Qui est-ce?

May-Britt MOSER

Jacqueline REMITS• jacqueline.remits@skynet.be

© Courtesy of the artist Peter Badge and the Lindau Nobel Laureate Meetings 

Je suis…

Une neuroscientifique norvégienne. Née dans la petite ville de Fosnavag, j’entame mes études supérieures à Oslo en 1982. Après avoir hésité entre plusieurs disciplines, j’opte pour la psychologie. Au cours de cette période estudiantine, je retrouve un camarade de lycée, Edvard Moser. Nous nous passionnons pour les mêmes choses, le comportement, la mémoire et leurs origines cognitives. Et nous tombons amoureux. En parallèle de nos études, nous commençons à travailler au sein du laboratoire de Terje Sagvolden, à l’époque le seul psychologue de l’université menant des projets de recherche en neurosciences. Nous nous formons à la conception de protocoles et aux statistiques. Pendant 2 ans, nous contribuerons à son travail sur le trouble de l’attention avec hyperactivité. Nous étudions le comportement des rats présentant une hypertension spontanée. Notre but est d’essayer de trouver l’origine de cette hyperactivité. Nous nous marions en 1985. Nous partageons les mêmes intérêts, le même enthousiasme et la même envie de découvrir. Ensemble, nous travaillons dur, consacrant une bonne partie de notre temps libre à nos recherches. Pour nos 2 filles, le laboratoire est une deuxième crèche. Je les emmène aux congrès scientifiques et je les allaite sur place. Pendant près de 30 ans, Edvard et moi serons partenaires de recherche. C’est encore le cas aujourd’hui, bien que nous ayons divorcé en 2016. Nous signons toujours ensemble la plupart de nos publications. Les sujets de recherche avec Terje Sagvolden sont surtout basés sur l’étude du comportement. Or, Edvard et moi nous voulons aller au-delà et pouvoir comprendre les bases physiologiques du comportement. En prévision d’une thèse sur ce sujet, nous nous rendons compte que nous devons nous intéresser de plus près au cerveau. Nous décidons de rencontrer Per Andersen, l’un des neurophysiologistes les plus reconnus en Norvège à l’époque et qui travaille justement sur les bases physiologiques de la formation de la mémoire. Nous faisons le siège de son bureau pour le convaincre de nous prendre dans son laboratoire. Nous finissons par obtenir gain de cause, mais à la condition de construire un labyrinthe aquatique. Per Andersen a pour hypothèse que la physiologie des neurones et des synapses qui les lient les uns aux autres est modifiée par l’apprentissage. Il tente d’observer ce phénomène au microscope. L’accompagnant sur cette piste de recherche, nous nous confrontons alors à la neurophysiologie du cerveau et à sa dissection que nous avions jusque-là peu pratiquée. Nous apprenons à provoquer des lésions sur certaines parties de l’hippocampe et nous cherchons à en observer l’impact sur l’apprentissage des rats que nous entraînons dans le labyrinthe que nous avons construit. À la fin de mon mémoire de master, je souhaite continuer aux côtés de Per Andersen. Des questions restent en suspens et m’atteler à une thèse me permet de continuer à explorer l’hippocampe et son lien avec la mémoire et l’apprentissage. À la fin de ma thèse en 1996, l’Université de Trondheim cherche à développer un département de neurosciences. Nous sommes encouragés à présenter notre candidature. Après négociations pour obtenir 2 postes au lieu d’un, ainsi qu’une liste de matériel, et alors que nous avions prévu de partir aux États-Unis ou au Royaume-Uni en post-doctorat, nous finissons par accepter. Nous commençons en août 1996 pour la rentrée scolaire. L’université met à notre disposition des moyens pour ouvrir un laboratoire dans un ancien bunker. Nous travaillons pendant quelques mois dans le laboratoire du chercheur britannique John O’Keefe. Ce sera la période la plus enrichissante de ma vie d’un point de vue scientifique

À cette époque…

Le 2 décembre 1982, l’année où j’entame mes études supérieures, à Salt Lake City, capitale de l’Utah aux États-Unis, une équipe chirurgicale implante un cœur artificiel à un homme de 61 ans. Une première. L’année où je termine ma thèse de doctorat, le 2 septembre 1996, au Kazakhstan, la première cosmonaute française, Claudie-André Deshays, sort de la capsule Soyouz après 16 jours en orbite à bord de Mir durant la mission Cassiopée. L’année où je reçois le prix Nobel, en 2014, Malala Yousafzai, 17 ans, la jeune Pakistanaise qui a tenu tête aux talibans au péril de sa vie, obtient le prix Nobel de la Paix pour son combat en faveur de l’éducation des filles dans le monde et des droits des enfants. 

J’ai découvert…

La manière dont nous nous orientons dans l’espace et mémorisons un parcours pour nous y retrouver par la suite. Ces fonctions complexes de notre comportement sont restées longtemps incomprises. Jusque-là, on ignorait comment les hommes et les animaux pouvaient s’orienter, reconnaître un lieu et aller d’un point à un autre. Et surtout, quelles étaient les structures physiques du cerveau qui exécutaient ces fonctions. En 1971, John O’Keefe avait découvert que certaines cellules du cerveau d’un rat s’activent quand l’animal se trouve dans un endroit précis d’une pièce, alors que d’autres cellules en font autant quand il se trouve dans un autre endroit de la même pièce. Il en a déduit que, grâce à ces cellules de l’hippocampe, le cerveau forme une sorte de «carte» de la pièce. Une carte spatiale des lieux visités par l’animal se forme à l’intérieur du cerveau. Et le cerveau s’en souvient. Nos premières découvertes ont permis de démontrer que seule une partie de l’hippocampe, la partie dorsale, est fondamentale dans le déplacement des rats.

Avec la publication en 2002 de Place cells and place representation maintained by direct entorhinal-hippocampal circuitry, notre laboratoire pose les bases de ce qui nous permettra plus tard de révéler la présence d’une nouvelle composante de la «carte cognitive» de John O’Keefe et de son collègue Lynn Nadel. En 2004, avec mon équipe de recherche, je développe l’idée d’une représentation spatiale de l’environnement. En 2005, nous commençons à étudier une petite partie du cerveau située au-dessous de l’hippocampe et reliée à celui-ci. Elle s’appelle «cortex enthorinal» et participe aux fonctions de l’odorat et de la mémoire. Nous trouvons dans cette structure un nouveau type de cellules nerveuses, également impliquées dans l’orientation et qui forment des connections avec celles observées par John O’Keefe. Si on les dessinait sur une carte, cela donnerait une grille. C’est pourquoi elles sont appelées cellules de grille. Elles constituent notre système de positionnement qui rappelle le fonctionnement du GPS. Comme lui, ce système nous donne des informations sur notre position dans l’espace et sur la manière de se déplacer d’un point à l’autre. C’est pour cette découverte des cellules de grille que j’obtiendrai le prix Nobel en 2014 avec Edvard Moser et John O’Keefe, récompensant les travaux que nous avons menés tout au long de nos carrières respectives sur les cartes cognitives et le fonctionnement de l’hippocampe.

Saviez-vous que…

Quand elle parle de sa carrière, May-Britt Moser se rappelle combien elle devait insister pour obtenir ce qu’elle voulait. Ainsi, May-Britt et son mari Edvard tenaient à tout prix à réaliser une thèse avec le Professeur Per  Andersen, pionnier de la  physiologie de l’hippocampe. Lui ne voulait pas de psychologues  dans son laboratoire où ne travaillaient que des médecins et des chercheurs en neurosciences. 

Mais elle s’est imposée et n’est pas sortie du bureau du professeur tant qu’elle n’a obtenu gain de cause. Et elle l’a eu ! «J’ai toujours été agréable et polie dans la vie, mais si je voulais obtenir quelque chose, personne ne pouvait m’arrêter !», se souvient-elle. Suivons l’exemple de May-Britt, ne lâchons jamais rien.

 
 
 

Carte d’identité

Naissance 

4 janvier 1963, Fosnavag (Norvège)

Nationalité

Norvégienne

Situation familiale

Mariée à Edvard Moser jusqu’en 2016, aujourd’hui divorcée, 2 filles