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Alerte invasion en Wallonie !

Laetitia MESPOUILLE • info@curiokids.net

© 2023 – CBE, © Marco Uliana – stock.adobe.com, © BENEJAM – stock.adobe.com, © Eric Isselée – stock.adobe.com  –     ILLUSTRATIONS: Peter Elliott

Certaines plantes et animaux arrivent chez nous sans être nés ici. Tu pourrais penser que ce n’est pas bien grave. Après tout, la nature change tout le temps, non ? C’est vrai mais il y a un hic… 

 
Et le hic, c’est que ces espèces sont transportées par les humains. Comme elles sont transportées d’un continent à l’autre ou d’un milieu à l’autre, certaines s’installent, se multiplient et prennent la place des autres. Bonjour raton laveur, bye bye petite écrevisse de nos cours d’eau. En Europe, mais aussi chez nous en Belgique, ces envahisseuses perturbent les rivières, les forêts, les jardins et même notre quotidien. Avec Miss Chouette, tu vas comprendre comment elles arrivent, pourquoi elles posent problème, et surtout comment on peut agir intelligemment pour mieux protéger la biodiversité. 

 

Espèces voyageuses

Les êtres vivants ne restent pas coincés derrière les frontières définies par l’homme. Ils voyagent et parfois, s’installent. On parle d’espèces exotiques. Pour faire simple, ce sont des espèces qui vivent en dehors de leur milieu d’origine. Souvent, parce qu’elles ont été transportées par les humains, volontairement ou non. Cela peut être une plante, un animal ou même un tout petit champignon. Mais attention: exotique ne veut pas forcément dire dangereux. Certaines espèces venues d’ailleurs apparaissent un moment, puis disparaissent, tandis que d’autres s’installent… parfois durablement: on dit alors qu’elles se sont naturalisées, car elles se reproduisent toutes seules, sans l’aide de l’homme. Le faisan est un excellent exemple d’animal exotique naturalisé. Et oui, ce volatile au plumage coloré a été introduit par les Romains. Mais sa terre d’origine, c’est l’Asie.

Cependant, certaines espèces venues d’ailleurs prennent plus de place et déséquilibrent les autres vivant autour d’elles. C’est là que l’on parle d’espèces exotiques envahissantes. Et c’est rarement un hasard. Il faut d’abord qu’elles réussissent à s’installer, vivre, se reproduire toutes seules et envoyer leurs descendants coloniser d’autres endroits. Mais ce n’est pas encore suffisant. Pour être qualifiées d’envahissantes, elles doivent aussi provoquer de vrais dégâts: extinction de certaines espèces, dégradation de l’habitat naturel, propagation de maladies, destruction de cultures agricoles ou sylvicoles. Les scientifiques parlent de super-espèces. Pourquoi ? Parce que certaines grandissent vite, font beaucoup de petits et ont très peu d’ennemis naturels ici. Savais-tu que sur 100 espèces exotiques, seules 10 arrivent à s’installer et une seule devient réellement envahissante ? 

   BIG DATA

1500
c’est le nombre d’espèces exotiques déjà détectées en Wallonie

34
parmi les 114 espèces préoccupantes pour l’Union  européenne, 34 sont déjà établies  en Wallonie

76 %
c’est le pourcentage de plantes  exotiques envahissantes en  Wallonie introduites  volontairement. 

116.6 milliards
c’est le coût que représente les espèces exotiques envahissantes en Europe depuis 1960

200
c’est le nombre de nouvelles espèces exotiques envahissantes déclarée chaque année dans le monde. 

 
Des jardins aux rivières

Les espèces exotiques envahissantes n’apparaissent pas comme par magie. Pour arriver en Belgique, elles ont souvent dû parcourir d’importantes distances, changer complètement de milieu et franchir des barrières naturelles, comme des montagnes, des mers. Une fois arrivées à destination, tout ne se joue pas en un jour: elles doivent encore survivre, trouver leur place et réussir à se reproduire sans aide. Il arrive même parfois que durant un moment, elles passent presque inaperçues… avant de soudainement gagner du terrain. Pour comprendre l’invasion des espèces exotiques, il faut donc d’abord suivre leur trajet de très près.

Bien souvent, c’est l’être humain qui est responsable de leur arrivée. Certaines ont été apportées pour décorer les jardins, comme la balsamine de l’Himalaya ou la renouée du Japon. D’autres pour devenir des animaux de compagnie, pour l’élevage, la chasse, la pêche ou l’aquaculture. Sur le moment, cela peut sembler joli, pratique ou amusant. Mais une fois relâchées ou échappées, certaines espèces trouvent ici assez d’eau, de nourriture et d’espace pour s’installer durablement. En Wallonie, beaucoup de plantes envahissantes, comme la renouée du Japon, viennent de plantations volontaires. Résultat des courses, cette plante étouffe les autres en prenant toute la lumière. C’est aussi le cas de l’adorable tortue de Floride: mignonne dans un aquarium, elle devient beaucoup plus gênante dans la nature. Enfin, l’écrevisse signal et l’écrevisse de Louisiane, toutes 2 importées pour l’élevage et la commercialisation, squattent aujourd’hui nos rivières et tuent nos écrevisses locales.

Balsamine de l’Himalaya

Écrevisse de Louisiane

Certaines espèces avancent ensuite «toutes seules», en suivant les cours d’eau ou d’autres chemins. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elles sont arrivées en Europe sans les humains. Très souvent, elles ont d’abord été introduites dans un pays voisin, volontairement ou par accident, avant de poursuivre leur progression par leurs propres moyens. C’est le cas, par exemple, du raton laveur. Ce mammifère d’Amérique du Nord a été introduit en Allemagne dans les années 1900. En 1927, des spécimens sont relâchés dans la nature, puis d’autres quelques années plus tard. Et le voilà chez nous, qui se reproduit de manière dramatique par centaines de milliers…

D’autres espèces voyagent sans billet et sans invitation en se cachant dans des marchandises, des emballages, des conteneurs, des semences ou de l’eau transportée par les navires. On parle alors d’introduction accidentelle. Le frelon asiatique, par exemple, serait arrivé en Europe avec des poteries importées de Chine. Et le crabe chinois, devenu un vrai fléau, a été observé pour la première fois en Europe en 1912, en Allemagne. Les scientifiques pensent qu’il a surtout voyagé sous forme de larves dans les eaux de ballast des navires. Ou il aurait aussi pu s’accrocher à la coque des bateaux. Le problème, c’est qu’il mange un peu de tout, y compris des œufs de poissons et de petits animaux aquatiques, ce qui dérègle les chaînes alimentaires.
 
 

Le selfie du  jour

LE MOUSTIQUE TIGRE

Aedes albopictus, de son petit nom scientifique, est un minuscule voyageur originaire d’Asie du Sud-Est, très doué pour s’installer loin de chez lui. Figure-toi qu’il ne peut pas voler sur de longues distances, il a donc d’abord traversé les continents grâce aux pneus usagés, dans lesquels l’eau de pluie forme de petits réservoirs parfaits pour ses œufs. Ensuite, il continue sa route en voiture ou en camion, attiré par le CO2 (le dioxyde de carbone) que nous rejetons en respirant. En Belgique, ses œufs ont été repérés pour la première fois en 2018, sur une aire d’autoroute à Wanlin. Au-delà de ses piqûres désagréables, le danger principal est qu’il peut transmettre des virus comme la dengue ou le chikungunya. Pour la biodiversité, son impact est moins spectaculaire que celui d’autres envahisseurs, car il vit surtout près des humains. Mais ce petit moustique tigre reste bien une espèce exotique envahissante à surveiller de près !

Les solutions

La bonne nouvelle, c’est qu’on ne reste pas les mains dans les poches. Nous pouvons lutter efficacement contre l’invasion, grâce à des techniques qui fonctionnent.

1. Empêcher l’arrivée. Cela passe par des lois, des contrôles, mais aussi par des gestes simples: ne pas relâcher un animal exotique dans la nature, éviter de planter des fleurs ou des arbres exotiques même s’ils sont jolis, ou nettoyer du matériel qui pourrait transporter des graines ou des fragments de plantes. Car une espèce qui n’entre pas… n’a aucune chance d’envahir.

2. Arracher, piéger, capturer. Pour les plantes, on utilise par exemple l’arrachage, la fauche ou la coupe sous la surface. C’est la méthode de référence pour la Berce du Caucase. En Wallonie, cette pratique répétée sur plusieurs années a permis d’éliminer 82% des populations traitées. Pour les animaux, on emploie des cages, des nasses ou des pièges sélectifs afin de les capturer sans les blesser. Si une autre bébête se retrouve piégée, elle peut être relâchée sans avoir été blessée. Le piégeage intensif en Wallonie a permis de réduire les populations de ragondins, notamment au niveau de la Semois.

3. Changer le décor. Parfois, pour freiner une espèce envahissante, on agit aussi sur le milieu où elle vit. Par exemple: la pose de barrières, combler une mare, vider un étang pendant un certain temps ou encore utiliser la pêche électrique pour retirer des poissons envahissants. Cette méthode, combinée avec des pièges, a permis de capturer toutes les grenouilles taureau. Dans certains cas, on introduit même des prédateurs, qui feront le travail à notre place. C’est le cas du brochet, un poisson carnivore qui se régale en dévorant la perche soleil. Pour certaines espèces végétales envahissantes comme la renouée du Japon, les options sont multiples aussi. On peut planter des espèces locales concurrentes qui vont les étouffer, ou utiliser le pâturage. Les moutons, les chèvres ou les vaches grignotent ces espèces envahissantes jusqu’à les épuiser.

KESAKO ?

LA BIODIVERSITÉ,  C’EST QUOI ? 

C’est toute la variété du vivant. Pas seulement le nombre d’animaux ou de plantes ! La biodiversité inclut aussi toutes ces petites différences qui peuvent exister au sein d’une même espèce. Par exemple, les chênes ont tous l’air semblables. Pourtant, certains résistent mieux au froid que d’autres. La biodiversité, c’est aussi la diversité des milieux de vie. Par exemple, les mares, les rivières, les forêts, les prairies, la plage… 

Pour mieux comprendre, prenons l’exemple d’une mare. Tu peux y trouver des grenouilles, des libellules, des canards, une variété de plantes aquatiques, des bactéries invisibles. 

Si tu observes bien, tu verras que certaines libellules ont des couleurs différentes, que certains canards ne se ressemblent pas et qu’une plante aquatique prendra racine dans une mare et non dans la voisine. Tout cela fait partie de la biodiversité. Chaque espèce a un rôle important. Mais quand une espèce disparaît, ou quand une autre prend trop de place, tout se dérègle. Et c’est là que les ennuis commencent. Savais-tu que les espèces exotiques envahissantes sont aujourd’hui reconnues comme la deuxième cause mondiale de perte de biodiversité ?

 
Mais certaines opérations sont réservées aux pros

Certaines espèces sont trop coriaces, trop dangereuses ou trop bien installées pour être traitées par n’importe qui. Dans ces cas-là, des spécialistes utilisent des méthodes plus ciblées, parfois chimiques, mais seulement en dernier recours. Par exemple, l’ailante glanduleux peut nécessiter une injection d’herbicide dans la tige, et le frelon asiatique est surtout combattu par un poudrage insecticide directement dans le nid. Ces interventions demandent de la précision pour éviter de toucher d’autres espèces. La règle à retenir est simple : plus une situation est risquée ou technique, plus il faut laisser faire des professionnels. Et ça aussi, c’est une bonne nouvelle : il existe des solutions, et elles deviennent efficaces quand elles sont bien choisies. 
 

   LE TRUC DE OUF

1 500 ESPÈCES EXOTIQUES, 34 DANS LE VISEUR 

En Wallonie, les scientifiques ont déjà repéré environ 1 500 espèces exotiques. Parmi elles, environ 500 se sont installées dans la nature, dont 34 figurent déjà parmi les espèces les plus préoccupantes pour l’Union européenne. Ce n’est pas juste une liste, c’est un vrai signal d’alerte. Toutes les espèces envahissantes ne sont pas au même stade: certaines ont déjà gagné beaucoup de terrain, d’autres peuvent encore être stoppées à temps. Mais la situation reste préoccupante. Certaines sont déjà si largement répandues que leur éradication est juste impossible. L’objectif n’est alors plus de les éliminer, mais de limiter les dégâts. Parmi les plantes problématiques on retrouve la berce du Caucase, la balsamine de l’Himalaya ou encore l’élodée, une plante aquatique. Tu retrouves aussi des animaux bien connus comme le raton laveur, le ragondin ou le terrible frelon asiatique. Pour les autres espèces présentes mais moins répandues, il est parfois possible d’agir vite pour les faire disparaître avant qu’elles ne gagnent du terrain. Tu as compris, plus on attend, plus l’invasion devient difficile à arrêter.

 
LE P’TIT DICO

Une espèce sylvicole est une espèce qui croît (grandit) ou vit dans les forêts.

Un spécimen est un exemplaire représentatif d’un ensemble, prélevé ou présenté à titre d’exemple, d’étude, de démonstration ou de référence. En sciences, on parle d’une plante, d’un animal ou encore d’un échantillon.

L’eau de ballast est utilisée pour permettre aux navires de naviguer en toute sécurité. L’eau est stockée dans les cales et ajoute du poids pour que le navire flotte à la bonne profondeur et reste à l’horizontale et stable.

Les roselières sont des étendues d’eau ou des zones marécageuses dominées par les roseaux.

Les stars de l’invasion en Wallonie

1) LA BERCE DU CAUCASE 

Heracleum mantegazzianum (voir photo de titre ci-dessus) est une plante géante de la famille de la carotte, capable d’atteindre les 6 m de haut. Une belle géante. Avec ses énormes feuilles et ses grandes fleurs blanches en ombelles, elle t’impressionnera vite. Originaire des montagnes du Caucase, elle a été importée en Europe au 19e siècle comme plante décorative. Mais elle s’est installée en Belgique, où elle est considérée comme bien établie depuis 1954. Le problème, c’est qu’elle cumule les dégâts: sa sève peut provoquer de graves brûlures au soleil, elle étouffe les plantes locales en leur volant la lumière, elle attire les pollinisateurs à elle seule et fragilise les berges des rivières. Pour la freiner, on coupe sa racine juste sous le sol, puis on recommence pendant plusieurs années. Et là, pas question de jouer les héros: gants, vêtements longs et protection des yeux sont indispensables pour se débarrasser d’elle.

2) LE RATON-LAVEUR 

Procyon lotor est un mammifère venu d’Amérique du Nord, facile à reconnaître avec son masque noir autour des yeux et sa queue rayée. Très agile, surtout la nuit, il grimpe, fouille, ouvre presque tout… et profite aussi bien des forêts que des jardins ou des villes. Bien qu’il soit très mignon, méfie-toi de lui. Cette grosse peluche peut parfois se montrer agressive. Introduit en Europe pour la chasse, la fourrure ou comme animal de compagnie, il a gagné la Belgique à partir de 1986 et il est aujourd’hui bien installé en Wallonie. Son problème ? C’est un prédateur opportuniste: il mange des amphibiens, des oiseaux, des mollusques et peut s’attaquer à des espèces protégées. Il peut aussi transmettre des parasites dangereux et causer des dégâts dans les poulaillers ou les poubelles. Trop répandu pour le faire disparaître partout, on essaie surtout de réduire sa population en le piégeant, en limitant son accès à la nourriture ou même, en le chassant.

Le frelon asiatique, Vespa velutina nigrithorax, est reconnaissable à son corps brun très  sombre, sa face jaune orangé et ses pattes jaunes.

Le ragondin (Myocastor coypus) peut faire penser à un castor… mais ce n’en est pas un !

3) LE FRELON ASIATIQUE

Vespa velutina nigrithorax est un insecte venu d’Asie, reconnaissable à son corps brun très sombre, sa face jaune orangé et ses pattes jaunes. Un peu plus petit que le frelon européen, il construit de grands nids, parfois perchés très haut dans les arbres, où vivent jusqu’à 2 000 individus. Arrivé accidentellement en Europe vers 2004, sans doute avec des poteries horticoles, il a atteint la Belgique en 2016. L’énorme problème, c’est qu’il chasse les abeilles et d’autres insectes pollinisateurs. Très efficace, il capture nos abeilles à la sortie des ruches, affaiblit les colonies et perturbe la pollinisation. Comme il est désormais trop répandu pour être éliminé, on neutralise surtout les nids proches des ruchers et on demande aux citoyens de les signaler sans s’approcher. Tu peux aussi piéger les reines au printemps et à l’automne grâce à une solution de grenadine, de bière brune et de vin blanc. On te recommande de glisser une éponge dans le piège. Ainsi le liquide est absorbé, et il ne risque pas de noyer les autres insectes qui pourraient être attirés. 

4) LE RAGONDIN 

Le ragondin (Myocastor coypus) est un grand rongeur semi-aquatique venu d’Amérique du Sud. Avec ses grosses incisives orange, ses moustaches blanches et sa longue queue ronde, il peut faire penser à un castor… mais ce n’en est pas un. Il a été importé en Europe pour sa fourrure qui servait à la confection de manteaux. Comme d’autres espèces, certains se sont échappés d’élevages avant de s’installer dans la nature. En Wallonie, il pose plusieurs problèmes: il mange beaucoup de plantes aquatiques, abîme les roselières où nichent des oiseaux, creuse des galeries qui fragilisent les berges et les digues et peut transmettre des maladies graves. Comme il se reproduit très vite, on le combat surtout par piégeage mais parfois aussi par tir, avec des chasseurs spécialisés.

   LE SAVAIS-TU ? 

TOI AUSSI, TU PEUX LANCER L’ALERTE !

Miss Chouette a une bonne  nouvelle pour toi : en Wallonie,  tu peux vraiment aider les  scientifiques. Si tu repères  une espèce  exotique   envahissante, tu peux  la  signaler sur le  Portail de  la biodiversité en  Wallonie. 

Le principe est simple : tu observes, tu prends une  ou plusieurs photos nettes, puis tu envoies ton  signalement. Surtout, tu évites de la toucher ou de  la  capturer. Des experts vérifient   ensuite l’identification afin d’éviter les erreurs. Si  ton  signalement est juste, ces données rejoignent   d’autres observations et permettent de mieux  suivre  la progression des espèces envahissantes sur  nos  territoires. Tu l’as compris, ton observation  peut  aider à agir vite, parfois avant qu’une invasion  ne  prenne trop d’ampleur. 

 
Ton p’tit LABO

Une expérience à faire avec Curiokids: «   1001couleurs de chou rouge»

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