L'Adn de…

Fabrice
MICHEL Physicien
& apiculteur

Propos recueillis par Virginie CHANTRY • virginie@pixielightdigital.com

F. MICHEL

Apiculteur, c’est une vocation que vous  avez depuis tout petit ?

Absolument pas. Plus jeune, je n’aurais jamais imaginé travailler avec l’abeille. J’adorais le miel, mais je percevais l’apiculture comme un monde à la fois intriguant et inaccessible. C’est vers la trentaine que l’idée d’avoir des ruches a commencé à germer. Je ne savais pas comment démarrer dans ce milieu, mais la vie a bien fait les choses: j’ai rencontré un nouveau collègue, apiculteur amateur, ainsi qu’un vieil apiculteur passionné. Ils m’ont guidé et, en 2014, j’ai pu installer 3 colonies au pied du grand chêne de la maison. En 2019, je me suis installé en semi-professionnel en créant le Rucher du Grand-Chêne avec 17 colonies. Depuis, le projet a bien évolué: je gère maintenant 90 ruches.

Comme on devient scientifique. D’abord en se formant. Quelle que soit la vocation, même pour des métiers plus manuels, la base théorique est essentielle. Ensuite il faut pratiquer, observer, se remettre en question et se tenir à jour des dernières avancées dans le domaine. Enfin, l’échange avec les collègues est fondamental.

Comment devient-on apiculteur ?

Vous exercez actuellement en tant  que chef de projet chez un  industriel liégeois et  apiculteur, quelle est  votre journée-type ?

Je n’ai pas vraiment de journées types. Elles varient selon la période de l’année, la météo, mais aussi, évidemment, la charge de travail et les priorités chez mon employeur et au Rucher. Au pic de la saison apicole, en mai et juin, les journées sont souvent trop courtes. Le réveil sonne tôt pour préparer du matériel, effectuer une mise en pots ou une extraction de miel. Je travaille ensuite pour mon employeur et, en fin d’après-midi, je me consacre à nouveau au Rucher: travail aux ruches, analyse et prise de recul par rapport à la saison, préparation des jours suivants. J’ai la chance d’occuper un poste qui m’offre une grande flexibilité. En cas de surcharge au Rucher, et si mon agenda professionnel le permet, je prends congé afin de débloquer la situation.

J’ai toujours voulu faire des études scientifiques. J’ai beaucoup aimé étudier la physique et j’ai pris énormément de plaisir à réaliser ma thèse de doctorat. Mon parcours professionnel m’a toutefois progressivement éloigné du monde scientifique. Aujourd’hui, la science m’évoque à la fois nostalgie et reconnaissance. Les mathématiques de haut niveau me manquent; je les ai toujours perçues comme un jeu. Je suis reconnaissant envers la science, car je suis convaincu que la réussite du Rucher repose, entre autres, sur les aptitudes acquises lors de ma formation scientifique: rigueur, précision, objectivité et remise en question.

Quels sont vos  rapports avec la  science ?

Quelle est la plus  grande difficulté  rencontrée dans  l’exercice de votre  métier ?

La saison de production de miels est très courte et très intense. Elle doit être anticipée au maximum. Mais l’apiculture, c’est être à la tête d’une «usine» dont on ne maîtrise pas la capacité de production. Il est impossible de prédire la période du pic et les volumes: chaque saison est différente. Il faut dès lors sans cesse ajuster la stratégie et les techniques à la réalité du terrain, sans perdre de vue les objectifs finaux. C’est beaucoup de stress, d’incertitudes et d’énergie, mais c’est aussi ce qui rend ce métier si passionnant.

Ma plus grande réussite professionnelle reste liée à mon ancien employeur: la signature simultanée de 2 contrats pour un grand client français, après plusieurs mois de négociations. Ces contrats ont généré des milliers d’heures de travail pour mes anciens collègues. Je considère également le Rucher comme l’une de mes plus belles réussites.

Quelle est votre plus  grande réussite  professionnelle  jusqu’à ce jour ?

Quels conseils  donneriez-vous à un  jeune qui aurait envie  de suivre vos traces ?

On a souvent tendance à se concentrer sur ce qu’on aime faire: la gestion des ruches, l’innovation, l’expérimentation… Mais pour réussir un projet, il est essentiel de ne négliger aucun maillon de l’activité: comptabilité, gestion administrative, marketing, achats, ventes… On peut bien sûr déléguer certaines tâches, mais le chef d’orchestre doit conserver une vue d’ensemble pour piloter son projet au mieux. Je citerais également le slogan du Rucher: «Passion for bees creates possibilities». La passion peut soulever des montagnes si elle est accompagnée de travail, de rigueur et d’engagement, des valeurs acquises lors de mes formations scientifiques. 
 
 

CARTE  D’IDENTITÉ

Fabrice MICHEL

ÂGE : 45 ans

SITUATION FAMILIALE : Marié, 4 enfants

LIEU DE NAISSANCE : Liège

LIEU DE RÉSIDENCE : Liège

PROFESSION : Ingénieur – chef de projet & apiculteur semi-professionnel

FORMATION : Docteur en Physique

  fabrice@rucherdugrandchene.be

    rucherdugrandchene.be

Je vous offre une  seconde vie pour un  second métier…

Probablement un métier scientifique proche des animaux. Peut-être de l’ornithologie.

L’homme est la seule espèce qui scie la branche sur laquelle elle est assise. J’utiliserais mon super pouvoir pour lui permettre de revivre en harmonie et en équilibre avec la nature et les autres espèces.

Je vous offre un  super pouvoir…

Je vous offre un  auditoire…

J’ai appris, au fil de mon parcours professionnel, que les processus et les méthodes sont finalement peu dépendants des secteurs d’activité. Dans le cadre du Rucher, j’applique ainsi de nombreux outils et méthodes inspirés de mon expérience d’ingénieur. J’expliquerais à l’auditoire la gestion du Rucher afin de montrer comment une expérience acquise peut être valorisée dans des domaines parfois insoupçonnés.

Dans mon champ de compétences, ce serait un laboratoire d’optique centré sur l’interférométrie, mon domaine de prédilection. Toutes disciplines confondues, je développerais une phéromone sexuelle artificielle destinée aux frelons asiatiques (FA). Elle permettrait de piéger les mâles et d’empêcher la fécondation des futures reines. Cette approche contribuerait à lutter contre cette espèce invasive, qui représente un véritable fléau pour la biodiversité, la chaîne alimentaire et la sécurité.

Je vous offre un  laboratoire…

Je vous transforme  en un objet du  21e siècle…

Il ne représente sans doute pas le 21e siècle, mais j’ose espérer qu’il y fasse de la résistance: un livre. Peu importe le format – roman, magazine ou revue spécialisée – mais un vrai livre. Pas une tablette ni une liseuse. Un livre, cet objet déconnecté qui offre un moment suspendu au milieu d’une journée, dans un monde qui avance trop vite. 

Je ne ressens pas le besoin de voyager, mais je serais partant pour une belle randonnée dans un décor à couper le souffle.

Je vous offre un  voyage…

Je vous offre un face  à face avec une  grande personnalité  du monde…

Je n’ai pas le nom d’un politicien, d’un artiste ou d’une autre personnalité qui me vient directement à l’esprit. En revanche, je reste très admiratif des sportifs de haut niveau. Ils sacrifient énormément de choses pour vivre leur passion. Ils se remettent en question et optimisent les moindres détails pour gagner quelques dixièmes de seconde ou quelques millimètres. Ils n’ont parfois que quelques jours, voire à peine quelques secondes, pour récolter le fruit de plusieurs mois, voire d’années, de travail. Cela me rappelle l’apiculture et la science expérimentale.

Oui, mais après 10 mois de préparation et de suivi des colonies, et avant tout le travail de mise en pots, d’étiquetage et de commercialisation… Le miel, ça se mérite. C’est énormément de travail, aussi bien pour l’abeille que pour l’apiculteur. Il peut s’écouler plus d’un an entre le moment où l’on élève une reine et le premier pot de miel issu de sa colonie. Une année apicole représente ainsi 9 à 10 mois de préparation des colonies pour 2 à 3 mois de récolte.

La question «a  priori»: apiculteur,  c’est un peu enfiler  une tenue de protection et  récolter du miel,  non ?

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