L'Adn de…

Anne
MAGOTTEAUX
Médecin hypnothérapeute

Propos recueillis par Virginie CHANTRY • virginie@pixielightdigital.com

Photos: © Françoise Magotteaux

Hypnothérapeute,  c’est une vocation   que vous avez depuis toute  petite ?

Petite, je voulais être médecin… mais aussi scientifique, astronaute ou professeure d’histoire. J’ai découvert l’hypnose thérapeutique après plusieurs années de pratique et de missions à l’étranger. Cette approche m’a immédiatement intéressée parce qu’elle repose sur des bases scientifiques. Aujourd’hui, je la vois comme un outil complémentaire pour accompagner les douleurs aiguës et chroniques, le stress, l’anxiété, les troubles du sommeil, le burnout…

Après des études de médecine générale, je me suis spécialisée en recherche clinique, en médecine tropicale, en médecine scolaire et en qualité de vie. C’est ensuite que j’ai découvert l’hypnose clinique et la méditation de pleine conscience, disciplines dans lesquelles je me suis formée. Ces parcours s’appuient sur des cursus certifiants, avec des modules adaptés à la pratique médicale et encadrés par des instructeurs expérimentés. Il est également possible d’exercer en tant que psychologue, à condition de disposer de solides connaissances cliniques. L’hypnose ne se substitue pas à une prise en charge médicale «classique»: elle la complète.

Comment devient-on hypnothérapeute ?

Vous exercez  actuellement en tant  qu’instructrice en  méditation de pleine  conscience et  hypnothérapeute, quelle est votre journée-type ?

Mes journées s’organisent essentiellement autour des consultations. Je reçois chaque patient pendant 1h30, en prenant toujours le temps d’un entretien préalable pour comprendre la situation, l’histoire et les besoins de la personne. La majorité de mon activité concerne l’hypnose clinique: les séances se déroulent dans un cadre calme, avec une lumière douce. J’anime aussi, plus ponctuellement, des séances de méditation de pleine conscience, en individuel ou en groupe. Ces séances s’appuient sur les protocoles MBCT et MBSR (1), validés pour la gestion de l’anxiété et du stress.

(1) MBCT: Mindfulness-Based Cognitive Therapy
MBSR: Mindfulness-Based Stress Reduction

Mes rapports avec la science ont toujours été très étroits: j’ai commencé ma carrière dans la recherche clinique, ce qui m’a appris la rigueur et l’analyse scientifique. Ce sont des repères qui ne m’ont jamais quittée. Apprendre, questionner le vivant et confronter les hypothèses aux faits font partie de mon ADN. L’hypnose clinique s’inscrit dans cette même logique: accompagner autrement, oui, mais toujours avec un regard critique et un ancrage scientifique solide.

Quels sont vos rapports avec la science ? 

Quelle est la plus  grande difficulté  rencontrée dans  l’exercice de votre  métier ?

La principale difficulté est sans doute la méconnaissance de l’hypnose clinique. Elle reste souvent associée à l’hypnose de scène, spectaculaire et très directive, ce qui entretient des peurs infondées d’emprise ou de perte de contrôle, alors qu’en réalité, le patient reste toujours maître de ses valeurs et de ses limites. Le manque de connaissance du public quant aux possibilités de l’hypnose clinique, ajouté à une médiatisation très faible, fait que l’hypnose clinique est encore malheureusement peu sollicitée.

Ma plus grande réussite professionnelle remonte à mes années d’expatriation. Au Sénégal d’abord où j’ai participé à la réorganisation d’un centre médical: prise en charge des activités cliniques, campagnes de vaccination infantile, dépistage et traitement de la tuberculose. Puis au Burundi, au cœur d’un projet destiné à protéger les enfants victimes de guerre: les identifier, les nourrir, les soigner et les confier à des familles locales. Ces expériences ont façonné mon engagement, alliant rigueur, esprit d’analyse, démarche scientifique et humanité – des repères qui orientent encore ma pratique aujourd’hui, notamment en hypnose clinique.

Quelle est votre plus  grande réussite  professionnelle  jusqu’à ce jour ?

Quels conseils  donneriez-vous à un  jeune qui aurait envie  de suivre vos traces ?

Je conseillerais de choisir des études qui allient le diagnostic clinique et la relation au patient: l’hypnose clinique demande une base solide en médecine ou en psychologie et de vraies qualités d’écoute et d’empathie. Chaque patient requiert une grande disponibilité car une séance dure 1h30. Pour la méditation, une formation d’instructeur en MBCT réservée aux médecins et psychologues et une pratique régulière sont indispensables.
 
 
 

CARTE D’IDENTITÉ

Anne MAGOTTEAUX

ÂGE : 61 ans

SITUATION FAMILIALE : 
A une jumelle homozygote

LIEU DE RÉSIDENCE : 
Braine-le- Château

PROFESSION : Médecin hypnothérapeute  et instructrice en méditation de pleine  conscience

FORMATION : Docteure en médecine,  spécialisée en soins palliatifs, qualité de  vie, recherche clinique,  pharmacovigilance, médecine tropicale  et médecine scolaire. Formée à l’hypnose  clinique et certifiée en  interventions psychologiques basées sur  la pleine conscience.

   francoise.magotteaux@gmail.com

    anne-magotteaux-hypnose.com

Je vous offre une   seconde vie pour un  second métier…

Je m’orienterais vers la psychologie, non par désaveu de la médecine, mais pour approfondir la dimension humaine du soin (émotions, croyances, histoire personnelle, biais cognitifs…). La médecine m’a apporté une compréhension rigoureuse du corps et une exigence diagnostique, mais à mon époque, nous n’avions pas de cours de psychologie. Or, je pense que la guérison dépasse souvent le seul domaine du corps physique.

J’aimerais apaiser les grandes souffrances humaines: mettre fin aux blessures causées par les guerres, les déplacements forcés… et offrir un lieu sûr à ceux qui ont tout perdu. S’il me restait un peu de magie, je rendrais aux aînés la vivacité d’esprit des jeunes années – la lucidité, la curiosité, la capacité d’apprendre, de créer et de se souvenir.

Je vous offre un  super pouvoir… 

Je vous offre un  auditoire…

J’aimerais parler des états modifiés de conscience comme outils thérapeutiques et expliquer simplement ce que les neurosciences nous apprennent: la méditation renforce la pleine présence et l‘accueil des évènements émotionnels et physiques, l’hypnose en modifie la perception. 

Je le dédierais à la recherche de moyens diagnostiques non invasifs et précoces, ainsi qu’à des traitements efficaces, peu coûteux et accessibles à tous, contre les maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer.

Je vous offre un  laboratoire… 

Je vous transforme  en un objet du  21e siècle…

J’imaginerais une voiture autonome accessible à tous, respectueuse de l’environnement et capable d’offrir du temps de qualité pour lire, discuter ou se détendre. Et je rêverais de robots ménagers capables de nettoyer tous les étages d’une maison ! 

J’irais au Costa Rica, une démocratie stable où les élections et la presse sont libres, et où la justice est indépendante du pouvoir politique. Pacifiste, ce pays rejoint mes valeurs car il n’a pas d’armée. Depuis plus de 70 ans, les finances publiques sont investies dans l’éducation, la santé et la protection de la nature. Avec, en plus, un climat agréable toute l’année, ce pays semble être un petit paradis.

Je vous offre un   voyage…

Je vous offre un face  à face avec une  grande personnalité  du monde…  

Matthieu Ricard et Steven Laureys, figures qui relient la science et la dimension humaine du soin. Avec le premier, moine bouddhiste et ex-docteur en génétique cellulaire et moléculaire à l’Institut Pasteur à Paris, j’échangerais sur la méditation, la bienveillance, la compassion et l’altruisme. Avec le second, Prof en neurologie et Directeur de Recherche FNRS, j’aimerais comprendre comment la méditation et l’hypnose peuvent renforcer la flexibilité cognitive et modifier certaines zones cérébrales. Dans un univers médical très technique, ils rappellent combien la bienveillance réhumanise la relation soignant-patient.

Oh là là, non ! L’image du pendule vient du 19e siècle et de la voyance, mais il n’y a pas besoin de cet artifice pour induire un état hypnotique. En réalité, une séance d’hypnose n’a rien de spectaculaire: un cadre accueillant et un fauteuil confortable suffisent. Pas de claquements de doigts ni de boule de cristal. Et surtout, l’hypnose n’a rien de magique: 90 à 95% de la population y est sensible car c’est un état naturel que chacun de nous traverse au quotidien sans même s’en rendre compte. 

La question «a  priori»:  hypnothérapeute,  c’est un peu utiliser  un pendule pour  endormir les gens,  non ?

    POUR EN SAVOIR PLUS :

centre-hypnose-liege.be

 ulb.be/fr/programme/fc-541

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