WALL'INNOVE TOUR

Arrêt sur Matvision

Jacqueline REMITS • jacqueline.remits@skynet.be

Photojannoon028/Freepik + photomontage, © Matvision

Il était une fois…

Une histoire qui commence par 10 années de recherche, de développement et d’innovation au sein du laboratoire GeMMe (Géo-ressources, Génie Minéral et Métallurgie extractive) de l’Université de Liège. Et c’est là qu’est né un système révolutionnaire de tri robotisé de déchets industriels. Cette technologie innovante combine des capteurs ultra rapides (rayons X, infrarouges, laser et 3D), l’intelligence artificielle et la robotique pour optimiser la valorisation de déchets industriels comme les métaux broyés. Ce qui permet de détecter et de séparer efficacement différents types de matériaux et, du même coup, améliore le recyclage et réduit l’impact environnemental. De ce projet universitaire naîtra en 2023 la SRL et en 2024 la spin‑off Matvision. «Faire du recyclage de déchets consiste avant tout à les séparer, explique Robert Baudinet, cofondateur et CEO de Matvision. En permettant aux recycleurs de trier un mélange de déchets et d’isoler chaque famille de matériaux individuellement, nous facilitons la réutilisation de ces matériaux comme matières premières dans l’industrie.» Cette approche permet permet, non seulement de maximiser le recyclage, mais aussi de répondre aux besoins spécifiques des industriels de ce secteur et des producteurs souhaitant intégrer davantage de matières recyclées dans leurs flux de production. La solution développée par la start-up répond donc à un réel besoin du marché.

Mais d’où vient cette idée ? «Ce sont les industriels qui nous ont mis au défi de voir la différence entre toute une série de métaux, répond Eric Pirard, professeur ordinaire au laboratoire GeMMe. La plupart des métaux sont gris. Les industriels nous ont dit: « Êtes-vous capables de voir des choses que nous ne voyons pas ? » Et nous avons mobilisé tous les capteurs et les senseurs possibles pour essayer de voir les nuances entre une série d’alliages.» Plus particulièrement, l’idée vient de Godefroid Dislaire, ingénieur des mines, inventeur de cette technologie au GeMME et cofondateur de Matvision dont il est le CTO. Pour démarrer, les fondateurs bénéficient du soutien de l’écosystème entrepreneurial liégeois pour faire mûrir leur projet. Celui-ci les a menés à la première place du concours européen EIT Jumpstarter.

Le développement de cette innovation est alors mené en collaboration avec des partenaires industriels, le Groupe Comet, un des leaders dans le tri des déchets ferreux à Mons, et Cilyx, spécialiste de machines spéciales à Liège. Le Groupe Comet réalise la première validation industrielle de cette solution de tri robotisée en investissant, en 2021, 10 millions d’euros (bâtiment et équipements) dans un démonstrateur industriel. Cette chaîne de 16 robots trieurs dispose d’une capacité de tri de 20 000 tonnes de déchets métalliques par an (soit 1 milliard de pièces au rythme de 16 pièces triées à la seconde). Baptisé Multipick, cet investissement industriel est rendu possible grâce au soutien de la Wallonie, dans le cadre de Reverse Metallurgy du Pôle Mecatech, et des fonds européens FEDER. L’équipe d’ingénieurs planche sur une solution qui s’adapte et se configure selon les besoins du client et les cas d’application. D’abord développée en laboratoire universitaire, cette technologie de tri robotisée est ensuite validée en conditions industrielles chez Comet où elle fonctionne 24 heures sur 24 depuis 2023. «Là, nous nous sommes trouvés face à un grand mélange de métaux vendus à l’exportation et triés manuellement en Chine. Désormais, notre technologie lui permet de réaliser localement un tri afin de récupérer ces métaux.» Depuis lors, d’autres industries se sont montrées intéressées pour tester les performances de ces machines et voir les niveaux de qualité qu’elles sont capables d’atteindre avec ces systèmes.

Matvision reçoit un financement de 160 000 euros de ses fondateurs et du centre de recherche Imec à travers son accélérateur de start-up Imec.istart qui apporte 50 000 euros. La jeune entreprise bénéficie, en outre, de l’expertise et des conseils stratégiques d’Imec.istart pour renforcer son développement à l’international. Après avoir lancé une levée de fonds, clôturée en septembre 2025, pour sécuriser plus de 1 million d’euros de financement et se donner les moyens de leurs ambitions, en 2026, les fondateurs reçoivent un financement de 500 000 euros d’un fonds européen. La commercialisation est entamée vers les recycleurs en Belgique, en Europe et dans le monde. «Cette année, nous avons signé une vente en France chez le leader européen de recyclage des moteurs. Notre technologie sera utilisée pour traiter de nouveaux types de métaux.» Cette installation est prévue cet été 2026.
 
 

CARTE D’IDENTITÉ

CRÉATION : 2023

SIÈGE SOCIAL : 
Quai sur Meuse, 19
4000 Liège

SECTEUR D’ACTIVITÉS:
Recyclage des métaux

MEMBRES DE L’ÉQUIPE : 6

CONTACT : 0496 33 20 79

   info@matvision.eu

   matvision.eu

 
…l’envie d’innover

Comment ça marche ? La technologie repose sur la combinaison du développement de capteurs de reconnaissance de la matière et d’un tri robotisé à haute cadence, le tout animé par une intelligence artificielle propre. «Concrètement, les déchets métalliques, chargés sur un tapis roulant, passent d’abord sous rayons X, infrarouges, laser et 3D, développe Robert Baudinet. Grâce à ces informations, quelques mètres plus loin, des bras robotiques trient les déchets avec précision et rapidité. Des mesures par rayons X permettent l’évaluation en temps réel de la densité de la matière. Un scanner 3D mesure les paramètres de forme et de volume des objets trouvés. Une caméra hyper-spectrale mesure la réflectance des matériaux dans le visible et l’infrarouge. Un laser différencie les différents alliages des métaux. L’algorithme que nous avons mis en place va interpréter les données collectées pour chaque déchet pour ensuite ordonner au robot de le placer dans le bon bac.»

Le traitement de ces données est réalisé par apprentissage automatique, une branche de l’intelligence artificielle. «Si on dispose d’un mélange de déchets métalliques composé de cuivre, de zinc, d’aluminium, de nickel, il est difficile de le réutiliser en tant que tel directement. Il est donc nécessaire d’être capable d’extraire chacun de ces métaux. Outre des métaux non-ferreux, notre technologie permet de trier les plastiques, des batteries et des métaux ferreux. Elle est capable de traiter, en une seule passe, jusqu’à 20 types de matériaux. Cette caractéristique la rend unique au monde. Grâce à elle, nos partenaires industriels peuvent raccourcir les boucles de recyclage et augmenter la valeur des déchets qu’ils traitent et revendent, ce qui leur permet de rentabiliser nos machines en un temps record et de passer de vendeurs de déchets à vendeurs de matériaux.»

Avec cette nouvelle technologie de tri, plutôt que de vendre les déchets métalliques hors de l’Europe, ce qui a un coût économique et écologique, Matvision entend relocaliser et améliorer le recyclage des métaux. «Seules des solutions multi-capteurs comme les nôtres seront capables à l’avenir d’assurer le tri de produits qui deviennent de plus en plus complexes, souligne le Professeur Pirard. En se positionnant comme pionniers des techniques robotiques de tri des métaux, les ingénieurs wallons peuvent espérer jouer un rôle de tout premier plan dans le développement de l’économie circulaire à l’échelle internationale».
 
 

QUI EST ROBERT  BAUDINET,  COFONDATEUR ET CEO ?

Originaire d’une famille d’entrepreneurs verviétois, Robert Baudinet effectue des études d’ingénieur en mécatronique à l’ULiège. «J’ai toujours eu la conviction que la technologie pouvait être utilisée pour avoir un impact positif sur notre société. En outre, j’avais l’envie d’innover.» Il développe un projet entrepreneurial au sein de l’incubateur liégeois VentureLab. «Dans le cadre de mes études, j’ai été amené à effectuer un stage dans l’équipe de Godefroid Dislaire. Il m’a donné goût pour la technologie de capteurs à intelligence artificielle pour trier des déchets métalliques. J’ai trouvé le projet intéressant. Le labo recevant des demandes d’entreprises intéressées, on s’est rendu compte qu’il était nécessaire de créer une structure commerciale indépendante pour valoriser cette technologie. C’est ainsi que je me suis lancé.» À 31 ans, le jeune entrepreneur a des journées bien remplies. Pour se détendre, il joue au hockey et gratte la guitare. «J’ai un enfant de 2 ans et je vais en avoir un deuxième. Je n’ai pas les nuits les plus longues de mon existence, mais je suis heureux !»

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