Espace

SpaceX : en avant, Mars !

Théo PIRARD • theopirard@yahoo.fr 

SpaceX, Nasaspaceflight.com

Pour l’homme d’affaires et milliardaire américain de 49 ans, Elon Musk, ce n’est plus un rêve. Vous ne rêvez pas non plus, l’enthousiaste patron de SpaceX (Space Exploration Technologies) compte bel et bien établir une colonie martienne qui pourra accueillir des explorateurs d’un autre monde… 

  

Non loin du module européen Columbus, est venu s’arrimer le vaisseau privé Crew
Dragon
avec équipage à bord

Grâce à son système Crew Dragon, 3 Américains et 1 Japonais se trouvent à bord de l’Iss (International Space Station): lancé le 15 novembre par un Falcon 9 (partiellement recyclable), le vaisseau privé s’est arrimé le lendemain à la station pour un retour prévu en mai prochain. L’Amérique peut désormais compter sur SpaceX pour que ses astronautes retrouvent le chemin de l’espace. 

L’odyssée de SpaceX débute le 14 mars 2002 avec la création d’une modeste société par Elon Musk, qui vient de faire fortune en vendant Paypal à eBay. Sous le nom de Falcon, une famille de lanceurs privés est mise en œuvre avec un dynamisme étonnant pour des services de plus en plus performants. Le chemin parcouru en moins de 20 ans par l’entreprise de transport spatial laisse pantois ses concurrents que sont Arianespace et Ils (International Launch Services). Non seulement, SpaceX assure la desserte privée de la station spatiale internationale, mais elle commercialise aussi des lancements compétitifs de satellites géostationnaires. Elle a surtout une vision à long terme pour l’astronautique avec les vols privés dans l’espace et un projet de lanceur géant réutilisable. 

Le champion du New Space

Au moment de sa création en 2002, l’entreprise spatiale d’Elon Musk n’a aucune expérience en matière de fusées. En mettant en place une équipe de jeunes ingénieurs qui s’engagent, grâce à des idées innovantes pour du «fait maison», il lui faut tout apprendre en matière de propulsion, de guidage, d’étages à séparer, de satellites à injecter sur la bonne trajectoire. Un premier développement qui démarre en 2003 concerne le petit lanceur Falcon 1 à 2 étages avec ses propulseurs kérolox (kérozène-oxygène liquide) Merlin et Kestrel à concevoir, fabriquer, tester, maîtriser. Falcon 1 est bel et bien un système privé pour la mise sur orbite à bas prix de petits satellites. Il représente un premier pas, décisif, qui annonce le New Space et la mainmise de la libre entreprise sur la dimension de l’espace. 

À ses débuts, le projet SpaceX suscite l’incrédulité. Les États-Unis ont connu tant de tentatives privées qui ont échoué pour diverses raisons techniques ou financières. Elon Musk, qui bouillonne déjà de 1 001 idées nouvelles, a su s’entourer, notamment d’un trio crucial de 3 ingénieurs dynamiques spécialisés dans les systèmes spatiaux: Tom Mueller (57 ans) pour la propulsion, Hans Koenigsmann (57 ans) pour l’avionique, Gwynne Shotwell (56 ans) pour le business. Ensemble, la team mise sur un système économique d’accès à l’espace. On ne va pas s’embarrasser d’une infrastructure au sol, complexe et coûteuse, pour les lancements. Afin de se faire la main – question d’essuyer les plâtres aux moindres frais -, SpaceX entreprend le développement du petit Falcon 1, qui sera lancé d’une installation sommaire sur l’île Omelek dans l’Atoll de Kwajalein (Marshall Islands), en plein Pacifique. Le premier essai, le 26 mars 2006, est un échec cuisant. Ce qui n’empêche pas la Nasa, le 18 août 2006, de retenir Elon Musk pour le programme Cots (Commercial Orbital Transportation Services) de ravitaillement de l’Iss (International Space Station) par des systèmes privés. C’est l’occasion pour SpaceX de confirmer le développement d’un lanceur puissant, le Falcon 9, dont le 1er étage est propulsé par 9 moteurs Merlin. En septembre 2006, Elon Musk est présent à Paris pour le 10th World Summit for Satellite Financing organisé par Euroconsult. Alors âgé d’à peine 35 ans, il y prend la parole, tout sourire, pour présenter ses ambitions. Les représentants d’Arianespace, d’Airbus, de Boeing, de Lockheed-Martin l’écoutent poliment, sans prendre vraiment au sérieux ce petit nouveau du transport spatial, qui n’a alors réussi aucune satellisation. 

Il faut attendre l’envol du 4e Falcon 1, le 28 septembre 2008, pour que soit réussie une mise sur orbite. Après plus de 5 ans d’efforts, SpaceX démontre sa capacité d’accès à l’espace. Mais la fusée Falcon 1, après un 2e succès, est mise à l’arrêt alors que sa commercialisation a démarré. La priorité est en effet donnée au développement du lanceur lourd Falcon 9. Un site d’essais des propulseurs Merlin est implanté près de McGregor, au centre du Texas. Falcon 9, capable de satelliser plus de 10 t en orbite basse ou 4,5 t en orbite de transfert géostationnaire, va tirer parti de cette infrastructure de tests. Il est spécialement développé pour satelliser la capsule récupérable Dragon que SpaceX propose à la Nasa pour ravitailler la station spatiale internationale. Le 4 juin 2010, il décolle avec succès du premier coup du Launch Complex 40 au Cap Canaveral, avec pour mission de lancer une maquette du Dragon. Dans le cadre de son contrat Crs (Commercial Resupply Services), SpaceX a décroché un financement de la Nasa qui lui permet d’intensifier ses efforts pour l’espace.