Qui est-ce?

Lucy GUO

Jacqueline REMITS • jacqueline.remits@skynet.be

Passes, Capture Instagram Lucy Guo

 
Je suis…

Née à Fremont dans la baie de San Francisco, en Californie, non loin de la mythique Silicon Valley. Un bon présage. Je grandis dans cette région, élevée par mes parents immigrés chinois et ingénieurs en électricité. Très jeune, je développe un esprit entrepreneurial car je veux gagner mon propre argent. Enfant, je me prends de passion pour le monde de l’informatique. Passionnée par le codage, je le maîtrise rapidement. Ado, j’apprends par moi-même à programmer et je me lance dans diverses activités. Je vends des cartes Pokémon, je construis de faux sites Web de diffusion en continu avec des publicités bien placées. Dès le lycée, je développe des robots et je génère des revenus en ligne à l’aide de PayPal et de jeux comme Neopets et Rune Scape. Ces compétences acquises très jeune me valent d’être acceptée à la Carnegie Mellon University en Pennsylvanie. Cet établissement prestigieux est réputé pour ses avancées technologiques, particulièrement en informatique, science et gestion. J’y apprends l’interaction homme-machine. Exactement ce qu’il me faut ! Mais l’enseignement traditionnel ne comble pas mes attentes. J’abandonne mes études en 2014 et n’obtiendrai jamais mon diplôme. Qu’à cela ne tienne, j’ai d’autres atouts.

Je suis sélectionnée par le Thiel Fellowship. Ce programme compétitif élaboré par l’investisseur milliardaire Peter Thiel, cofondateur de PayPal, attribue une bourse de 100 000 dollars sur 2 ans aux jeunes de 22 ans ou moins qui souhaitent quitter ou interrompre leurs études pour poursuivre des projets innovants, créer une entreprise ou faire des recherches scientifiques. Rapidement, je décroche des stages chez des géants de la tech comme Facebook, Snapchat où, en tant que première femme designer de l’entreprise, je contribue au développement de Snap Maps, ou encore Quora. C’est là que je fais une rencontre déterminante pour ma carrière, celle d’Alexander Wang. Cet as des mathématiques travaille à temps plein comme codeur pour le site de questions/réponses. Ensemble, en 2016, j’ai alors 21 ans, nous fondons Scale AI, une jeune pousse prometteuse dans l’intelligence artificielle générative. L’entreprise collecte, structure, étiquette et vérifie de grandes quantités de données (images, textes, vidéos, etc.) nécessaires à l’entraînement des modèles d’IA. Si besoin, elle intervient pour filtrer et corriger les réponses de modèles d’IA générative (comme ChatGPT) en supprimant les contenus inappropriés ou erronés. Le succès est au rendez-vous, ainsi que les clients parmi lesquels General Motors et Flexport, ou encore le gouvernement américain qui utilise aujourd’hui la technologie de Scale AI pour aider ses armées de l’air et de terre, ainsi que les géants de la tech, comme Open AI, qui s’en servent pour entraîner leur IA. Je me spécialise dans la transformation de données non structurées en ensembles de données de haute qualité, permettant le développement et l’optimisation de modèles d’apprentissage automatiques. Tandis que Wang prend la tête de l’entreprise, je dirige les opérations et la conception-produit. Mais nous sommes en désaccord sur la gestion de l’entreprise et Wang me licencie en 2018. Si nous avions des opinions divergentes, je suis fière du travail de Scale AI. J’ai la bonne idée de conserver la majeure partie des parts de l’entreprise. Une décision stratégique car en 2025, la valorisation de Scale AI atteindra des sommets. Aujourd’hui encore, je détiens une participation d’un peu moins de 5% des parts de cette société. La même année, je crée l’application Apply to Date permettant aux utilisateurs de créer un CV de rencontres. En 2019, je me diversifie dans le capital-risque avec la création d’une société d’investissement, Backend Capital, qui finance principalement des start-up d’ingénierie en phase de démarrage. Là aussi, le succès est au rendez-vous. Mon investissement dans l’entreprise de technologie financière Ramp est couronné de succès, cette entreprise étant aujourd’hui valorisée à 13 milliards de dollars.

À cette époque…

En 1994, l’année de ma naissance, l’ancêtre du smartphone, l’IBM Simon, est commercialisé. C’est le premier appareil à proposer différentes fonctionnalités (messages, calculatrice, documents) et disposant d’un écran tactile. En 2016, quand je cofonde Scale AI, c’est aussi l’année de la première élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Quand je fonde Passes en 2022, la Russie envahit l’Ukraine, tandis qu’aux États-Unis, le droit à l’avortement se voit remis en cause.

J’ai découvert…

En 2022, je me suis lancée dans une nouvelle aventure entrepreneuriale avec Passes, une plateforme similaire à Patreon et OnlyFans, qui permet à des personnes de payer pour avoir des conversations et des vidéos en ligne avec leurs célébrités favorites, celles-ci pouvant conserver jusqu’à 90% de leurs revenus. Si Passes mélange des éléments de Patreon, OnlyFans et Twitch, avec des fonctionnalités allant des messages privés aux directs, en passant par des appels vidéo individuels, la plateforme se distingue par l’inclusion de l’IA. Elle développe des avatars IA de ces célébrités, ce qui permet aux utilisateurs d’interagir avec des versions numériques de leurs personnalités préférées. En tant que fêtarde de Miami, j’ai utilisé mes relations avec des agences de divertissement pour lancer ma société et signer des contrats avec différentes célébrités. Entre 2022 et 2024, j’ai aussi levé 50 millions de dollars en 3 tours de table auprès d’importants investisseurs, valorisant mon entreprise à 150 millions de dollars. La plateforme témoigne de ma vision pour le Web. J’estime que les plateformes traditionnelles détiennent trop de pouvoir sur les données des utilisateurs. Je promeus le Web3 car ce concept permet aux personnalités d’être propriétaires de leur public, de leurs données et de leur monétisation, sans dépendre d’une autre entité. De même, je considère que l’IA a la capacité de révolutionner de nombreux domaines, à condition que son déploiement soit soumis à une réglementation réfléchie afin de garantir une utilisation responsable.

Saviez-vous que…

Lucy Guo compte parmi les 6 femmes milliardaires de moins de 40 ans, dont fait notamment partie Taylor Swift et ses 1,6 milliard de dollars. À 31 ans, elle est aussi devenue la plus jeune milliardaire self-made woman au monde, détrônant la célèbre pop star qui a réalisé cette prouesse à 35 ans. Elle fait partie des rares ultra riches à avoir érigé un empire à partir de zéro, sans l’aide des dollars de papa ou maman. D’après le magazine Forbes, sa fortune culmine aujourd’hui à 1,3 milliard de dollars (1,16 milliard d’euros), dont 1 milliard attribué à une récente levée de fonds de Scale AI. Le reste provient de sa participation dans Passes. Interrogée sur son nouveau statut de milliardaire par Forbes, elle a répondu par SMS: «Je n’y pense pas vraiment, c’est un peu fou. Dommage que tout soit sur papier».

En 2025, Passes a été confrontée à une plainte en justice ciblée accusant la plateforme d’héberger des contenus pédopornographiques. Ce que Passes et Lucy Guo ont catégoriquement réfuté. 

Si elle a vécu en nomade numérique pendant plusieurs années, en 2020, elle a acheté un appartement de 6,7 millions de dollars à Miami où, d’ailleurs, ses fêtes provoquent des conflits avec ses voisins. En 2022, elle est décrite par le New York Post comme la fêtarde numéro un de Miami. À partir de 2024, elle vit également à Los Angeles où elle a acquis une maison de 4,2 millions de dollars à West Hollywood. Depuis lors, elle partage son temps entre Miami et Los Angeles.

Selon son fil Instagram, elle cultive un style de vie rythmé par le sport et les festivals de musique. Outre sa participation à des événements nocturnes, elle est aussi connue pour ses déplacements en skateboard électrique et sa collection de cartes Pokémon. Elle maintient une discipline de travail rigoureuse, travaillant souvent jusqu’à minuit et suivant plusieurs séances d’entraînement physique quotidien.

Lucy Guo incarne ainsi une nouvelle génération d’entrepreneuses technologiques, autodidactes, audacieuses et déterminées. Son parcours de jeune codeuse milliardaire à 31 ans illustre avec flamboyance l’évolution du paysage technologique et entrepreneurial d’aujourd’hui.

 
 

Carte d’identité

Naissance 
14 octobre 1994, Fremont
(Californie, États-Unis)

Nationalité

Américaine

Situation familiale

Célibataire

 
Diplôme

A fréquenté l’université Carnegie-Mellon en Pennsylvanie; pas de  diplôme

Champs de recherche 

Informatique et interaction homme-machine

Distinctions 

Plus jeune milliardaire self-made woman au monde (2025)

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