A LIRE

Lucie CAUWE · lucie.cauwe@gmail.com

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À lire avec nos enfants

Loin

Système solaire, texte d’Anne ­Jankeliowitch, illustrations d’Annabelle Buxton, La Martinière Jeunesse, 48 p., 15,90 euros.

Bonne idée de rééditer cet intéressant documentaire en format à l’italienne publié en 2017 (    voir Athena n° 332). Le choix du fond noir sur lequel apparaissent les textes en blanc et les illustrations peintes en couleurs est excellent. La teinte fait penser à ­l’immensité du ciel tel qu’on le découvre la nuit. Des tas ­d’infos sont fournies dans un premier temps, la ronde des ­planètes, l’univers, ce que l’on voit depuis la Terre, chaque fois accompagnées de ­dessins dynamiques et ­pertinents. On va ensuite explorer le ­système solaire entier, puis chaque planète en détail en autant de doubles pages où il y a aussi bien à lire qu’à regarder. À noter que ­l’éditeur a renoncé au système peu efficace de zones phosphorescentes dans les images de la version précédente. Mieux, il emballe cette réédition d’une jaquette se déployant en un grand et magnifique poster.

À partir de 7 ans.

Loin

Mars et toi, de Cléa Dieudonné, L’Agrume, 64 p., 14 euros.

Il s’agit déjà du cinquième livre de l’auteure qui dynamite le genre documentaire en faisant dialoguer son sujet scientifique avec l’enfant lecteur. Elle lui propose des notions et des comparaisons issues de son univers pour lui permettre de bien comprendre. Dans cette veine, on a déjà eu La galaxie et toi   voir Athena n° 374), La Terre et toi   voir Athena n° 372), La lune et toi (2024), Le soleil et toi (2024). Dans celui-ci, la planète rouge dialogue avec son «voisin» ­terrien. D’abord les notions de base, les ­circonvolutions respectives autour du soleil, la ­raison de la couleur orange, puis les autres, comme les questions de l’eau, de ­l’atmosphère, de la ­pression de celle-ci, de la vie, des ondes radio, de l’habitat humain éventuel… Expressifs, les dessins complètent l’originalité du texte parfois malicieux. Sait-on ainsi que le canyon géant, le Valles Marineris, est apparu lors d’un tremblement de… Mars ? On ne peut évidemment pas dire Terre !

À partir de 7 ans.

Loin

Direction l’Antarctique, texte de Guillaume de Rémacle, illustrations d’Adrienne Barman, Helvetiq, 64 p., 19,90 euros.

Mélange de documentaire scientifique et de bande dessinée, cet ouvrage écrit par un guide d’expédition polaire en Arctique et en Antarctique met en scène Marc, lui-même guide d’expédition polaire et 10 enfants qui partent en zodiac vers l’Antarctique. Première étape, faire la distinction entre le pôle Nord et le pôle Sud, d’un point de vue sémantique et géographique. Ensuite viendront les ­rencontres avec les divers animaux du lieu, ours polaire, baleine, phoque, manchot etc., autant d’occasions d’aborder des sujets en lien comme la constitution des glaciers, la fonte des icebergs, le mode de vie des différents animaux. En finale, la rencontre avec la scientifique Heidi, qui travaille au musée des bases scientifiques et emmène, elle aussi, la petite troupe en exploration entre mille manchots papous. La finale dévoile la «magie» de cette séance en classe pas comme les autres.

À partir de 8 ans.

Monde

Le fil de notre histoire, texte de Fabian Negrin, illustrations de Kalina Muhova, traduction de l’italien sans mention de nom, La Martinière  Jeunesse, 40 p., 13,90 euros et Je te mangerai…,  texte de David Duff, illustrations de Marianna  Coppo, traduit de l’anglais par Rosalind Elland- Goldsmith, l’école des loisirs, 76 p., 16,90 euros.

Deux albums originaux qui abordent superbement l’évolution humaine par le biais de la fiction. Le premier, mention spéciale documentaire à la Foire de Bologne 2026, est une histoire de chromosomes, présents en pages de garde et en titre original italien. Lucie – un joli prénom –, se présente du haut de ses 90 ans. De page en page, elle remonte dans ses souvenirs et sa généalogie. Avec l’amour comme fil conducteur, son récit familial nous entraîne dans le temps et dans le monde. Jusqu’à Lucy ! Un patrimoine génétique partagé, hérité d’ancêtres ayant vécu loin. Superbement dessiné en variations d’orange, piquant avec son histoire de bague transmise depuis Nefertiti, cet album est aussi un merveilleux plaidoyer antiraciste: nous sommes tous des enfants d’immigrés !

Le second débute avec la conversation entre 2 vers de terre. Bref échange car un dino de passage écrase le premier. À ses excuses confuses, Bernard, le ver survivant, annonce: «Mes potes et moi, on le mangera plus tard.» Et d’expliquer au mastodonte le travail des vers de terre, manger tout ce qui meurt, même un dinosaure ! Avec beaucoup d’humour et un excellent rapport texte-images, le petit va expliquer au grand le cycle de la vie et lui partager son mauvais pressentiment à propos de la survie de son espèce. En bonus, un marque-page avec des graines de fleurs à planter.

À partir de 6 ans.

Monde

Crac, texte de Matteo Pompili et Lorenzo Monaco, illustrations de Luogo Commune, traduit  de l’italien par Myriam Héritier, Helvetiq, 56 p.,  19,90 euros.

Étrange titre que Crac et tout autant étrange sous-titre que Le son du monde qui évolue. Et pourtant, quelle découverte que cet album qui, d’exemple en exemple, démontre comment chaque rupture crée du nouveau. Dont les plus quotidiennes, l’arrivée d’un poussin dont la coquille d’œuf a fait «crac» ou celle d’un bébé qui a rompu la poche des eaux de sa maman. D’autres «crac» sont plus étonnants. Qui sait que les étoiles se brisent aussi ou explosent ? Que la Terre craquelle et se fragmente ? Sans oublier bien entendu le «crac» initial qui a fait du monde celui que nous connaissons aujourd’hui, où est alors apparu l’oxygène. C’était quand même il y a 2,5 milliards d’années. Au présent, on apprend ce qui craque au-dessus du sol et en-dessous, à quoi servent les bouches et les becs, ce qui se passe quand on a croqué la nourriture. On voit comment d’étape en étape, de «crac» en «crac», l’être humain grandit, l’humanité évolue, comment de nouvelles idées font s’écrouler les certitudes précédentes. En fin de volume, 9 pages de compléments scientifiques sur les sujets abordés et 2 pages de bibliographie en lien. Un angle original qui tient la route de bout en bout.

À partir de 7 ans.

Monde

Raconte-moi l’archéologie, texte de Sandra Sicard, illustrations de Mikael Moune, Actes Sud  jeunesse, 72 p., 18,50 euros.

Quelle différence entre archéologues et paléontologues ? La question apparaît dès les premières pages de ce documentaire qui ne s’intéresse qu’aux premiers dont il va détailler le travail. Une catégorie qu’on confond souvent avec les seconds. La réponse est: les archéologues s’intéressent à la vie sur Terre à partir de l’apparition des premiers hominidés, nos ancêtres très lointains; les paléontologues s’arrêtent à ce moment: à eux donc les dinosaures. Extrêmement complet, ce livre détaille tous les aspects de l’archéologie. Son but bien entendu, connaître le passé pour mieux comprendre le présent. Son histoire, ses lieux (sur terre, sous terre, sous la mer) ses méthodes de prospection (sur place et dans les archives), ses outils, son équipement… Un florilège des premières grandes découvertes rappelle des notions parfois embrouillées dans les souvenirs. Cet album s’avère super intéressant aussi parce qu’il dresse le portrait d’archéologues contemporains. Des chercheurs qui ont recours à d’autres disciplines quand c’est nécessaire, qui se muent en enquêteurs une fois les fouilles terminées. On découvre aussi les différences entre la fouille d’un site préhistorique, d’un site antique, d’un site du Moyen-Âge et d’un lieu extrême, l’île de Tromelin dans l’océan Indien. En finale, quelques conseils à propos de fake news, tout ce que présente l’album étant vrai, et une approche de l’archéologie du futur. Fameux programme que tout ça !

À partir de 9 ans.

Nature

La nature expliquée, texte de Helen Brown, illustrations de Claire Scully, traduction de l’anglais par Sophie Lecoq, Gallimard Jeunesse, 64 p., 19,90 euros.

«Comprendre les cycles du vivant», dit le sous-titre. Faire comprendre cela à de jeunes enfants ? Bigre ! Il faut bien lire les mots d’introduction qui donnent le mode d’emploi de ce grand format aux nombreuses et superbes illustrations de style ancien: «Chaque cycle est présenté avec des flèches, allant du début à la fin: c’est facile.» Effectivement, l’expérience s’avère facile, fructueuse et réellement intéressante. Une vingtaine de schémas animent les 6 chapitres: arbres, feuilles, fleurs, graines, champignons et saisons. Chacun d’eux montre en une seule planche les différents stades du cycle, étape par étape. C’est pédagogique et fort beau. Par exemple, pour la question de la chute des feuilles, l’abscission en terme savant, on voit un chêne majestueux avec ses caractéristiques, formes rondes, branches irrégulières, habitants à poils et à plumes. Juste à côté, une longue branche présente tous les états des feuilles, de la poussée à la chute, dûment légendés. D’autres infos figurent dans le dessin, graines et fruits (mais le gland n’est pas nommé), et 4 autres espèces d’arbres ainsi que des feuilles d’érable, non identifiées, qui embrouillent un peu la lecture. L’autre atout de cet album est qu’il aborde des sujets rares en littérature de jeunesse, comme le cycle du carbone, de la photosynthèse, de la transpiration, de la décomposition ou de l’azote. En plus des traditionnels fructification, pollinisation, floraison, mimétisme, germination, dispersion, reproduction, hibernation…

À partir de 7 ans.

Nature

Minuscules, texte de Sylvie Baussier et Michel Viso, illustrations d’Anne Zeum, Casterman, 48 p., 16,95 euros.

Cap sur «le merveilleux univers de la vie microscopique», comme l’annonce le sous-titre. Des vies minuscules, omniprésentes, invisibles à l’œil nu, aux pouvoirs considérables. Les micro-organismes étudiés sont multiples: bactéries, tardigrades, levures, microchampignons, diatomées, daphnies, acariens, mais PAS les virus, il est expliqué pourquoi. Un parcours des découvreurs historiques et de l’évolution des instruments pour voir ces vivants en format mini plus loin, on plonge dans une chronologie du sujet: les microfossiles, témoins précieux de l’histoire de la vie sur notre planète, la classification de Carl von Linné, le chamboulement qu’y opère le biologiste Willi Hennig. Au présent, on découvre l’omniprésence des micro-organismes, dans l’eau, dans la poussière, dans le corps humain, sur les plantes, dans les nuages, dans le fromage. Ils peuvent être les alliés comme les ennemis des humains et des animaux, et sont souvent utiles en cuisine. Une dernière partie présente les micro-organismes selon les milieux, mers et océans, eau douce, terre, atmosphère, maison. L’album s’achève sur la question des antibiotiques, leurs avantages et leurs défauts, celle des environnements naturels modifiés par les comportements humains et donc déséquilibrés, et celle de la recherche scientifique.

À partir de 9 ans.

Nature

Florama, par Lisa Voisard, Helvetiq, 176 p., 24,90 euros.

L’artiste suisse Lisa Voisard clôt sa formidable série documentaire à la présentation particulièrement soignée, en bon format, à couverture toilée, sur beau papier. Après les oiseaux (    voir Athena n° 349), les arbres (    voir Athena n° 354) et les insectes (    voir Athena n° 362), elle nous invite à découvrir et observer «le monde magique des fleurs» à travers 25 portraits de fleurs d’Europe. Ceux-ci sont précédés d’explications générales, définition de la fleur, classification, habitats, floraisons, coupes de la fleur simple et de la fleur composée. On retrouve avec bonheur le graphisme sobre et efficace de l’illustratrice. Les portraits sont regroupés par habitat, parcs et jardins, prairies et champs, forêts, montagnes. Chaque portrait occupe 2 doubles pages où apparaissent un portrait détaillé, les caractéristiques, ses aspects plus pratiques (longévité, couleurs, géographie, odeur ainsi que les confusions possibles) et un guide d’observation. Quel bonheur que ces informations précises portées par des illustrations réalistes. On se promène dans les pages comme dans une jardinerie, entre hortensias, lavande, bleuet, violette… La dernière partie est consacrée aux exploits des fleurs et à la vie des fleurs en général. De quoi donner la main verte à tous les lecteurs.

Pour tous, à partir de 6 ans.

Insectes et animaux

Crotte ou graine ?, texte de Yoon-sun Lee, illustrations de Soboki, traduction du coréen par Hyonhee Lee, Gallimard Jeunesse, 40 p., 14,90 euros et C’est moi Boubouse la plus forte, par Peggy Nille, Little Urban, 32 p., 14,90 euros.

Deux documentaires narratifs autour du bousier aux styles graphiques totalement opposés. Le premier, tout en légèreté, met en scène un bousier persuadé d’avoir trouvé une crotte qu’il va enterrer pour l’avoir à sa disposition quand il aura faim. Erreur, c’est une graine de Rhodocoma capensis, bille brune et odorante à la stratégie efficace: le coléoptère trompé l’enterre et lui permet de germer, de grandir, de fleurir, de fructifier. Le bousier présente alors d’autres graines aux méthodes efficaces, se faire avaler par un animal pour ressortir plus loin, s’envoler dans le vent, s’accrocher aux poils des animaux, être emportées par des fourmis, brûler dans un incendie, dormir sous terre, sans oublier les graines sauteuses, nageuses et celles qui font les toupies dans un sol mouillé.

Le second album explose de couleurs et d’humour avec ce bousier qui compare ses performances quand il roule sa crotte à celles d’autres bestioles transporteuses, comme l’escargot ou les très efficaces fourmis. Évidemment, à faire le malin, il va se retrouver coincé et aura besoin de l’aide de ceux qu’il a moqués pour s’en sortir. Une dernière page plus scientifique rassemble les notions croisées dans les pages précédentes.

À partir de 6 ans.

Insectes et animaux

Corvidés, texte de Timothée Cantard, illustrations de Louise Gouet, Panthera, 40 p., 16,90 euros.

L’éditrice assure qu’il s’agit du premier documentaire jeunesse sur le sujet. Il s’ouvre sur des devinettes: «On dit que je suis bavarde», «J’adore les chênes», «Mon bec est rouge», «Mon bec est noir», «Mes yeux sont bleus» par exemple. Diantre ! S’il est facile de reconnaître la pie et le geai, c’est moins le cas pour le crave à bec rouge, le chocard à bec jaune ou le choucas des tours. Il faut évidemment les compléter des corneilles et des corbeaux. La majorité des corvidés a un plumage sombre mais il y a des exceptions comme le geai des chênes ou le cassenoix moucheté, aussi appelé geai des montagnes. Sait-on qu’il y a des corvidés des villes et des corvidés des champs, des voltigeurs et des marins ? Tous présentent une solide intelligence et des talents pour se loger, se nourrir, reconnaître les humains et tisser des liens sociaux. Le texte précis comme les très vivantes illustrations mêlant gouaches, crayons et pastels permettent d’entrer dans une famille d’oiseaux qui traîne chez nous depuis le Moyen-Âge une très mauvaise réputation alors qu’elle est très respectée dans la Rome antique, ainsi que dans les mythologies nordique et inuit. Alors que partout, les corvidés jouent un rôle essentiel dans la nature.

À partir de 7 ans.

Insectes et animaux

Ma première traversée, par Peggy Nille, Kaléidoscope, 48 p., 15,50 euros.

Voilà un album entre la fiction et le documentaire. Ce récit initiatique à la première personne suit une petite oie et sa sœur, les dernières nées d’une nichée. Elles vivent en famille dans des montagnes glacées. Un matin, c’est le jour du départ en migration. Elles se lancent, apprennent à voler avec les autres, à résister aux intempéries. Jusqu’à ce que la sœur du narrateur disparaisse dans un orage. Il va partir à sa recherche, la retrouver et repartir en compagnie d’autres oiseaux migrateurs. L’univers graphique chatoyant de l’artiste française convient bien à ce récit d’épreuves et de courage, complété à la fin d’une partie documentaire. Les oies sont capables de parcourir des milliers de kilomètres pour hiverner ! On suit ici la première migration d’une oie à tête barrée, championne du voyage animal.

À partir de 5 ans.

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