Tous ceux qui fréquentent les parcs zoologiques savent que quelques-uns des pensionnaires peuvent être identifiés à distance. Par les cris, d’abord, mais parfois aussi par… les odeurs. Loin de moi l’idée d’imaginer que ce genre de parc puisse être mal tenu; simplement, quelques animaux, par leur taille et leurs habitudes, peuvent marquer leur environnement immédiat d’une empreinte qui ne peut échapper à nos sens et en particulier à l’odorat. Les hippopotames (Hippopotamus amphibius) sont de ceux-là. Ces gros herbivores sont de mœurs le plus souvent aquatiques. Que ce soit dans les parcs ou dans leur milieu naturel, c’est dans des bassins, de grandes mares qu’on les retrouve où ils passent le plus clair de leur journée, en tout cas pour l’espèce la plus grande, justement qualifiée d’amphibie. Ils se nourrissent la nuit et font tout le reste pendant la journée dans l’eau, élimination (massive) des déchets urinaires et digestifs inclus. D’où l’odeur évoquée.
La vie quotidienne des hippopotames se déroule donc le plus souvent dans le calme d’un cloaque qui finit par ressembler, par effet d’accumulation, à l’intérieur de leur tube digestif. Prélever un peu d’eau de ces milieux de vie permet du coup d’avoir aussi une idée très claire de la flore digestive de leurs occupants, d’où l’appellation de «metagut» (grand, gros tube digestif) donné par les scientifiques à ces bassins de vie. Comme ces lieux sont en général partagés, tous ceux qui y résident profitent, en les avalant, des germes digestifs des précédents, ce qui doit être de nature à renforcer leurs défenses naturelles. Les seuls à ne pas trop apprécier, ce sont les poissons quand, à la saison des pluies, l’eau des mares naturelles se déverse dans les rivières proximales qui les a fait naître. Une mortalité massive au sein des populations de plusieurs espèces peut être observée à l’occasion du déversement bactérien que cela occasionne.
Celui qui voudrait profiter d’une mare rencontrée au hasard d’une sortie dans la savane pour se rafraîchir est donc prévenu. La présence d’hippopotames dans l’eau doit aussi le forcer à une prudence redoublée: bien qu’herbivore, lourd et aux mâchoires dotées de dents longues et puissantes, l’animal défend son territoire, y compris vis-à-vis de l’homme. Chaque année, plusieurs centaines de victimes l’apprendraient à leurs dépens. Mais, tous comptes faits, qui aurait envie de se baigner dans un cloaque, même s’il a très chaud ?
Science, 2021; 374: 1303