: «Cela peut sembler injuste de récompenser une personne qui a eu autant de plaisir au fil des ans».

Elle est le sujet de travaux biographiques par l’historien de science Nathaniel Comfort contestant la thèse de Keller selon laquelle Barbara McClintock avait longtemps été ignorée parce qu’elle était une femme travaillant en sciences, alors que Comfort assure, lui, qu’elle était plutôt bien vue par ses pairs, même dans ses premières années de carrière. Même si, selon lui, elle n’a pas été victime de sexisme, elle est citée dans plusieurs études féministes et certaines biographies sur les femmes de sciences. Elle est un modèle pour les filles dans les livres de littérature enfantine.

En 1989, elle a été mise en valeur lors de l’émission de 4 timbres en Suède illustrant le travail de généticiens ayant remporté un prix Nobel. En mai 2005, le Service postal américain a publié une série de timbres postaux commémorant 4 scientifiques américains dont elle était la seule femme.

Un bâtiment de l’Université Cornell porte aujourd’hui son nom.


 
 

 

Naissance 

18 juin 1902, Hartford (Connecticut, États-Unis)

Décès

2 septembre 1992, Huntington (État de New York,
États-Unis)

Nationalité

Américaine

Situation familiale 

Célibataire