Actualités

Thibault GRANDJEAN • grandjean.thibault@gmail.com

© Video80X – stock.adobe.com, ESA, © BELGA, © SMAL GmbH, UNamur/capture, ADRIAN DALY. UNIVERSITÉ DE LIÈGE, © Distracted_by_Bugs – stock.adobe.com

01

L’éolien en mer a le vent en poupe

C’est un retournement de situation qui préfigure peut-être de ce que sera l’avenir de l’énergie en Europe. La mer du Nord, après avoir été l’un des champs pétrolifères les plus connus (le Brent de la mer du Nord est encore l’indice qui détermine les prix de 60% du pétrole vendu actuellement), doit devenir l’un des plus grands champs éoliens offshore au monde.

Le 26 janvier dernier, les 10 pays européens que sont la Belgique, le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Islande, l’Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège et le Royaume-Uni, ont signé la Déclaration de Hambourg, dans laquelle ils s’engagent à déployer 100 GW de projets éoliens conjoints dans les eaux partagées de la mer du Nord, d’ici à 2050, soit l’équivalent de l’énergie consommée par 143 millions de foyers et la totalité de la production actuelle du Royaume-Uni.

Si la marche sera haute pour les pays européens, alors que l’Union européenne ne dispose actuellement que de 37 GW de capacités d’éolien en mer, cet énorme projet se situe dans la droite ligne de l’accélération du renouvelable: en 2025, ce secteur qui inclut le solaire a produit pour la première fois plus d’énergie que les énergies fossiles.

La mer du Nord, une mer peu profonde et aux vents réguliers, doit ainsi devenir un des piliers de l’indépendance énergétique de l’Europe. L’éolien offshore est en effet perçu comme l’un des moyens les plus efficaces pour atteindre les objectifs européens de décarbonation: avec un facteur de charge élevée,  c’est-à-dire la différence entre la capacité maximale possible et l’énergie effectivement produite, elle est l’énergie renouvelable la plus productive susceptible d’être déployée à grande échelle.

Cet investissement de 9,5 milliards d’euros fait partie d’un engagement plus large, pris en 2022 à Ostende lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, celui de construire pour 300 GW d’éolien offshore d’ici 2050 en mer du Nord. Mais désormais, les pays impliqués ont décidé de faire en sorte qu’un tiers de cette production soit réalisée par des projets conjoints, c’est-à-dire des parcs éoliens en mer directement reliés à plus d’un pays via des interconnexions multi-usages. Ces interconnexions doivent permettre de réduire la quantité d’infrastructures nécessaires pour transporter l’électricité, réduisant ainsi l’impact sur les communautés côtières et l’environnement.

Concrètement, l’accord spécifie que les gouvernements s’engagent à construire collectivement, de 2031 à 2040, 15 gigawatts de capacité éolienne offshore chaque année. De son côté, l’industrie privée s’est également engagée à créer plus de 91 000 emplois, et de participer au financement du parc. En outre, l’ensemble des entreprises responsables de la production et de la gestion de l’énergie impliquées se sont engagées à réduire leurs prix de 30% d’ici à 2030 par rapport à 2025, qui s’élevaient à environ 95 euros par mégawattheure.

Malheureusement, d’un point de vue environnemental, la déclaration des pays européens reste rudimentaire, s’engageant simplement à «minimiser les impacts sur l’environnement marin». Or, d’après un rapport publié en 2023 par l’Institut royal des sciences naturelles, qui a étudié l’impact des parcs éoliens belges déjà présents dans les eaux territoriales, si les éoliennes, une fois installées, ont un effet positif sur la faune et la flore sous-marines, formant des récifs artificiels, leur installation est quant à elle très dommageable en raison du bruit généré. Nul doute que l’installation d’une telle quantité d’éoliennes aura un impact considérable sur la faune et la flore de cette mer déjà considérablement soumise aux activités humaines.

02

Des data centers locaux

Les datas centers nécessaires qui fleurissent un peu partout sur la planète ont un inconvénient majeur: leur immense consommation énergétique, qui représente un défi pour le réseau électrique. L’entreprise liégeoise Tonomia, et en collaboration avec l’entreprise de puces AMD, a mis au point un système modulable, tout en un, destiné à apporter directement des systèmes d’IA au plus près des entreprises. Les Tonoforge, c’est leur nom, sont des conteneurs standards, équipés d’un serveur et de processeurs GPU, capables de faire tourner une IA localement. Les conteneurs sont également équipés de système de gestion de chaleur, afin qu’elle soit réutilisée dans les bâtiments, et sont conçus pour être installés directement à proximité de systèmes de production d’énergie bas-carbone, comme des panneaux photovoltaïques, afin d’éviter l’engorgement du réseau. Ces Tonoforge peuvent ainsi être installés en série, pour une véritable petite AI Factory, accessible de façon sécurisée grâce à une connexion cryptée et directe pour les entreprises. L’idée de ces data centers locaux et distribués est de maximiser le nombre de connexions simultanées à un GPU, afin de diminuer d’autant la puissance nécessaire. D’autant que leur modularité permet de les déployer beaucoup plus rapidement qu’une infrastructure classique.

    tonomia.com
    https://datanews.levif.be/actualite/belgique/lentreprise-belge-tonomia-a-developpe-des-centres-de-donnees-ia-avec-lamericain-amd/

03

Une rencontre au sommet

En avril 2029, l’astéroïde Apophis, large de 375 mètres, passera très près de nous, à environ 32 000km de la Terre (à titre de comparaison, l’orbite de la Lune se situe en moyenne à plus de 384 000 km). Il sera même visible durant quelques heures depuis l’Europe et l’Afrique. Il s’agit donc d’une occasion inestimable pour étudier de près ce corps céleste, et d’affiner les stratégies de défense planétaire. Et pour rencontrer le Dieu égyptien des forces maléfiques, qui de mieux que le pharaon RAMSES ? Faute de monarque antique aux divins pouvoirs, l’Agence spatiale européenne enverra un vaisseau spatial dénommé Rapid Apophis Mission for SpacE Safety qui approchera et escortera l’astéroïde lors de son survol. L’entreprise belge Spacebel a été choisie pour la conception et le développement du logiciel central de RAMSES, grâce à sa précédente expérience avec la mission Hera, et du Comet Interceptor. Ce logiciel assure notamment les fonctions en temps réel du vaisseau spatial et le contrôle des instruments embarqués. Lancement prévu en 2028.

    spacebel.com

04

Des nouvelles fonctionnalités pour itsme

Au départ, l’application itsme, en sécurisant votre identification pour accéder à votre compte bancaire, devait nous débarrasser des tentatives d’escroquerie via le code de carte bancaire. Et puis, les fraudeurs se sont perfectionnés, et aujourd’hui, il n’est pas rare que des personnes se prétendant employées de votre banque vous contactent et vous demandent de valider une opération bancaire via itsme. Et c’est là que les ennuis commencent. Pour lutter contre ce phishing perfectionné (le numéro qui s’affiche sur votre téléphone semble bien être celui d’une banque), l’application itsme évolue. Aujourd’hui, lorsque l’application détecte une demande d’action alors que vous êtes au téléphone, un message d’avertissement s’affiche sur l’écran du téléphone, afin de prévenir d’une potentielle fraude. De plus, l’application partage également automatiquement certaines informations contextuelles à votre banque, comme un nouvel utilisateur, ou un nouveau téléphone, qui signalerait une activité inhabituelle. La banque peut alors retarder ou bloquer automatiquement le paiement en cas de suspicion de fraude.

    www.itsme-id.com

05

Une première mondiale à Saint-Luc

Le monde médical souffre d’un manque chronique d’organes susceptibles d’être transplantés. La raison de cette pénurie, en plus du manque de donneurs d’organes, réside dans le fait que les organes ne peuvent être gardés trop longtemps une fois prélevés sur les corps. En outre, lorsque le décès est prononcé, les organes doivent continuer à être approvisionnés en sang, car un manque d’oxygène provoque rapidement des lésions irrémédiables. Des chercheurs ont alors eu l’idée d’utiliser une technique innovante pour transplanter un greffon partiel, provenant d’un donneur décédé et en arrêt circulatoire, à une patiente dont le foie était atteint de métastases liées à un cancer du côlon. Le foie a été placé sous perfusion d’un liquide froid et oxygéné, avant d’être divisé en deux et transplanté avec succès à deux patients. Cette opération, en première mondiale, et suivie d’un traitement spécial afin que le greffon se développe rapidement et puisse jouer pleinement son rôle, avant l’ablation du foie malade est un succès: 15 mois après l’opération, la patiente ne présente aucune complication ni rejet. Détail poétique: HOPE, l’acronyme de cette technique, pour Hypothermic Oxygenated PErfusion, signifie «Espoir». 
(Image: Belga)

    saintluc.be

06

Omni One Core débarque en Belgique

Il n’y a pas si longtemps, le mot geek était presque une insulte. Il désignait souvent une personne en piètre forme physique qui passait son temps à jouer aux jeux vidéos. Depuis, les jeux vidéos ont gagné leurs lettres de noblesse, et le e-sport donne lieu à de véritables compétitions. Et si, bientôt, pour savoir jouer, il fallait, en plus d’une forme intellectuelle, une excellente forme physique ? L’entreprise Virtuix, créée aux États‑Unis par le Belge Jan Goetgeluk, s’apprête à lancer en Europe son Omni One Core: un tapis de course omnidirectionnel qui, couplé à un casque de réalité virtuelle, permet à l’utilisateur de se mouvoir dans un jeu comme dans la vraie vie. Le joueur, attaché grâce à un harnais, peut se déplacer, courir, s’accroupir et sauter dans toutes les directions. Compte tenu du fait que la taille de certaines cartes de jeu vidéo atteignent les 50 km², nul doute qu’un tel accessoire peut vite devenir un véritable outil de sport ! En réalité, et contrairement à un vrai tapis de course, le «tapis» de Virtuix ne bouge pas: le joueur est équipé de chaussures glissantes qui simulent la course, et transmettent les mouvements à l’ordinateur. Il n’empêche, la sensation est garantie bluffante, et les utilisateurs peuvent brûler jusqu’à 700 calories par heure. 

07

En Bref

Le CREAVES (Centre de Revalidation des Espèces Animales Vivant naturellement à l’État Sauvage) de Namur inaugure le premier hôpital spécialisé pour la faune sauvage de Wallonie. Le nouvel hôpital dispose d’infrastructures professionnelles comprenant des zones de quarantaine, des zones vétérinaires et des espaces permettant de séparer les différentes espèces.

    creaves.be

 

Le Gouvernement wallon a pris un arrêté visant à établir des valeurs limites de bruit pour les grands axes ferroviaires sur le territoire wallon. L’établissement de cette norme de bruit, la première en Wallonie pour le transport ferroviaire, est le préalable à l’établissement d’une cartographie et d’un plan d’actions de lutte contre le bruit ferroviaire. Les valeurs limites seront celles déjà fixées pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants et les grands axes routiers, soit 70 dB le jour et 60 dB la nuit.

 

Le Gouvernement wallon crée un baromètre de la santé mentale agricole. Cet outil, créé par l’ASBL Agricall, doit permettre d’objectiver les enjeux psychosociaux du secteur et d’adapter les dispositifs de prévention et d’accompagnement. Il fait partie d’un plan d’action plus large, qui vise à renforcer l’accompagnement de proximité, à prévenir le mal-être et l’isolement, à soutenir la viabilité des exploitations, et à faciliter la médiation.

 

La science météorologique peut sembler parfois capricieuse: alors que de la pluie est prévue, 3 gouttes tombent dans votre rue tandis que 10 km plus loin, c’est une drache nationale. L’institut Royal de Météorologie vient de lancer sa nouvelle carte de prévisions, à la fois beaucoup plus interactive mais aussi beaucoup plus précise: il est désormais possible de zoomer sur la commune de votre choix et ainsi mieux anticiper les prochaines heures.

    https://www.meteo.be/fr/meteo/previsions/precipitations-beta

08

L’importance de l’océan Austral

On a souvent tendance à voir les océans de la planète comme d’immenses masses d’eau homogènes et indifférenciées. Mais en réalité, chaque mer et chaque océan a ses caractéristiques propres et son importance dans le grand cycle du climat. À ce titre, alors que l’on sait que la fonte de la banquise arctique modifie profondément la circulation de l’Atlantique nord, l’océan Austral, qui entoure l’Antarctique, est encore très mal connu. Et pourtant, il semblerait que ce dernier joue un rôle central dans le système climatique mondial. Après les périodes de glaciation, lorsque le climat se réchauffe, de grandes quantités d’eau douce issues de la calotte polaire antarctique sont relarguées dans l’océan, ce qui a pour conséquence de le stratifier, l’organisant en couches d’eau peu mélangées. Cette stratification provoque un ralentissement de la circulation océanique, et influence directement la capture de carbone par l’océan. Une équipe de l’ULB a ainsi mis en évidence que, durant les dernières périodes de réchauffement, la stratification de l’océan Austral n’a été que transitoire. Mais les scientifiques craignent que le réchauffement actuel entraîne une fonte durable de la calotte antarctique et, par conséquent, une stratification prolongée de l’océan Austral, diminuant ainsi un peu plus la capacité d’absorption de CO2 de l’océan.

   Fripiat et al. PNAS, 2026

09

La peau de mouton au microscope

En dépit de l’invention de l’imprimerie au 15e siècle, les parchemins en peau de mouton ont largement été utilisés jusqu’au 19e siècle, notamment pour des documents juridiques. En effet, ces dernières offraient plusieurs avantages: qualité supérieure, résistance mécanique importante, une blancheur exceptionnelle et surtout… une tendance à la délamination. Derrière ce terme se cache la propension de la peau à se détacher en 2 couches lorsqu’elle est soumise à une tension. Les parchemins en peau de mouton étaient donc réputés infalsifiables, car toute tentative de modifier le texte existant se voyait instantanément en raison de cette propriété. En outre, cela permettait aux producteurs de parchemins de créer rapidement des patchs adhésifs en cas de trous. Mais jusqu’à présent, les raisons de cette délamination étaient mal comprises par les chercheurs, et les parchemins en leur possession trop fragiles et précieux pour subir une investigation. Une équipe multidisciplinaire de l’UNamur a donc reproduit des parchemins de peau de mouton en suivant les anciennes techniques afin de pouvoir les étudier. Ils ont ainsi montré que la délamination se produisait au sein de la couche supérieure même du derme, là où naissent les follicules pileux. Cette recherche est importante à la fois pour la biologie, l’étude des techniques anciennes et de l’histoire de la production écrite.

   Appart M. et al. npj Heritage Science, 2025

10

Les sols wallons pollués aux néonicotinoïdes

Trouver de l’imidaclopride et de la clothianidine, 2 herbicides néonicotinoïdes dans des champs qui ont été traités avec ces substances n’a rien de surprenant. Mais en trouver dans des terres qui n’ont pas été traitées, voilà qui est plus inquiétant. C’est pourtant la conclusion d’une étude menée par des chercheurs de l’UCLouvain. Les résultats montrent que ces substances, responsables notamment de l’effondrement de la biodiversité des insectes (et donc de leurs prédateurs), sont présentes dans 78% des sols analysés, et dans 69% des sols n’ayant pas d’historique de traitement récent. Elles ont même été détectées dans un tiers des sols n’ayant jamais été traités. Aucune explication satisfaisante, comme la poussière emportée par le vent, n’a été trouvée pour la présence de ces herbicides. Dans une étude complémentaire, les scientifiques ont cherché à déterminer la présence de néonicotinoïdes dans les cultures de couverture, c’est-à-dire des semis de mélanges floraux, désormais obligatoires entre 2 cultures. Or, malgré l’intérêt pour la biodiversité de cette pratique, les chercheurs ont mis en évidence que ces fleurs pouvaient potentiellement constituer une menace, puisque les néonicotinoides présents dans le sol sont absorbés par les fleurs et se retrouvent dans les pollens, affectant ainsi durement les insectes.

   Buron M. et al. Journal of Hazardous Materials, 2026

   Gancedo Tarano I, et al. Environmental Monitoring and Assessment, 2025

11

Cold case résolu !

On ne soulignera jamais assez l’importance du soin, et du soutien à autrui. En 1963, dans une grotte du sud de l’Italie, une équipe d’archéologues avaient fait une découverte étonnante: les restes de 2 corps enlacés. L’un fait une taille moyenne de 145 cm, mais c’est l’autre qui a surtout intrigué les scientifiques: une adolescente, d’environ 110 cm et aux membres sévèrement raccourcis. Les premières mesures de datation avaient déjà permis d’établir leur âge à plus de 12 000 ans. Mais il a fallu attendre 2025 et les nouvelles techniques d’extraction et d’analyse d’ADN ancien pour lever un nouveau voile sur cette sépulture. Une équipe de l’ULiège a permis de déterminer que l’adolescente était atteinte de Dysplasie Acromésomélique, une maladie génétique très rare caractérisée par un déficit de croissance sévère. L’étude, qui a aussi permis de mettre en lumière que les 2 personnes étaient probablement une mère et sa fille, jette un éclairage nouveau sur l’importance des proches, même en cette époque reculée. En effet, la jeune fille n’aurait sans doute jamais pu survivre jusqu’à l’adolescence sans tout le soutien de sa communauté.

   Fernandes, Daniel M et al. New England Journal of Medicine, 2026

    https://www.lemonde.fr/realites-biomedicales/article/2026/02/23/la-genetique-resout-12-000-ans-plus-tard-un-cold-case-du-paleolithique_6667887_6579630.html
 

Ci-dessous: La Grotta del Romito abritait une double sépulture avec 2 individus  enlacés, probablement une mère et sa fille. 

12

Sa majesté des mouches

Dans la nature, les couleurs sont la plupart du temps dues à des pigments, c’est-à-dire des molécules capables d’absorber certaines  longueurs d’onde de la lumière. Ainsi, une molécule absorbant le vert, le  bleu et le jaune apparaîtra rouge. Mais il existe également des animaux,  comme certains insectes qui n’ont, au sens strict du terme, aucune couleur,  et qui pourtant nous apparaissent bleus ou verts. 

Cela est dû à de minuscules structures nanométriques qui reflètent la lumière et ainsi changent de couleur en fonction de l’angle de notre regard. Ce phénomène a été globalement bien étudié chez les papillons, mais encore peu chez les diptères, un ordre d’insectes qui comprend notamment les mouches. Des chercheurs de l’UMons et l’UNamur ont ainsi remédié à ce manque en étudiant la structure des molécules présentes chez Calliphora vicina, la mouche bleue de la viande, et Lucilia richardsi. Il apparaît que les couleurs dépendent de plusieurs couches de structures photoniques. Et ces dernières ne sont pas là pour faire joli. Les chercheurs ont constaté que les couleurs exhibées sont précisément celles captées à la fois par leurs congénères et leurs prédateurs. Elles joueraient ainsi un rôle clé dans la communication intra et interespèce.

   Camus E. et al. J. Eur. Opt. Society-Rapid Publ.2026

13

En Bref

Tous les financiers vous le diront, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier, et diversifier son portefeuille. Il semblerait que la même règle doive s’appliquer aux cultures. D’après une étude menée par un chercheur de l’ULiège, diversifier les cultures, réduire la fertilisation azotée, et intégrer des prairies et de l’élevage dans les rotations permet d’augmenter la  stabilité de la production et leur résistance face aux évènements climatiques extrêmes.

   Delandmeter M et al. PNAS Nexus, 2025

 

Des chercheur·euses de l’UCLouvain ont développé une nouvelle stratégie thérapeutique ciblant directement les biofilms bactériens responsables des infections sur prothèses. Dans un modèle expérimental, cette approche a permis une réduction moyenne de 99,9999 % de la charge bactérienne, avec des implants ramenés sous le seuil de détection dans 75% des cas: un niveau d’efficacité rarement observé dans la littérature scientifique. Cette avancée ouvre des perspectives importantes pour améliorer la prise en charge des infections sur prothèses, tout en limitant le recours à des traitements lourds et invasifs.

 

Une équipe internationale de scientifiques, à laquelle ont participé certains de l’ULB, vient de démontrer que les grands séismes himalayens surviennent de manière aléatoire sur le long terme, sans schéma prévisible. Cette étude, qui repose sur l’analyse de carottes sédimentaires prélevées au fond de lacs népalais, reconstitue 6 000 ans d’activité sismique. Des résultats qui imposent de repenser la gestion du risque pour les 50 millions d’habitants de l’arc himalayen.

   Ghazoui Z. et al. Science Advances, 2026

14

INTERVIEW

Des distributeurs de boisson zéro déchet

En 2025, la start-up Kiwo, emmenée par 4 étudiants de l’UCLouvain, a reçu une bourse Prototyping the Future de la fondation HERA, pour leur distributeur innovant. Actuellement en test dans l’université, Kiwo est prête à se lancer à l’assaut du marché belge. Entretien avec Mathieu Engels, co-fondateur de la start-up.

Comment est né notre projet ?

Ce projet est né de la volonté de l’UCLouvain de supprimer du campus les distributeurs automatiques de boissons qui, en plus de ne proposer que des canettes à usage unique, sont toutes des sodas hyper sucrés et particulièrement mauvais pour la santé. Mais selon nous, cela ne faisait que déplacer le problème, puisque les étudiants allaient désormais se fournir à la supérette du coin.

 Quelle solution proposez-vous ?

Nous avons conçu une machine qui propose exactement la même chose qu’un distributeur classique, mais sans ses inconvénients. Elle est raccordée à une arrivée d’eau potable, et est équipée de 2 systèmes. L’un permet de gazéifier et de refroidir l’eau, et l’autre de réaliser des mélanges à partir de concentrés pour proposer des sodas. Nous travaillons avec des partenaires qui nous fournissent des mélanges contenant 30% de sucre en moins que les sirops classiques ! Le tout avec des ingrédients sains d’origine naturelle. De plus, toutes la structure des machines est en bois, ce qui améliore encore davantage notre bilan carbone.

 Quelle suite envisagez-vous pour votre aventure ?

Nous avons beaucoup évolué depuis notre premier prototype, et nous avons installé une machine pleinement fonctionnelle dans une bibliothèque de l’UCLouvain, afin d’identifier les éventuels problèmes. Pendant ce temps-là, nous avons lancé la construction de nouvelles machines, que nous serons prêts à proposer à nos clients d’ici quelques mois ! Il y a aujourd’hui une grande demande pour des boissons naturelles, moins sucrées que les sodas des multinationales.

 
   EN SAVOIR PLUS :

   https://kiwo.odoo.com/home

15

DATA

1 008 km

Les sceptiques quant à la capacité des batteries électriques à tenir de longues distances en seront pour leurs frais. La Renault Filante, une démo-car construite par le constructeur français a parcouru cette distance en une seule charge de batterie. Bien sûr, la voiture en elle-même n’a pas vocation à être commercialisée, et un travail conséquent a dû être fait sur l’aérodynamisme. Mais la batterie de la voiture, elle, est déjà commercialisée: il s’agit de celle présente de série dans la Megane E-Tech. En 2022 déjà, la Mercedes Vision EQXX avait établi un record d’autonomie en parcourant 1 202 km avec une seule charge. Mais là où l’Allemande avait consommé 8,3 kWh/100 km, avec une vitesse moyenne de 83 km/h, la Française a eu une consommation encore plus faible, 7,8 kWh/100 km, avec une vitesse de croisière à 102 km/h ! Largement de quoi concurrencer les moteurs thermiques…

   Les images du bolide ici :

    https://media.renault.com/renault-filante-record-2025-un-demo-car-laboratoire-de-lefficience-electrique/?lang=fra

16

COUP D’CRAYON

    Vince • vincent_dubois@me.com

C’est un débat très sérieux au sein de la communauté scientifique, et qui revient régulièrement dans l’actualité au gré des publications scientifiques: pourquoi les humains ont-ils un menton ? En effet, nous sommes les seuls des grands singes à en avoir un. De plus, ni les Néandertaliens, ni les Dénisoviens ne semblaient pourvus de cet attribut. Mais pourquoi nous et pas eux ? Quel éventuel avantage évolutif nous confère cette excroissance ? À en croire une nouvelle étude… Aucun ! Le menton serait apparu «par hasard», en raison de notre bipédie, et de l’évolution de la forme de notre crâne, qui a poussé vers le haut nos mandibules réduisant la taille des dents antérieures. Remercions donc l’évolution pour cet accessoire indispensable à ce jeu universel: «Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette…»

   Von Cramon-Taubadel, N. PLOS One, 2026

Share This