L'Adn de…

Maryse
DELSTANCHE
Hippothérapeute

Propos recueillis par Nadine Sahabo 

© M. DELSTANCHE

Hippothérapeute,c’est une vocation que vous avez depuis toute petite ?

Non, pas spécialement. Mais depuis toute petite, j’ai une véritable passion pour les animaux. Je voulais un métier en rapport avec les chevaux sans trop savoir exactement quoi. Ce n’est qu’à la fin de mes études secondaires, en rhéto, pendant un cours de psychologie de base, que j’en ai eu la certitude. J’ai donc choisi de faire la psychologie clinique. À l’époque, j’avais passé mes brevets en jury central comme monitrice d’équitation. Je m’étais dit que je ferais les deux séparément. Et puis en master, j’ai fait un stage en tant qu’hippothérapeute et ce fut le coup de foudre. J’ai complètement accroché, je ne me voyais plus faire autre chose.

Ce n’est pas un métier reconnu, n’importe qui pourrait malheureusement s’autoproclamer hippothérapeute. Mais il est très important, pour faire la différence, de venir du secteur de la relation d’aide. Dans notre équipe par exemple, nous avons des kinésithérapeutes, des psycho­logues, des éducateurs et une psycho­motricienne. Ensuite, il faut évidemment avoir déjà eu des ­rapports avec le cheval, avoir été ou être cavalier(ère) et pour lier les deux, il est recommandé de compléter sa formation par un ­master en médiation animale ou en hippothérapie. 

Comment devient-on hippothérapeute ?

Vous avez fondé l’ASBL Hippotige et y travaillez actuellement en tant que
directrice et hippothérapeute, mais quelle est votre journée-type ?

Nous n’en avons pas vraiment car cela dépend des personnes que l’on va accompagner tout au long de la journée. Ce sont aussi bien des enfants, des adolescents, des adultes que des écoles et des institutions. La demande est souvent très différente. Généralement, la journée commence par l’inspection des chevaux, qui sont finalement nos outils de travail, voire nos collègues. Et notre bureau, c’est la piste ou la prairie. Nous sommes 2 hippothérapeutes par groupe à accompagner les bénéficiaires. Les séances se font soit à pied, la personne est à côté du cheval, soit en montée (mais il n’y a pas d’obligation en hippothérapie de monter à cheval) et enfin, il y a le travail en liberté, où l’on va lâcher les chevaux sur la piste et aller à leur rencontre. Il s’agit ici d’un travail sensitif (sentir ce qu’ils aiment ou pas, les toucher, les caresser). Les séances se construisent en fonction du patient et du cheval. Les 2 viennent se rencontrer et notre travail, en tant qu’hippothérapeutes, est de les guider dans cette rencontre.

En tant que psychologue, je n’ai pas de rapport direct avec la science dure. Je suis plutôt dans le domaine humain. Ce n’est pas pour rien: mes premiers souvenirs scientifiques ne sont pas très joyeux, c’était avec la chimie et la physique. Par contre, j’adorais la biologie. Ça s’explique sans doute par le fait d’avoir grandi dans une ferme, avec un papa agriculteur et entourée de vaches et de chevaux.

Quels sont vos rapports avec la science ? Quels sont vos premiers souvenirs
«scientifiques» ?

Quelle est la plus grande difficulté rencontrée dans l’exercice de votre métier ?

Elle concerne le budget. Les séances d’hippothérapie coûtent cher et c’est frustrant pour nous de ne pas les rendre plus accessibles. Heureusement, nous avons des bénévoles qui se démènent pour nous trouver des subsides afin de pouvoir proposer des tarifs plus abordables. L’autre difficulté, ou plutôt contrainte, c’est la météo. Lorsqu’il fait trop froid, les bénéficiaires ne viennent pas ou restent 1h et repartent. Il est aussi très difficile de travailler lorsqu’ il fait trop chaud.

C’est bien sûr d’avoir créé ce centre, il y a 6 ans. Nous sommes partis d’un projet un peu fou, avec une poignée de personnes qui ont cru en nous. Nous avons tout mis en œuvre pour que le projet prenne forme et aujourd’hui, tout se passe bien. Se retrouver avec plus de 120 bénéficiaires par semaine, je crois que c’est notre plus belle réussite. Comme rencontrer des personnes qui apprécient notre travail et qui voient un mieux être chez ceux que nous accompagnons, c’est très gratifiant. 

Quelle est votre plus grande réussite professionnelle jusqu’à ce jour ?

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui aurait envie de suivre vos traces ?

Ce serait de commencer dans le secteur de la relation d’aide qui lui plaît, de se former et d’entretenir sa passion pour les chevaux. L’hippothérapie exige 2 ingrédients: un grand intérêt pour l’humain et un autre pour les chevaux. Ensuite, il faut oser, chercher les formations à gauche et à droite car c’est un métier qui est méconnu. Mais surtout, il faut être passionné, c’est cela le secret.

  

Maryse DELSTANCHE

32 ans

Situation familiale

en couple

Profession

Directrice et psychologue de l’ASBL Hippotige, Monitrice d’équitation à l’ASBL « Les écuries du Tige »

Formation 

Psychologue clinicienne, Master complémentaire en Hippothérapie à l’UCL, Monitrice Adeps équitation


Tél. : +32 474 309 424

Mail : info@hippotige.be

Site web :

www.hippotige.be

Je vous offre une seconde vie pour un second métier…

Je n’ai pas envie d’un autre métier. Je fais partie des privilégiés qui exercent le métier de leur rêve. À 32 ans, j’ai tout ce que je désirais. Je fais un travail qui me passionne, dans un environnement qui me plaît. Je vis de ma passion.

J’aimerais pouvoir faire pause sur le temps. Les journées sont beaucoup trop courtes pour faire ce que nous avons envie de faire. J’aimerais pouvoir accueillir plus de patients, avoir plus de temps dans mes séances. Prendre le temps, c’est vraiment le nerf de la guerre de cette époque malheureusement.

Je vous offre un super pouvoir…

Je vous offre un auditoire…

Ce serait pour faire découvrir les bienfaits de cette thérapie. Je pense qu’elle commence à être connue mais ce n’est pas encore suffisant. J’inviterais toute personne qui pourrait nous aider à la développer, aussi bien les directeurs de centre, les écoles, les éducateurs et les politiciens pour qu’ils se rendent compte de nos besoins dans ce secteur.

Si j’étais un peu plus scientifique dans l’âme, je créerais quelque chose qui permettrait de comparer les différences entre un vrai cheval et un cheval mécanique. 

Je vous offre un laboratoire…

Je vous transforme en un objet du 21e siècle…

Je n’ai pas envie d’être un objet… (Rires). Je reste dans mon domaine, mais je me transformerais sans doute en palan. C’est un objet qui sert à mettre les personnes à mobilité réduite sur un cheval. Au centre, nous n’en avons pas encore parce que c’est très cher. Si je pouvais devenir cet objet quelques heures par jour, cela faciliterait la mise à cheval de certains de nos bénéficiaires.

Ah non ! Je ne peux pas abandonner mes chevaux. Je préfère la voiture pour pouvoir revenir vite s’il se passait quelque chose. Mais si je devais vraiment partir en avion, ce serait quelque part dans des contrées très lointaines avec de belles montagnes et des chevaux sauvages.

Je vous offre un billet d’avion…

Je vous offre un face à face avec une grande personnalité du monde…

Je n’ai pas de nom en particulier, mais ça me plairait de discuter avec un grand sage, plein de sagesse et de zen attitude.

Certes, on a besoin du cheval… donc oui, le contact, les caresses font partie intégrante de ce que nous proposons, mais c’est l’accompagnement qui fait la différence. L’hippothérapie, ce n’est pas uniquement de réunir une personne et un cheval. C’est une relation triangulaire entre le thérapeute, l’animal et le bénéficiaire. On ne peut pas parler d’hippothérapie sans ce trio. Il y a un travail à faire avant, pendant et après la séance. Évidemment, cela fait beaucoup de bien de caresser un cheval, un chien ou un chat, mais on ne peut pas parler de thérapie.  

La question«a priori»: lorsque
je caresse un cheval, je fais de l’hippothérapie ?  

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