On dit parfois que les physiciens sont de grands enfants. Les expériences de pensée dont ils sont friands (Einstein lui-même y avait recours) illustrent sans doute ce propos. Car dans une expérience de pensée, il faut gommer momentanément la réalité et faire comme les enfants qui, voulant se débarrasser d’une contrainte trop importante ou d’un obstacle à leur jeu, s’écrient: «On disait que…» C’est exactement ce que l’un des plus célèbres d’entre eux, James Clerk Maxwell, a dû s’écrier un jour de 1867: on disait que… Il existe un petit démon capable d’interagir avec les particules microscopiques; il est assis sur une boîte composée de 2 compartiments (A et B) séparés par une porte, chacun contenant au départ des particules rapides et lentes. Le démon a la capacité d’ouvrir ou fermer cette porte sans faire intervenir de source d’énergie externe. Il se met alors à répartir les particules (par exemple les molécules d’un gaz) entre les 2 compartiments en fonction de leur vitesse, cherchant à isoler par exemple les plus rapides dans le compartiment B, les plus lentes dans le A.
Fort bien direz-vous, mais quel intérêt et quelle portée a l’exploit (car c’est est un !) de notre démon ? Pour cela, plongeons-nous dans le contexte de l’époque. La révolution industrielle due au charbon et à la vapeur bat son plein et les scientifiques de l’époque cherchent à convertir au mieux la chaleur en mouvement, celui d’un piston ou d’une turbine par exemple. Ils s’aperçoivent que s’ils veulent convertir le mouvement chaotique qui règne dans la vapeur d’eau dans une direction définie, un mouvement ordonné (dans un piston par exemple), il faut que les gaz soient maintenus à des températures différentes dans deux systèmes afin que les particules de vapeur se déplacent dans une direction précise (et ce sera toujours du chaud vers le froid, comme ils l’observent). Si la température est la même partout, les particules de vapeur se déplacent de manière totalement aléatoire et donc ne poussent pas le piston dans une direction précise. Ils découvrent ainsi le 2e principe de la thermodynamique: sans apport d’énergie extérieure, la chaleur circule toujours d’une zone chaude vers une zone froide. C’est quelque chose de très intuitif, que nous observons tous les jours: à chaleur ambiante, les glaçons mis dans de l’eau vont fondre et l’ensemble prendra la température ambiante. Et surtout, ce ne sera jamais l’inverse: l’eau du verre ne va jamais geler… sauf si on place le tout dans le congélateur, ce qui signifie fournir beaucoup d’énergie externe au système. Nos ancêtres avaient ainsi découvert quelque chose de fondamental: il existe dans la nature des processus dits irréversibles, qui ne peuvent se dérouler que dans une seule direction, celle du temps. La fonte des glaçons dans votre verre distingue nettement le passé du présent.