L’expérience conduite par Thomas Andrillon faisait appel à 26 adultes jeunes en bonne santé. Elle reposait principalement sur 3 piliers: une mesure du comportement des participants appelés à réaliser une tâche ennuyeuse, leur expérience subjective durant celle-ci et l’enregistrement de leur activité cérébrale par EEG à haute densité (64 électrodes). L’objectif des chercheurs était une meilleure compréhension de ce qui se produit dans le cerveau lors de nos pertes d’attention et, plus précisément, la nature de la relation qui pourrait unir le vagabondage de l’esprit, le vide mental et le sommeil. Les 26 volontaires furent conviés à 2 tâches de type Sustained Attention to Response Task (SART), dont, en vertu de leur nature même, les caractéristiques étaient d’être simples, de réclamer une attention continue et de se révéler relativement rébarbatives. La première impliquait la présentation aléatoire et continue de chiffres toutes les 0,75 à 1,25 seconde. Il appartenait aux participants d’appuyer sur un bouton dès qu’apparaissait un nouveau chiffre sauf s’il s’agissait d’un 3. Dans le second SART, dès qu’apparaissait un nouveau visage pour autant qu’il ne soit pas souriant. «Un des intérêts du SART est que le sujet peut difficilement détourner son attention de l’exercice sans que cela engendre des conséquences sur sa capacité à le mener à bien, souligne Thomas Andrillon. Toutefois, autre intérêt, la tâche est tellement simple qu’elle tend à inciter l’esprit au vagabondage. Enfin, au bout d’un certain temps, l’exercice devient ennuyeux.»
Comme les participants devaient répondre à l’apparition de stimuli visuels qui se succédaient environ toutes les secondes, leur attention pouvait être suivie quasi en continu à travers leurs réponses comportementales. Étaient-ils plus lents ? Éventuellement plus rapides ? Commettaient-ils des erreurs ?… Les expérimentateurs les interrompaient également à des moments aléatoires pour leur demander si, dans les secondes précédentes, ils étaient concentrés sur la tâche, si leur esprit vagabondait ou s’ils avaient le sentiment d’un vide mental. «Conformément au chiffre fréquemment présenté dans la littérature pour une activité peu motivante, on pouvait déduire des déclarations des participants qu’ils n’étaient concentrés sur la tâche que durant quelque 50% du temps. On pouvait aussi en déduire qu’ils pensaient à autre chose durant 40% du temps et ne pensaient à rien durant 10% du temps», souligne Thomas Andrillon.
Les chercheurs ont évalué les performances des participants en se basant sur les réponses qu’ils donnaient lors des essais qui précédaient immédiatement une interruption au cours de laquelle ils devaient préciser si, durant les 20 secondes précédentes, ils étaient concentrés sur la tâche, pensaient à autre chose ou ne pensaient à rien. Ces 2 derniers états (MW et MB) coïncident traditionnellement avec une faible vigilance. Et de fait, les sujets, quand ils s’y référaient, déclaraient être plus fatigués que lorsqu’ils étaient pleinement investis dans la tâche et, d’autre part, leur diamètre pupillaire était plus petit. En outre, les états mentaux MW et MB allaient de pair avec une augmentation des erreurs lors de la tâche, et ce, plus fréquemment dans la situation de vide mental. Les temps de réaction se révélaient également plus longs dans ce dernier cas que dans les états de vigilance ou de vagabondage de l’esprit. Des réponses étaient tardives, voire trop tardives, c’est-à-dire manquées. «Ce qui est cohérent avec l’idée que le vide mental s’accompagne d’une certaine léthargie. En revanche, la rapidité des réponses dans l’occurrence du vagabondage mental pourrait refléter une forme d’impulsivité», commente Thomas Andrillon.