Biologie

Bio news

Jean-Michel DEBRY • j.m.debry@skynet.be

©Max Planck Institute of Animal Behavior/Barbara Klump, ©master1305 – stock.adobe.com, ©kichigin19 – stock.adobe.com/Biozoom, ©Fotopogledi – stock.adobe.com, ©Montree – stock.adobe.com, ©altitudevisual – stock.adobe.com

Le cacatoès est décidément bien ingénieux, surtout lorsqu’il s’agit de se nourrir.

Le cacatoès et la boîte à ordures

On sait à quel point les animaux peuvent être déterminés et malins pour accéder à des sources de nourriture. Les ratons-laveurs ouvrent les poubelles, les ours aussi. On a également vu des sangliers et des renards qui, à la faveur des confinements du passé ou des grèves des éboueurs, ont gagné les villes au mépris de la présence d’humains (médusés), n’hésitant pas au passage à modifier leur rythme nycthéméral. Les oiseaux ne sont pas en reste. On a pu observer, il y a des décennies déjà, les mésanges londoniennes venir se délecter au petit matin du lait déposé en bouteille sur le pas des portes. Non seulement perçaient-elles l’opercule d’aluminium pour avoir accès au breuvage nutritif, mais elles faisaient aussi la différence – grâce à la couleur de la protection métallique – entre un lait entier et un autre écrémé. On peut être une mésange un tantinet voleuse, mais avoir le souci de sa ligne !

Un des derniers exemples bien documentés en date est celui du cacatoès à crête jaune. Comme d’autres Psittacidés (y compris chez nous), il n’hésite pas à fréquenter bruyamment les villes où il se reproduit et se met en quête de tout ce qui peut le nourrir. Mais en Australie où il vit, comme en tant d’autres endroits, les ordures domestiques sont déposées dans de grands bacs à couvercle le long des voiries. Les conteneurs unifamiliaux, hauts de plus d’1 m et à section carrée, ont un couvercle bien adapté et finalement assez lourd si on le met en relation avec la taille d’un oiseau, soit-il de la taille du cacatoès. Qu’à cela ne tienne: celui-ci a mis au point une stratégie qui lui permet de grimper sur la marge supérieure de la poubelle, près d’un des angles extérieurs, de saisir le bord du couvercle de son bec puissant et de reculer petit à petit vers l’arrière, ce qui a pour effet de lever progressivement ledit couvercle qui finit par basculer sur la face arrière. À lui les matières organiques fraîchement déposées !

Ce qui est le plus surprenant, c’est que non seulement la méthode commence à prendre de l’extension sur la Côte Est australienne, mais qu’elle connaît déjà des variantes régionales, certains de ces spécialistes ouvre-poubelles ayant apporté leur petit perfectionnement «maison». L’intelligence animale, souvent considérée comme réduite par les humains, a encore bien des choses à nous démontrer !

   Science 2021; 373: 456-460

Culture, économie et fécondité

L’information n’a, semble-t-il, guère éveillé les médias lorsqu’elle a été diffusée il y a quelques mois: le taux de natalité en Inde est passé sous la barre de 2 et se situe plus exactement à la valeur, exceptionnelle pour le pays, de 1,8. Qu’est-ce que cela signifie ? Simplement que depuis peu, les couples indiens ont en moyenne moins de 2 enfants. Pour info, au cours des années 60, la valeur était proche de 6 ! On sait que depuis cette époque, des efforts d’information ont été consentis et que des campagnes de stérilisation volontaire, tant des hommes que de femmes, ont même été mises sur pied, agrémentées d’un incitant financier. Ces campagnes n’ont toutefois eu qu’un temps en raison de leur impopularité.

Quelles ont alors été les motivations qui ont mené les couples à avoir moins d’enfants aujourd’hui ? Les réponses sont simples tant elles sont évidentes: éducation, accès à des moyens contraceptifs, chute de la mortalité infantile et augmentation des moyens financiers. Si 35% des Indiennes ne savent toujours ni lire ni écrire, il s’agit des plus âgées. Au cours des années 60, elles étaient 90% dans le cas. Plus généralement scolarisées et dotées de moyens financiers qu’auparavant, les Indiennes peuvent aussi accéder à un métier, ce qui offre à leur couple un niveau de vie meilleur et retarde l’âge de la première conception. Ce seul paramètre éducatif aurait contribué pour près de moitié à la réduction de fécondité. La réduction drastique de la mortinatalité a, depuis quelques dizaines d’années de progrès médical, également permis que chacun des enfants conçus ait les meilleures chances de vivre. Si 241 naissances sur 1 000 étaient suivies d’un décès rapide de l’enfant en 1960, elles ne sont plus que 34 aujourd’hui; 34 de trop, sans doute, mais on mesure aussi le progrès accompli.

Résultat: la population du pays, depuis peu, n’atteint plus le taux de doublement de 2,1 enfants par couple. Cela signifie que si la tendance se poursuit et surtout s’accroît, la population de ce pays-continent va diminuer plutôt qu’augmenter et que l’âge moyen devrait s’accroître.

Une telle tendance n’est pas isolée et est même généralisée dans tous les pays industrialisés. La fécondité moyenne en Belgique est proche de 1,6, il est de 1,8 encore en France, mais n’est plus que de 1,2 ou 1,3 dans des pays comme l’Espagne et l’Italie. Les Chinois, longtemps contraints à n’avoir qu’un enfant, sont aujourd’hui incités à en avoir un deuxième. Mais les couples, qui ont dorénavant accès à l’économie de marché et à ses avantages, n’en veulent pas. La fécondité ne dépasserait pas 1,7 dans la Chine d’aujourd’hui. À ce rythme, la population mondiale que des prévisionnistes persistent à voir augmenter, ne pourra que diminuer. Au Japon, 50% de la population aurait déjà plus de 50 ans. Moins de naissances associé à une augmentation de l’espérance de vie font que l’on s’achemine insensiblement vers une population mondiale vieillissante qui fera, forcément, encore moins d’enfants. Cela posera d’autres problèmes qui sont déjà bien connus aujourd’hui: il y aura moins d’actifs avec davantage de personnes âgées à charge; à moins de les faire travailler de plus en plus longtemps. Bref: un problème chasse l’autre. À chaque génération ses soucis…

   Science, 2021; 374: 14722-1423  
 
 

BIOZOOM

Comme une oasis en plein désert, le Cenote Angelita est un point d’eau bien caché dans la jungle de la Province du Yucatan (Mexique). Spot prisé des plongeurs, il l’est tout autant des scientifiques. Pourquoi ? Il cache une rivière sous-marine ! Ses eaux sont composées de 3 couches principales méromictiques (qui ne se mélangent pas). En-dessous de ses 25 m d’eau douce se trouve une couche de sulfure d’hydrogène: 3 m d’épaisseur d’un composé toxique, généré par la décomposition des débris organiques. Cette interface brumeuse est la zone où l’eau douce et l’eau salée se rencontrent (= halocline). L’eau douce de la partie supérieure d’Angelita «flotte» ainsi sur une colonne d’eau salée plus dense, issue de l’océan. La nature est merveilleuse !

Quel est le secret de longévité des coraux du Golfe Persique ?

La survie des coraux en butte au réchauffement des mers et océans est souvent pointée par ceux qui envisagent leur disparition inéluctable. C’est vrai qu’il existe des récifs morts, suite à un réchauffement trop rapide des eaux locales. Mais il y en a qui résistent: ceux du Golfe Persique par exemple. Ce golfe, aujourd’hui relié à la mer d’Arabie au niveau du détroit d’Oman, était jadis une mer intérieure. Mais à l’occasion de la fonte des glaces née de la fin de la dernière glaciation de Würm ( il y a 10 000 ans environ), le niveau des mers et océans s’est élevé d’une hauteur estimée à 132 m, ce qui a permis aux eaux de la mer d’Arabie de se déverser dans la mer intérieure… avec les bouleversements que l’on imagine pour la faune locale. Toutes les espèces n’ont sans doute pas survécu, force est de constater que des coraux sont toujours présents, 10 000 ans plus tard. Il n’en fallait pas plus pour mener des généticiens à étudier le génome de l’un d’entre eux, Platygyra daedalea, afin de mieux cerner ses aptitudes génétiques et épigénétiques à résister à un réchauffement, les eaux du golfe culminant aujourd’hui à 37 °C.

L’objectif, on l’aura compris, est d’identifier un moyen de maintenir en place des massifs coralliaires qui ont tendance aujourd’hui, comme au large de l’Australie, à souffrir de la hausse des températures. En inoculant à des polypes prélevés sur place les variants géniques tolérants à la chaleur ? C’est probablement l’idée. Mais on n’en est pas là. On peut également rappeler qu’en marge de l’intolérance, les polypes peuvent voyager au gré des courants et passivement couvrir des distances estimées à 1 500 km par an. Sur leur parcours, rien n’interdit qu’ils trouvent des conditions idéales à leur prolifération. On peut également rappeler que les atolls ne sont autres que des îles qui se sont effondrées sous le poids des madrépores littoraux. Certes, le processus a été long mais les coraux qui se sont lentement enfoncés se sont adaptés à ce changement environnemental. On ne le répètera jamais assez: le vivant est dynamique. Au moins avec une tolérance propre à chaque espèce. L’épigénétique est une adaptation permanente aux conditions de vie qui modulent l’expression des gènes de façon sans doute aléatoire, mais qui peut aussi s’avérer favorable. Pour les coraux comme pour le reste. Au final, nous sommes conditionnés par l’environnement peut-être autant que par les gènes. L’adaptation est donc un processus permanent. Autant s’en souvenir.

   Science 2022; 375: 155

Un monde d’en-haut

On l’ignore souvent, parce qu’elles ne sont pas trop diversifiées sous nos climats, 10% environ des plantes sont des épiphytes. Cela signifie qu’elles poussent sur les branches d’arbres auxquelles elles ne prélèvent rien. Il ne s’agit donc pas de parasites comme le gui, bien (trop ?) présent chez nous. Leur plus grande diversité se retrouve dans les forêts équatoriales où les espèces concernées constituent une strate élevée de la végétation. C’est là que poussent les épiphytes appartenant aux groupes des plantes supérieures. On y identifie de nombreux taxons, comme celui des Broméliacées ou des Orchidées que les amateurs de plantes d’intérieur connaissent bien.

Si elles ne s’alimentent pas à partir du réseau de canaux de la plante-hôte, de quoi vivent-elles ? De la lumière déjà, comme toutes les plantes supérieures. Placées à plusieurs mètres, et souvent même à plusieurs dizaines de mètres plus haut que le sol, elles y ont un accès favorisé. Pour le reste – et notamment pour les oligoéléments – elles le trouvent dans le produit de dégradation de mousses et autres petits épiphytes qui poussent sur les branches à leur pied et cela semble leur suffire. C’est vrai que ces végétaux-là ont rarement une taille importante à maintenir et à faire croître. 

Elles ont aussi développé un sens important de l’économie: les orchidées qui en font partie en apportent une preuve permanente. Leurs feuilles, en particulier, sont épaisses, ce qui témoigne d’une rétention d’eau majorée mais aussi de nutriments; de quoi alimenter la vie pendant les jours de conditions difficiles. Elles sont aussi capables de se «nourrir» de ce que l’air humide ambiant apporte. Elles vivent donc de peu, mais à suffisance. En ce sens, ce sont de véritables modèles d’autotrophie et d’économie. Dans les forêts équatoriales, elles constituent même un monde à part, suspendu et riche, où vit une faune qui leur est inféodée et qui ne vit que là. Chez nous, les épiphytes sont dans leur quasi-totalité des lichens. S’ils manquent de couleurs et de diversité morphologique, ils ont en revanche un intérêt écologique: ils constituent de bons bio-indicateurs de la qualité de l’air. C’est déjà ça. Et la mer n’est pas en reste non plus: là, ce sont les algues qui constituent le support de cette vie additionnelle. Bref: la vie végétale sait se trouver des niches opportunes qui leur permet d’œuvrer, par les adaptations nécessaires, à la diversité et à la richesse du vivant. 

   J. Ecol. 10.1111/1365-2745.13802

 
Du plastique océanique

La problématique des matières plastiques et de leur accumulation dans les mers et océans est d’occurrence plutôt récente dans les médias, lesquels ont permis d’emblée de réaliser toute la démesure de la chose. Produites «pour notre plus grand bien» sans doute, ces matières qui ont de nombreux avantages ont aussi l’inconvénient de ne pas se dégrader rapidement. Cela participe aussi souvent aux propriétés attendues. Résultat: une accumulation considérable là où on ne les attend pas et où elles peuvent provoquer toutes sortes de désagréments et dégâts.

La première intention est souvent de porter le regard vers les pays émergents, producteurs potentiellement importants de ces matières encore peu recyclées. Il est clair qu’ils sont contributeurs, au prorata de l’importance des populations utilisatrices mais aussi de la longueur des zones littorales.

Et les pays industrialisés ? La plupart ont mis en place un réseau de collecte et, souvent, de recyclage. Est-il efficace pour autant ? Ce n’est pas toujours vérifié. Pour exemple: les États-Unis. On imagine aisément que cette immense fédération d’États a depuis longtemps mis en place toutes les dispositions qui permettent de réduire l’impact environnemental des déchets de tous ordres. Certes la surface est-elle considérable, la population importante et la longueur des côtes sans équivalent, mais on est surpris de la contribution de ce pays à la pollution par les matières plastiques. Il est tout simplement le plus gros pollueur mondial. Il est probablement aussi le plus gros producteur avec 42 millions de tonnes en 2016. Et quelle est la part estimée des rejets qui se retrouvent dans les océans ? Deux millions de tonnes, soit le quart de tout ce qui s’y retrouve chaque année, le plus souvent apporté par le vent. Ce constat alarmant a été dressé par une commission qui émane des Académies nationales des sciences, de médecine et d’ingénierie du pays lui-même. La conclusion est donc toute simple: la collecte et le recyclage sont à l’évidence «grandement insuffisants». La recherche d’une stratégie globale a été demandée pour au moins identifier les voies (ou filières) par lesquelles ces plastiques se retrouvent dans les mers et océans.

C’est là que l’on peut se rendre compte aussi qu’un pays comme le nôtre a depuis bien longtemps pris des dispositions auxquelles les Américains envisagent seulement de réfléchir: retrait des sachets en plastique «jetables» et autres. Un constat est fait, une intention est manifestée. Il reste maintenant à trouver les moyens de mettre en application des méthodes efficaces de réduction d’une pollution trop visible. Réduire à terme la problématique d’un quart constituerait une avancée déjà énorme. 

   Science 2021; 374: 1302

Share This