Pour
apprendre à durer dans le temps, regarde le chêne grandir doucement

Géraldine TRAN – Rédac’chef 

© AnnaFotyma – stock.adobe.com

La société occidentale d’aujourd’hui est indéniablement façonnée par un culte devenu presque invisible tant il paraît naturel: celui de la performance. Il faut à tout prix optimiser, accélérer, battre des records, être compétitif, gagner. Dans l’industrie, l’économie, la recherche scientifique et même l’éducation, la réussite se mesure en efficacité maximale. L’efficacité, une notion qui parle sans doute aux natifs du signe de la vierge, j’en sais quelque chose. Pourtant, cette quête de l’optimum peut vite devenir une faiblesse. D’ailleurs, comme le rappelle le biologiste français Olivier Hamant, le monde du vivant ne s’épuisera jamais à chercher la performance parfaite mais plutôt la robustesse, soit la capacité à s’adapter, à encaisser les coups durs, à fonctionner malgré l’incertitude, à survivre à l’imprévisible. Une plante n’est pas optimisée pour pousser le plus vite possible, mais pour résister à la sécheresse, au vent, aux parasites. À l’inverse, nos systèmes hyperperformants gagnent en efficacité ce qu’ils perdent en résilience. Le moindre petit caillou dans la chaussure peut les faire capoter. Et cette tension entre performance et robustesse traverse aussi le monde scientifique et éducatif. Un exemple concret: le concours CanSat, qui invite des élèves à concevoir un mini-satellite dans une canette, dont l’édition belge vient de se clôturer. À première vue – et en anglais, il s’intitule Cansat Competition, l’on pense naturellement qu’il est basé sur la pure performance: répondre à un cahier des charges exigeant, faire preuve de la plus grande ingéniosité, optimiser le poids, l’énergie, la transmission des données. Le but étant de concevoir le «meilleur» CanSat possible pour gagner le concours. Mais l’expérience vécue par les équipes raconte bien autre chose. Cette année, certains ont connu des couacs de dernière minute alors que tout fonctionnait, des fusées ont explosé, des cannettes n’ont pas été éjectées ou sont tombées au sommet d’un arbre. Et ce sont justement ces imprévus ou même ces échecs qui deviennent les plus formateurs. Et finalement, les projets «robustes» sont souvent ceux qui ont prévu des marges, des solutions de secours, une tolérance à l’imprévu. Dans ce monde obsédé par l’optimalisation et la compétitivité, les leçons de la robustesse sont à méditer. Former les scientifiques et les ingénieurs de demain ne devrait pas consister uniquement à leur apprendre à maximiser des performances, mais à concevoir des systèmes capables de durer, d’évoluer et de résister dans la durée. Peut‑être y a-t-il un autre rapport au progrès à envisager pour le futur ? Peut-être est-il temps de changer nos critères de réussite ? Moins vite, plus solide. Moins de records, plus de résilience. Et si, au fond, l’innovation la plus audacieuse aujourd’hui était d’accepter de ne plus être parfaitement performant mais «robuste» ?  

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