Curiokids

Dauphins : champions de l’océan

Laetitia MESPOUILLE • info@curiokids.net

© yeshaya – stock.adobe.com, © Gabrielle – stock.adobe.com –     ILLUSTRATIONS: Peter Elliott

Sous l’eau, il clique pour «voir», siffle pour appeler ses proches et garde en mémoire ses compagnons, même anciens. Son cerveau est très développé, ses sens sont «bizarres» et ses «outils» de chasseur ultra pointus. On parle du… dauphin bien sûr ! Un mammifère marin qui a bien plus de choses à montrer que son côté joueur. Plonge avec nous dans ce nouveau Curiokids pour découvrir un animal qui n’a pas fini de tous nous surprendre… 
 

Avec son air souriant et son caractère joueur, le dauphin est peut-être ton animal préféré. Bien qu’il ait des nageoires et plonge profondément sous l’eau, ce champion des mers n’est pas un poisson, c’est un mammifère marin. Il respire de l’air comme toi grâce à des poumons et les femelles allaitent leur petit… Mais savais-tu que ses très lointains ancêtres vivaient sur la terre ferme ? Il y a environ 50 millions d’années, certains mammifères ont commencé à chercher leur nourriture près de l’eau, puis dans les eaux peu profondes. Au fil des années – car ça prend du temps – leur corps a changé: les pattes sont devenues des nageoires, les narines ont migré au sommet de la tête pour former l’évent et la colonne vertébrale s’est adaptée à la nage. Le dauphin garde même de minuscules traces de ce passé terrestre dans son squelette. Ce sont les études de son anatomie et la comparaison avec des espèces fossiles qui ont permis aux biologistes de faire cette découverte ! Savais-tu que l’un de ses plus proches cousins sur Terre est l’hippopotame ?

    LE SAVAIS-TU ? 

MIROIR MON BEAU MIROIR : DIS-MOI QUI EST CE MAGNIFIQUE DAUPHIN !

Devant un miroir, la plupart des  animaux croient voir un autre  individu. Le dauphin, lui, semble  comprendre que ce reflet… c’est lui  ! Lors d’expériences menées sur  des dauphins en aquarium, des  chercheurs ont observé qu’ils ne se contentent pas de regarder leur  reflet: ils utilisent le miroir pour  inspecter leur propre corps, un peu  comme un enfant qui découvre son  image. Cette capacité est rare dans  le règne animal. 

Seuls les grands  singes et l’être humain se reconnaissent dans un miroir.  Cette expérience démontre que les  dauphins ont une conscience de soi. Comment la science explique-t-elle cela ? Par son cerveau. Le dauphin dispose d’un cerveau très développé. En particulier une partie qu’on appelle le néocortex. Un mot compliqué, c’est vrai, mais c’est dans cette partie du cerveau qu’est lié le raisonnement. Il peut donc réfléchir. De plus, il possède certains neurones qu’on retrouve chez l’humain, les grands singes et les éléphants. Et eux, ils sont associés aux émotions et à la vie de groupe. Pas mal ! 

 
Un mammifère ultra évolué

S’il a des dents, le dauphin ne s’en sert pas pour mâcher… Il attrape poissons, calmars ou crevettes et les avale souvent tout rond. Heureusement, son système digestif est bien équipé: son estomac possède 3 compartiments. Le premier aide à stocker et à broyer la nourriture tandis que les suivants poursuivent la digestion. Voilà comment il digère ses proies sans avoir à les mâchouiller.

Autre fait assez étonnant: le dauphin ne boit pas d’eau de mer. Et tu sais pourquoi ? Parce qu’elle est trop salée pour lui. Elle le déshydrate. Comme nous, il a besoin d’eau douce. Comment s’y prend-il alors au milieu de l’océan ? Facile, il récupère surtout l’eau dont son corps a besoin dans sa nourriture. Ses reins, très efficaces, l’aident aussi à gérer le sel avalé par accident. 

Au-delà de ces atouts «physiques», le dauphin a aussi des qualités plus «intellectuelles» ! Très utiles dans sa vie sociale car il vit en groupe, groupe qui est amené à changer souvent: certains compagnons partent, d’autres reviennent, des alliances se créent. Comme dans la cour de récré à l’école. Pour se souvenir de tout le monde, il faut une mémoire redoutable… et un cerveau bien équipé. Celui du grand dauphin est très volumineux et adapté à une vie sociale complexe. Un peu comme nous, il doit reconnaître les individus, se souvenir des anciens partenaires, coopérer, éviter les conflits et comprendre qui est fiable.

Ils n’ont pas, comme nous, un prénom et un nom. Mais alors, comment se reconnaissent-il sous l’eau ? Imagine qu’on t’interpelle par ton prénom dans la rue: le son que tu entends varie selon la voix de la personne qui t’appelle. Et bien, chez les dauphins c’est différent. Sous l’eau, impossible de crier «Léo ?» comme dans une cour de récré. Mais ils ont développé leur propre technique: le sifflement-signature. C’est un son unique, propre à chaque individu, produit par un appareil vocal particulier, situé dans la tête. Contrairement à nous, ils n’ont pas de cordes vocales. Ils sont capables de reconnaître un sifflement plus de 20 ans après l’avoir entendu pour la dernière fois. Le bébé dauphin (le delphineau) crée son «prénom» sonore dès les premiers mois, en s’inspirant des sons autour de lui, puis il le garde toute sa vie. À sa naissance, sa maman lui répète le sien pour qu’il puisse le mémoriser et l’appeler en cas de besoin. 

Ce qui est important de retenir ici, ce n’est pas la «voix» mais la mélodie. Si les chercheurs reproduisent la «mélodie», les fréquences, sans timbre naturel, les dauphins sont capables de la reconnaître même prononcée par une machine. Cette façon de communiquer est parfaitement adaptée à leur mode de vie. Particulièrement dans les profondeurs, où l’obscurité ne permet plus de voir les membres du groupe. Ces sifflements d’identité permettent par exemple de garder le lien entre une mère et son petit.

Encore plus dingue, mais aussi un peu dégueu: il peut aussi reconnaître un proche grâce au goût de son urine dans l’eau. Car figure-toi que le dauphin a perdu son sens de l’odorat au cours de son évolution. Même si à la naissance il dispose de nerfs olfactifs, ces derniers disparaissent très vite après sa venue au monde. Alors il utilise sa langue pour détecter des «molécules» propres à chaque individu. On parle de signatures chimiques. Dont certaines viennent de l’urine. Eurkkk ! Étrange manière de reconnaître ses potes… Si étrange que les chercheurs ont voulu vérifier cette idée. Ils ont présenté à de grands dauphins des échantillons d’urine d’individus connus ou inconnus. Résultat: les dauphins passaient plus de temps à «goûter» l’urine d’un compagnon familier. Puis les scientifiques ont pimenté l’expérience: diffuser le sifflement-signature d’un dauphin en même temps que son urine. Quand le «prénom sonore» et le goût correspondaient au même individu, les dauphins restaient plus longtemps près du haut-parleur. Conclusion de l’enquête: dans leur cerveau, le dauphin associe le son d’un ami à sa trace chimique. Un peu comme toi, quand tu relies un prénom à un visage. Sauf que lui, sa carte d’identité est aussi liquide.

Mémoire, sons, goût, vie sociale: chez le dauphin, tout est connecté. C’est un animal décidément très évolué.

    BIG DATA

1 600 g
C’est la masse du cerveau du dauphin (le nôtre pèse 1300 g)

90%
les dauphins renouvellent 90% de l’air de leurs poumons à chaque inspiration (15% chez l’homme)

25 kg
c’est la quantité de poissons mangée chaque jour

160 000 Hz
c’est la fréquence que peuvent capter les dauphins (nous sommes limités à 20 000 Hz)

17 x
Les pêcheurs ont 17x plus de chance d’attraper des poissons quand ils coopèrent avec les dauphins

Il y a 50 millions d’années
l’ancêtre du dauphin retournait à l’eau.

 
Un génie marin aux multiples talents

1) UN CHASSEUR RUSÉ

Les dauphins sont malins, mais sais-tu à quel point ? Certains dauphins utilisent de vrais outils. Dans la baie Shark, en Australie, quelques grands dauphins détachent une éponge de mer et la placent sur leur rostre, comme un gant de protection. Grâce à ce «protège-museau», ils fouillent les fonds rocheux pour trouver des poissons cachés sans se blesser sur les coquilles coupantes. Très futé ! Mais cette technique demande de l’entraînement. Comme tu l’as lu plus haut, le dauphin utilise l’écholocation pour chasser. Avec cette éponge, le signal est perturbé.  Ils doivent donc apprendre à comprendre des échos déformés. Le plus dingue, c’est que les mamans transmettent ce savoir-faire aux jeunes. Les scientifiques parlent alors de culture matérielle: un comportement appris grâce à l’observation et transmis dans un groupe. Savais-tu qu’ils utilisaient aussi les coquillages pour piéger des poissons ?

2) UN PÊCHEUR QUI SE LA JOUE COLLECTIF

À Laguna, au Brésil, de grands dauphins sauvages coopèrent avec des pêcheurs depuis plus de 140 ans. Les dauphins poussent les bancs de mulets – les poissons, pas les équidés – vers le rivage, dans une eau trouble où les humains ne voient presque rien. Puis ils donnent le signal: un coup de queue, un mouvement de tête, une plongée. Pour les pêcheurs, c’est le moment de lancer le filet. Et tout le monde y gagne ! Les humains attrapent plus de poissons et les dauphins profitent du désordre créé par les filets pour capturer plus facilement leurs proies. Le plus incroyable, c’est que ça dure: il s’agit ici d’une tradition apprise, transmise chez les pêcheurs comme chez les dauphins. Aujourd’hui, tu as 2 espèces qui ont inventé une stratégie pour se nourrir. On appelle ça du génie collectif. 

3) UN AUDITEUR POINTU

Pour un dauphin, l’océan n’est pas un monde silencieux. C’est un immense paysage de sons. Il utilise les clics pour chasser, les sifflements pour communiquer et l’écho pour comprendre ce qui l’entoure. Mais depuis que les humains remplissent les mers de moteurs, de travaux sous-marins et de sonars militaires, ce monde sonore devient parfois cacophonique. Le dauphin dépend du son comme nous dépendons de nos yeux. Trop de bruit brouille la perception de son environnement. Avec notre vacarme, il peut avoir du mal à repérer ses proies, à suivre son groupe ou à entendre le «prénom sonore» d’un compagnon. Il est perturbé pour chasser, pour jouer, pour communiquer. Et pire encore, il n’entend pas l’arrivée d’un prédateur.

Certains bruits puissants, comme les sonars militaires, peuvent même provoquer des réactions de panique: les dauphins fuient, changent brutalement de direction ou se retrouvent désorientés. Certains dauphins et autres cétacés s’échouent même parfois massivement sur les plages tant ce bruit est perturbateur. Sous l’eau, le bruit humain peut devenir une menace invisible qui dérègle la vie d’un animal sensible aux bruits.

Les casse-cou, les timides et les petits malins

Chez les dauphins, il n’y a pas “un” caractère modèle. Certains sont audacieux: ils explorent, s’approchent de la nouveauté, jouent avec tout ce qu’ils trouvent. D’autres sont plus timides, plus prudents, et préfèrent observer avant d’agir. Cette différence est importante: dans un groupe, les dauphins curieux peuvent aider à créer du lien, tandis que les plus réservés évitent parfois les risques inutiles. C’est ce que tu vis à l’école. Dans ta classe, tu as des copains ou copines qui seront les premiers à jouer ou à tester de nouvelles choses, tandis que d’autres resteront à l’écart pour observer. Le jeu, lui, est une affaire sérieuse. Les dauphins sautent, surfent, se poursuivent, ouvrent la bouche comme pour dire: “T’inquiète, je joue !” Chez eux, comme chez nous, on joue pour apprendre, tester les autres et renforcer les liens d’amitié. 
 
 

    LE TRUC DE OUF

DORMIR AVEC UN DEMI-CERVEAU

Toi, quand tu dors, ton cerveau met presque tout en mode repos. Le dauphin, lui, n’a pas ce luxe. S’il s’endormait complètement, il oublierait de remonter à la surface pour respirer… très mauvaise idée quand on vit sous l’eau ! Alors il utilise une technique incroyable: le sommeil lent unihémisphérique. Une moitié de son cerveau se repose pendant que l’autre reste éveillée. Résultat: il peut continuer à nager, surveiller les requins, garder le contact avec son groupe et remonter à la surface pour respirer. Souvent, un œil reste même ouvert, du côté du cerveau encore actif. La nature est vraiment bien faite. 

 
EUREKA

VOIR AVEC LES OREILLES

 Le dauphin possède un super-outil naturel: l’écholocation, aussi appelée biosonar. Le principe est simple… mais génial. Il envoie de petits clics sonores très aigus devant lui. Ces sons traversent l’eau, rebondissent sur un poisson, un rocher ou un obstacle, puis reviennent vers lui sous forme d’écho. Son cerveau analyse alors ce retour pour lui donner des informations très précises. Imaginons un requin en approche. Avec son biosonar, il identifie la distance, sa taille, sa forme, sa direction… Comme une image fabriquée avec du son. Mais attention, le dauphin ne «crie» pas comme nous. Ses clics sont produits dans sa tête, puis concentrés par le melon, cette bosse ronde au niveau du front. Le melon agit comme une lentille, mais pour le son: il dirige les ondes vers l’avant.

Et pour écouter ? Pas besoin de grandes oreilles ! Les vibrations reviennent surtout par sa mâchoire inférieure, remplie de graisse conductrice. Elle transmet le signal jusqu’à l’oreille interne, puis au cerveau. Certains chercheurs pensent même que le dauphin ne «voit» pas seulement avec le son: il pourrait presque toucher à distance avec ses clics. Dit ainsi, c’est très bizarre. Les chercheurs ont en fait montré que les zones actives de son cerveau sont celles associées au sens du toucher.

Savais-tu qu’il pouvait détecter une bille de 7,5 cm de diamètre à 100 m de distance ?

 

Le selfie du  jour

BOTO, LE DAUPHIN D’EAU DOUCE

Oublie 2 secondes le dauphin gris qui saute dans les vagues. Le Boto ou Dauphin de l’Amazone, lui, vit en eau douce, dans les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque. Et oui, c’est le célèbre dauphin rose. Mais pourquoi est-il rose ? Les jeunes Boto naissent gris, avant de devenir roses en grandissant. La première raison est liée aux vaisseaux sanguins. Le Boto possède une peau très fine et beaucoup de petits capillaires sanguins se situent proches de la surface. La deuxième est liée à la formation de cicatrices. Les mâles se battent pour les femelles et se blessent. Les cicatrices prennent une couleur rose. Enfin, la dernière est liée à l’alimentation. Le dauphin rose se nourrit de crabes et crevettes; les pigments de son alimentation s’accumulent dans sa peau pour lui donner cette couleur. Mais ce drôle de dauphin rose est menacé. Les barrages, les filets de pêche, le trafic de bateaux, les sécheresses et surtout la pollution au mercure fragilisent son habitat et sa santé…

Sa grande différence avec les dauphins de l’océan ? Son terrain de jeu ressemble parfois à une forêt engloutie. Pendant la saison des pluies, l’eau monte et le Boto peut nager entre les troncs, les racines et les branches immergées. Pour slalomer dans ce labyrinthe, il possède un cou beaucoup plus souple que celui des dauphins marins. Il peut tourner la tête avec une liberté étonnante. Pratique quand ton “océan” est rempli d’arbres !

Le Boto a aussi un long rostre, des petites “moustaches” sensorielles et un sonar très utile dans les eaux boueuses où l’on ne voit presque rien. Contrairement aux dauphins marins, souvent très sociaux, il vit plutôt seul ou en petits groupes. Et côté séduction, il est carrément original: des mâles ont été observés transportant des objets, comme des branches ou des herbes, pendant des parades amoureuses.

 
LE P’TIT DICO

FRÉQUENCES : nombre de vibrations d’un son par seconde.

ÉCHO : son qui rebondit sur une surface et revient vers celui qui l’a émis.

MELON : poche de graisse située sur le front du dauphin. Elle aide à concentrer et diriger les sons.

ROSTRE : terme anatomique exact pour désigner le long bec ou museau effilé des cétacés à dents, comme les dauphins.

CACOPHONIQUE: ensemble de sons désagréables à l’oreille.

NÉOCORTEX : partie du cerveau qui aide à réfléchir, apprendre, mémoriser et comprendre des situations complexes.

CONSCIENCE DE SOI :
capacité à comprendre que l’on est un individu, différent des autres.

Ton p’tit LABO

Une expérience à faire avec Curiokids: «    Fabrique des bombes de bain»

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