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Jean-Michel DEBRY • j.m.debry@skynet.be

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Remède miracle ?

À en croire Groucho Marx, qui n’était certes pas médecin, «l’effet de ce remède est identique à celui de l’aspirine, sinon qu’il agit plus rapidement». On peut aussi ajouter qu’il possède une qualité qui met tout le monde d’accord: il est gratuit car… physiologique. Son nom ? Le rire… C’est sans doute une évidence mais il n’est pas inutile de rappeler qu’il constitue une alternative naturelle à la prise d’antidépresseur, ce type de médicament qui figure dans le groupe de tête des produits pharmacologiques les plus massivement consommés dans les pays européens, et le nôtre en particulier. Le rire est en effet une disposition naturelle qui fait qu’instinctivement, on se sent sinon bien, au moins mieux.

On peut disserter longuement sur les bases de ce comportement qui serait propre à l’humain, même si on peut trouver à certains singes quelque chose qui y ressemble dans la mimique. On sait que des hormones y sont associées, tels les neurotransmetteurs et l’ocytocine – l’«hormone du bonheur» – en particulier. Faut-il y voir une implication génétique et l’action d’un gène en particulier ? Certains le postulent, signalant qu’un polymorphisme d’une courte portion du gène qui code pour le transporteur de la sérotonine (un de ces neurotransmetteurs) serait retrouvé plus fréquemment chez les «blagueurs». Dans un autre registre, on se souvient que le philosophe Henri Bergson a associé cet état à une forme de malaise momentané. Une étude sérieuse qui fait néanmoins, autant le préciser, figure d’antidote au rire le plus spontané. Alors comment favoriser ce rire qui semble si bénéfique à l’humain ? Supprimer d’abord de son environnement tout ce qui est de nature à l’éteindre: journaux, radio, télé et réseaux par exemple qui rapportent avec une sorte de délectation itérative tout le détail de la misère du monde. Ensuite se souvenir que le bonheur est dans la connaissance. C’est un autre philosophe, Baruch Spinoza, qui en a émis l’idée. Certes, le bonheur en soi ne fait pas sourire, mais y prédispose largement. Athena joue exactement dans le même tableau. Alors pourquoi se priver de ce double bonheur d’apprendre et de favoriser la digestion, la circulation, la transpiration et la ventilation de l’ensemble des organes, comme le rappelait Christoph Wilhelm Hufeland, le médecin des auteurs allemands Goethe et Schiller. Et que l’on n’imagine pas qu’il s’agisse ici d’une simple perception personnelle. C’est aussi ce qui ouvre une des récentes parutions de EMBO reports, une revue scientifique qui donne peu dans la légèreté. Alors, puisque c’est avéré par la science biomédicale, pourquoi ne pas y donner une suite ? C’est juste une affaire de choix…  

    EMBO reports (2025) 26 : 3474-3477 

Tous les animaux ont-ils le sens de
l’orientation ?

Dans plusieurs pays – dont le nôtre – où les concours de pigeons voyageurs conservent toute leur importance et leurs amateurs, l’aptitude de ces volatiles à identifier le sens du retour ne cesse d’étonner. Ce ne sont pas les seuls: les tortues, les saumons et d’autres oiseaux possèdent aussi un mécanisme qui leur permet, sans risque d’erreur, de retrouver l’endroit d’où ils sont partis et qu’ils doivent rejoindre.

Deux hypothèses ont été avancées. La première tiendrait à l’existence chez certains animaux d’un mécanisme doté d’effets liés à la physique quantique présent dans la rétine. Ils seraient capables d’identifier le pôle Nord et de se guider par rapport à sa position. La seconde, d’essence plus métabolique, tiendrait à la présence à proximité du bec, de particules microscopiques d’oxyde de fer qui agiraient comme les aiguilles d’une boussole. Dès 2011, on a montré que les pigeons disposaient, comme les humains, de canaux semi-circulaires au niveau de l’oreille interne, lesquels les renseignent, comme nous, sur leur position d’équilibre. Des chercheurs ont récemment soumis des pigeons à un champ magnétique faible et ont comparé l’activation des zones de leur cerveau. Ils l’ont confronté ensuite à ce qui était observé sur des témoins. Les résultats indiquent la présence d’une activité neuronale dans les régions du cerveau en lien avec le système vestibulaire. Il y a donc une analyse neurale du résultat généré par ce système mais cela ne dit toujours pas comment les neurones du pigeon peuvent physiquement percevoir les champs magnétiques. Après tout, rien n’interdit que 2 systèmes soient actifs et qu’ils se complètent par addition de leurs influx respectifs… À suivre donc…

En attendant, les pigeons et quelques autres continuent à nous épater avec un sens aigu qui, à l’évidence, n’a pas été transporté évolutivement jusqu’à nous. Tant qu’une mutation favorable ne nous bénéficie pas, nous nous devrons encore nous aider d’une bonne vieille boussole… ou d’un GPS !

   Nature news, novembre 2025 (online)

Le sucre encore en cause

Il est clair que la consommation massive de sucre surtout raffiné a depuis longtemps mauvaise presse. On connaît ses effets sur l’émergence du diabète de type 2 et celle de l’hypertension, 2 problématiques qui, si elles reçoivent des traitements pharmacologiques, ne réduisent pas pour autant l’espérance de vie quand, toutefois, on en calcule la durée sur des échantillons humains de grande taille. Mais ces problèmes relèvent-ils uniquement des comportements alimentaires d’adultes qui donnent une préférence excessive à des aliments (hyper)sucrés, qu’ils soient liquides ou solides ? Ou commencent-ils déjà dans l’enfance, voire au cours de la vie fœtale ?

C’est ce qu’une étude rétrospective récente a tenté de définir. Elle a porté sur des populations qui ont connu les restrictions de la dernière guerre (1940-45) et qui, pour une partie d’entre elles, ont bénéficié de la levée du rationnement survenu, en Grande-Bretagne, en 1953. Le sucre n’était certes pas le seul aliment rationné, mais il semble que c’est celui qui a bénéficié le plus du «rush» qui a suivi la remise à disposition des différents aliments.

La surveillance a porté sur les 1 000 jours qui ont suivi la conception d’enfants, que ce soit juste avant ou juste après la levée du rationnement de 1953; l’idée étant de voir si les enfants nés après, avaient davantage contracté un diabète ou avaient été sujet plus massivement à de l’hypertension.

Les banques de données consultées révèlent en effet que la levée du rationnement a doublé la consommation moyenne de sucre dans le pays. Quant aux résultats observés par l’étude menée, ils vont dans le sens attendu: ce sont bien entendu les femmes enceintes qui, passé ce cap, ont davantage consommé le sucre et qui sont aussi celles qui ont donné naissance à des enfants plus à risque de développer, bien plus tard, les 2 pathologies évoquées.  

Est-ce à dire qu’il faut rayer le sucre des aliments ? Le sucre «ajouté», tant qu’à faire, oui. Mais tout dépend de l’effort physique et musculaire à effectuer ensuite. Les images de coureurs cyclistes en plein effort montrent clairement que ceux-ci consomment des compléments en berlingots riches en sucre, prévus tout exprès. Mais il n’est pas exclu qu’un excès dans leur cas puisse, à terme, se monter préjudiciable aussi: les sucres ajoutés, directement assimilables, sont souvent des combinaisons glucose/fructose qui n’ont pas la même métabolisation qu’un sucre de fruit.

La solution ? Une juste et saine modération alimentaire quand c’est possible. Ou, pour présenter les choses autrement: veiller à varier et à doser équitablement ses poisons. L’option reste la meilleure. Le corps devrait en principe se charger du reste…

   Science, 2024; 386: 1043-1048

Pitié pour elle !

S’il est une plante qui est surveillée, plusieurs fois traitée chaque année, qui est l’objet de soins scrupuleux, c’est bien la vigne ou, pour l’appeler par son nom latin Vitis vinifera pour l’espèce cultivée, un nom qui parle de lui-même. Je laisse ici aux (nombreux) amateurs la possibilité d’y adjoindre le nom des différents cépages exploités dans le monde et des variétés connues.

Comme toutes les autres plantes, et en particulier celles qui font l’objet de vastes monoculture, la vigne est l’objet d’attaques ciblées par des pathogènes qui peuvent la mener à sa perte… et à un rude coup au moral (et aux affaires) des viticulteurs. D’où les traitements souvent préventifs effectués. L’oïdium, le philloxera, le mildiou (Plasmopara viticola), sont quelques-uns des pathogènes qui, au cours des 2 siècles écoulés, ont causé des dommages parfois considérables à la vigne. Il a donc fallu remplacer les ceps morts par d’autres, plus résistants. D’où les emprunts faits par les viticulteurs européens à des plants issus d’autres territoires, ce qui a permis que des ceps nord-américains arrivent sur le territoire de l’Ancien monde. Vierges de tout pathogène ? Et bien non. Certains de ces pieds étaient contaminés par la bactérie Xylella fastidiosa… qui ne s’est pourtant pas développée sur sa nouvelle terre d’accueil. La raison ? Les conditions climatiques de chez nous ne sont pas équivalentes à celles de la terre américaine natale, située plus au sud et donc aussi plus ensoleillée et plus chaude. Une heureuse différence liée à un climat moins souriant ! Sauf que…

Sauf que le réchauffement climatique risque bien de changer sous peu la donne et favoriser une explosion épidémique de cette bactérie. Et ce n’est peut-être pas la seule. Elle peut aussi infecter d’autres plantes présentes qui pourraient servir de réservoirs prêts à «exploser» si la température se montrait davantage clémente pour elle.

Il va de soi que les professionnels du domaine sont attentifs à la problématique et tendent d’y répondre en particulier par le choix de variétés ou d’hybrides connus pour être plus résistants. Le domaine est suffisamment porteur sur un plan économique pour que ce genre de problème soit traité de manière préventive. Ce qui n’exclut pas non plus un suivi permanent des cultures en cours pour y déceler toute contamination débutante à traiter en priorité. Trop d’intérêts, on en doute à peine, sont en jeu pour que la vigne fasse l’objet d’une attention suivie. Et on peut imaginer que des solutions de rechange sont déjà à l’essai dans les laboratoires. Rien n’interdit donc que des crises locales surviennent. Mais que l’on se rassure: la vigne est bien surveillée; la pénurie de vin ne serait donc pas à craindre !

   Proc. R. Soc. B (2024) 10.1098/rspb.2024.1130

Prendre son pied en anthropologie

À force d’être depuis près de 40 000 ans des représentants de la seule espèce d’Hominidés sur Terre, on en viendrait presque à oublier qu’il y en eut d’autres avant Homo sapiens. Celles-là, c’est une évidence, ont disparu pour des raisons qui ne sont pas toujours claires, mais il est sûr qu’en contrepartie, notre ancêtre était plus adapté aux conditions d’existence à de nombreux points de vue. Ce qui n’a pas empêché une hybridation entre des espèces proches comme entre sapiens et Neandertal sur le territoire de l’actuelle Europe, et entre le même sapiens et Denisova en Asie. Dans l’un et l’autre cas, les Homo sapiens actuels peuvent témoigner de cette «hybridation» ancienne par une part des gènes (2 à 4%) de l’autre espèce qu’ils ont conservée dans leur génome. Ça, c’était il y a quelques dizaines de milliers d’années au plus. Mais avant, que s’est-il passé il y a plusieurs centaines de milliers d’années, par exemple ?

A priori, on ne devrait plus trop le savoir. Les ossements, derniers vestiges possibles d’un corps, se désagrègent eux aussi avec le temps et, passé une période plus ou moins lente et progressive, finissent par disparaître. Est-ce la fin de tout espoir d’identification ?

Réponse: non. Nos lointains ancêtres étaient, on le sait, originaire d’Afrique et notamment des bords du Lac Turkana. Ce grand lac alcalin s’étend, selon un axe nord-sud, dans la vallée du Grand Rift africain, entre l’Éthiopie et le Kenya. Richard Leakey et son épouse ont été les premiers au cours des années 70 à y faire des recherches et à y découvrir de possibles ancêtres humains. Le tout a été rapporté dans «Ceux du lac Turkana» (Seghers, 1980), notamment. On présume, suite aux découvertes faites, que plusieurs espèces d’Homo pouvaient y cohabiter, en particulier il y a 1,5 million d’années. On vient d’en avoir une preuve évidente pour 2 d’entre elles en tout cas. Vestiges osseux miraculeusement bien conservés ? Non.  Traces de pieds dans la vase fossilisée…

Ces traces identifiées en plusieurs endroits proches du lac dans de la terre pétrifiée, ne laissent apparemment planer aucun doute: 2 espèces ont cohabité au Pléistocène. Ces deux-là, qui ont partagé le même territoire (et donc pour cela qualifiées de «sympatriques») étaient Homo habilis et Paranthropus boisei, toutes 2 bipèdes exclusives comme en témoignent les traces relevées.

Un petit pas pour la connaissance l’homme ? Pour celle de ses lointaines origines en tout cas. Ce sont les conditions climatiques qui règnent depuis longtemps dans la région où se trouve le lac – sécheresse et aridité – qui ont prévalu pour conserver les traces identifiées; des conditions qui n’étaient pas les mêmes sans doute quand nos lointains cousins ou ancêtres y ont séjourné. Et ceux-là n’étaient pas les seuls à habiter la région. On y a aussi identifié Homo ergaster, Homo erectus et Homo rudolfensis, cette dernière devant l’origine de son nom à celui que le lac portait avant de s’appeler Turkana. C’est petit à petit que notre arbre généalogique se reconstruit. Ou ne devrait-on pas plutôt dire… à petits pas ?

   Science, 2024; 386: 1004-1010  

(A) Paranthropus boisei et (B) Homo habilis découverts par Louis et Mary Leakey
dans les gorges d’Olduvai en 1959 et 1961.
 
 
 
 

BIOZOOM

Il n’y a pas que dans les films que les créatures ont le sang bleu. Comme la limule (Limulus polyphemus), aussi baptisée crabe fer à cheval en raison de sa forme, qui existe vraiment. Cet arthropode marin, qui peut mesurer jusqu’à 50 cm et vivre 30 ans, vit dans des eaux côtières peu profondes. Les labos pharmaceutiques en sont friands afin de leur extraire leur sang bleu (composé d’hémocyanine, à base de cuivre), très utile pour détecter la présence d’endotoxines dans les vaccins, les médicaments injectables et le matériel médical. Elles sont relâchées ensuite mais affaiblies, si bien que jusqu’à 30% finissent par mourir.

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