Biologie

Bio News

Jean-Michel DEBRY • j.m.debry@skynet.be

©Marcel – stock.adobe.com, Animals in Society/Marcus Baynes-Rock, Alfred Wegener
Institute/PS124 AWI OFOBS team, ©Erni – stock.adobe.com, ©takayuki_n82 –
stock.adobe.com, ©K. Tetsuya – stock.adobe.com + ©Russell –
stock.adobe.com/biozoom

 
Des bassins peu attirants

Tous ceux qui fréquentent les parcs ­zoo­logiques savent que quelques-uns des pensionnaires peuvent être identifiés à distance. Par les cris, d’abord, mais parfois aussi par… les odeurs. Loin de moi l’idée ­d’imaginer que ce genre de parc puisse être mal tenu; simplement, quelques animaux, par leur taille et leurs habitudes, peuvent marquer leur environnement immédiat d’une empreinte qui ne peut échapper à nos sens et en particulier à ­l’odorat. Les hippopotames (Hippopotamus amphibius) sont de ceux-là. Ces gros herbivores sont de mœurs le plus souvent ­aquatiques. Que ce soit dans les parcs ou dans leur milieu naturel, c’est dans des bassins, de grandes mares qu’on les retrouve où ils passent le plus clair de leur journée, en tout cas pour l’espèce la plus grande, justement ­qualifiée ­d’amphibie. Ils se nourrissent la nuit et font tout le reste ­pendant la ­journée dans l’eau, élimination (massive) des déchets urinaires et digestifs inclus. D’où l’odeur évoquée.

La vie quotidienne des hippopotames se déroule donc le plus souvent dans le calme d’un cloaque qui finit par ­ressembler, par effet d’accumulation, à l’intérieur de leur tube ­digestif. Prélever un peu d’eau de ces milieux de vie permet du coup d’avoir aussi une idée très claire de la flore digestive de leurs occupants, d’où l’appellation de «metagut» (grand, gros tube ­digestif) donné par les scientifiques à ces bassins de vie. Comme ces lieux sont en général partagés, tous ceux qui y résident profitent, en les avalant, des germes digestifs des précédents, ce qui doit être de nature à renforcer leurs défenses ­naturelles. Les seuls à ne pas trop apprécier, ce sont les ­poissons quand, à la saison des pluies, l’eau des mares ­naturelles se déverse dans les rivières ­proximales qui les a fait naître. Une mortalité ­massive au sein des ­populations de plusieurs espèces peut être ­observée à ­l’occasion du déversement bactérien que cela ­occasionne.

Celui qui voudrait profiter d’une mare rencontrée au hasard d’une sortie dans la savane pour se rafraîchir est donc prévenu. La présence ­d’hippopotames dans l’eau doit aussi le forcer à une prudence redoublée: bien qu’herbivore, lourd et aux mâchoires dotées de dents longues et puissantes, l’animal défend son territoire, y ­compris vis-à-vis de l’homme. Chaque année, plusieurs centaines de victimes l’apprendraient à leurs dépens. Mais, tous comptes faits, qui aurait envie de se baigner dans un cloaque, même s’il a très chaud ?

   Science, 2021; 374: 1303
  

Je ramasse les poubelles, je n’ai ni moteur, ni roues. Qui suis-je ? 

Dans le souci de recyclage et d’élimination de déchets, les autorités de nombreux pays occidentaux ont pris toutes les dispositions pour rendre ces activités aussi efficaces que possible. Dans les pays émergents ou ceux qui sont confrontés à la guerre, les priorités sont mises ailleurs; et si un recyclage existe, la collecte des déchets souffre souvent d’un manque de prise en charge. Résultat: des décharges sauvages s’installent, source d’odeurs et de maladies mais aussi responsables de la présence incongrue d’animaux sauvages venus y trouver un possible complément alimentaire. L’image n’est certes pas gratifiante mais, à certains égards, n’a pas que des effets négatifs. Pour preuve, une étude récemment rapportée et menée en Éthiopie, qui a tenté de quantifier l’effet bénéfique de la visite régulière d’animaux sauvages sur les dépôts d’ordures à proximité des villes et villages. Les animaux ? Des hyènes. Avec leurs allures de gros chien, elles vivent surtout dans la savane où elles se nourrissent de viande fraîche, de charognes et, à défaut, de ce qu’elles trouvent qui soit en rapport. En Éthiopie, elles savent se montrer peu farouches avec les humains, qui pour certains, offrent le nourrissage de ces carnivores comme attraction aux touristes.

La fréquentation des décharges par ces hôtes-là n’est donc pas une surprise; ce qui a amené une équipe de biologistes à tenter de quantifier le nettoyage opéré. L’animal étant nocturne, les mesures ont porté sur 40 nuits au cours desquelles près de 200 hyènes ont été suivies dans leur recherche alimentaire. Si des évaluations quantitatives ont pu être établies – chaque hyène consomme l’équivalent d’1 t de déchets par an – c’est surtout dans un registre qualitatif que les résultats se montrent, pour les humains, les plus probants. En éliminant des carcasses avariées, les hyènes réduisent en effet de 4% la transmission d’anthrax et de tuberculose bovine aux humains. Plutôt qu’être vilipendées ou chassées pour le risque potentiel qu’elles représenteraient pour notre espèce, les hyènes sont, dans le contexte où elles interviennent, plutôt considérées comme d’utiles auxiliaires sanitaires. À défaut de mieux, évidemment. L’idéal serait que les déchets, surtout animaux, puissent faire l’objet d’un traitement sélectif et non d’une mise systématique en décharge. Mais on sait que l’Éthiopie fait face depuis quelques années à d’autres problématiques, d’ordre militaire.

   J. Animal. Ecol. 10.1111/1365-2664.14024 

La philopatrie de l’effarvatte 

La rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus) est une des espèces de fauvettes qui peuple nos roselières. Elle a une taille moyenne semblable à la plupart des passereaux: 12 ou 13 cm de long pour un poids de l’ordre de 13 g. Elle a une robe assez banale: brune sur le dos, plus claire sur le ventre. Son bec est fin, légèrement allongé. Tout le reste permet de la distinguer. Son nom, d’abord. Une autre particularité ensuite, qui n’est pas spécialement à son avantage: c’est souvent dans son nid, facilement accessible dans les roseaux, que le coucou vient pondre son œuf squatteur, jetant hors du nid un des 4 ou 5 que la rousserolle y a déposés. La suite est connue: la mère nourricière ne fait pas la différence entre les petits de son espèce et cet étonnant gros rejeton qu’elle s’épuise un peu à nourrir. La 3e particularité est que la rousserolle effarvatte est un oiseau migrateur. Partie d’Europe, d’Afrique du Nord ou du Moyen Orient où elle a ses habitudes, elle s’offre chaque année un très long voyage qui l’amène en Afrique centrale voire australe où elle va passer l’automne et l’hiver, avant de rejoindre ses pénates en avril ou mai. Et «retrouver ses pénates», cela s’appelle aussi de la philopatrie.

«Ses» pénates, car l’oiseau rejoint à tous les coups l’endroit d’où il est parti. Il n’est certes pas le seul dans le cas mais cela a de quoi étonner les humains qui, à défaut de panneaux indicateurs rédigés dans la langue maternelle, risquent bien de ne pas retrouver leur chemin.

Une étude récente fait une part de lumière sur cette étonnante aptitude d’un oiseau qui ne pèse pourtant pas plus de 15 g. Il dispose d’un organe de perception qui lui permet, avant de partir, de se situer par rapport au pôle magnétique terrestre, selon les coordonnées nord-sud et est-ouest. Puis il part vers la destination choisie pour le long voyage évoqué, axé sur le beau temps et le sud, le plus souvent. C’est bien entendu le retour qui interpelle les chercheurs: comment l’oiseau fait-il pour revenir au point de départ sans se tromper ? Il semble qu’il avance avec précision en suivant la ligne d’inclinaison suivie lors du voyage aller. Et s’il existe plusieurs endroits qui correspondent aux coordonnées de départ, la rousserolle s’arrête au premier qui est, semble-t-il, souvent le bon. C’est une compilation de près de 18 000 informations fournies par des bagues, posées à la patte de ces voyageuses entre 1940 et 2018 qui a pu être réalisée.

Cela n’explique toujours pas comment ce migrateur et les autres perçoivent le pôle magnétique terrestre. On a postulé que certains – comme le pigeon – possédaient de la magnétite dans certaines cellules cérébrales qui les renseigneraient sur le positionnement. On pense aujourd’hui que des cellules rétiniennes contiendraient des inclusions qui joueraient le même rôle, mais faisant intervenir une «cohérence quantique». Cela devient un peu plus compliqué et mériterait un complément d’information. On serait là dans un contexte de la physique de l’atome et des particules subatomiques. Et si, pour l’heure, faute de mieux, on se contentait déjà d’admirer les performances de ces admirables voyageurs ?

   Science, 2022; 375: 398 et 446-449

Prolifération en profondeur

L’évocation permanente des effets du réchauffement climatique nous offre à chaque fois des réalités ou des perspectives plus dramatiques les unes que les autres. La plupart des effets rapportés ne sont pas douteux, même si l’attribution de la responsabilité au seul réchauffement permet aussi de faire l’économie d’une gestion parfois aléatoire de l’environnement par l’homme. La (sur)pêche en est un exemple. Mais tout n’est pas négatif, à condition de regarder parfois un peu plus intensément dans des lieux peu fréquentés. Ainsi, l’observation intensive des fonds marins en marge de l’Antarctique, dans la mer de Weddell a permis de découvrir, par caméra interposée, d’importantes colonies d’un poisson local, Neopagetopsis ionah –  le bien nommé poisson des glaces que l’on retrouve entre 20 et 900 m de fond.

Les chercheurs qui ont fait la découverte ont identifié 16 160 nids sur le fond, chacun d’entre eux comportant une moyenne de 2 100 œufs, gardés en général par un mâle solitaire, chacun des nids ayant un diamètre de 75 cm. Une extrapolation des valeurs rapportées a permis aux scientifiques qui ont fait l’observation d’évoquer l’existence de 60 millions de tels nids sur une surface de 240 km carrés ! À l’évidence, l’espèce n’est pas menacée dans l’environnement occupé où la densité de zooplancton est aussi très élevée; ceci expliquant cela.

La première intention à vocation écologique serait de créer une zone protégée afin d’en poursuivre plus intensivement l’étude d’abord, et de mettre ensuite ces populations privilégiées à l’abri de la surpêche qui sévit trop souvent ailleurs. Voilà donc, dans le calme des eaux froides antarctiques, un poisson qui semble tout ignorer du réchauffement dont on dit qu’il menace la planète. Il existe par conséquent au moins un espace à l’abri. En cherchant bien, on en trouvera sans doute d’autres… 

   Science, 2019 ; 366 : 620-623

Nids de Neopagetopsis ionah –  le poisson des glaces.

Le choix du sexe: un progrès ?

Donner la préférence à un sexe plutôt qu’à l’autre a un sens en matière de production animale: n’obtenir que des femelles pour des races bovines laitières ou pour des poules est le rêve des producteurs, compte tenu de ce qui est essentiellement recherché. Or, la naissance mène à une parité. La résultante pratique généralement retenue jusqu’ici est, dans les cas évoqués, la route de l’abattoir pour les veaux mâles, celle de la broyeuse pour les poussins du même sexe. Ces situations n’émeuvent pas tout le monde mais à une époque où on semble faire prévaloir le bien-être animal, des chercheurs tentent de trouver une alternative; celle, en particulier, qui permettrait d’éliminer tous les individus du sexe non recherché dès les stades de développement les plus précoces.

Cet objectif vient d’être atteint chez la souris avec un taux de succès de 100%. Pour la souris aussi, en effet, le type d’étude scientifique menée grâce à elle peut donner préférence à l’un ou l’autre sexe selon l’objectif recherché. Produire un modèle murin du cancer du sein peut vouloir utiliser des femelles; faire émerger des animaux transgéniques chargés de se reproduire rapidement favorisant au contraire plutôt les mâles.

La méthode retenue pour opérer la sélection a d’abord consisté à identifier la cible génique idéale à atteindre. Le choix a porté sur la Topoisomérase 1, une enzyme déterminante dans le processus de division cellulaire. La suite a tenu à la mise en œuvre de la méthode CRISPR, dont il a déjà été question dans cette chronique. Il s’agit de celle qui permet de «corriger» un gène anormal. Pour l’occasion, la méthode a été séparée en ses 2 étapes. Sans entrer dans les détails techniques un peu longs à évoquer, il s’est agi de coupler l’inactivation de l’enzyme visée avec l’identification du chromosome identifiant du sexe: Y pour les mâles, X pour les femmes. Ce qui a été fait avec succès puisque selon le choix opéré, il n’est né que des souriceaux tantôt mâles, tantôt femelles. Seul bémol: le nombre de jeunes nés était inférieur aux 50% normalement attendus. Pour le reste, c’est avant même l’implantation utérine que la sélection a été opérée, lorsque les embryons n’étaient composés que de quelques dizaines de cellules.

Le résultat obtenu est de nature à contenter beaucoup de monde dans la mesure où, si la méthode connaît des applications, elle devrait permettre que la moitié des animaux produits ne soit sacrifiée inutilement et, souvent, cruellement. Mais il ne s’agit que d’une victoire partielle pour des opposants. D’abord, la méthode repose sur une manipulation génétique qui reste pour eux suspecte et décriée. Ensuite, si elle permet de faire l’économie d’une partie des animaux,
la recherche scientifique qui suit (si c’est le cas) repose encore sur du vivant, ce qui est également combattu. Enfin, une méthode qui «marche» apparemment bien chez l’animal et en particulier chez un mammifère pourrait donner des idées à quelques-uns qui trouveraient utile d’en faire profiter notre espèce. Il existe des interdits légaux. Mais sait-on jamais…

   Science, 2021; 374: 1307-1308  

  

  

BIOZOOM

Malgré son nom, rassurez-vous, le vanneau soldat est inoffensif. Si on lui a attribué ce qualificatif de guerrier, c’est seulement en raison des caroncules jaunes en forme de casque qui recouvrent ses joues et des éperons qu’il possède au bout de ses ailes. Attention tout de même, il n’hésitera cependant pas à les sortir pour défendre son territoire, en plus de pousser des vocalises plus puissantes que celles de la Castafiore. Le Vanellus miles, qui est monogame, vit essentiellement sur le continent australien et en Papouasie Nouvelle Guinée, et niche au sol, dans les herbes courtes, souvent près de l’eau. 

Share This