Si la diversité de formes et de coloris est une aptitude dont les fleurs savent faire un usage immodéré – avec l’aide très appuyée d’obtenteurs avisés – les pétunias ne sont pas en reste, que ce soit dans les coloris ou dans la disposition qu’ils prennent sur les 5 pétales de leurs corolles.
Si ces plantes herbacées trouvent une place de choix dans nos jardinières, l’origine de la plante est sud-américaine. Même sur son terroir d’origine, elle trouve déjà une diversité de coloris qui, depuis longtemps, l’a fait se distinguer. On peut s’arrêter à l’aspect esthétique de ces Solanacées, on peut aussi chercher à quelle disposition naturelle elles doivent la richesse de leurs coloris. C’est bien entendu une question que des généticiens n’ont pas manqué de se poser. Objet de leur étude très spécifique: le Petunia excerta, qui arbore une couleur uniforme d’un rouge intense et puissant. Or, on sait l’espèce dérivée d’un ancêtre incolore. L’examen minutieux tant du génome de ces variants que de son expression est ce qui était de nature à expliquer l’apparition de coloris nouveaux, souvent d’occurrence spontanée.
Ce que les chercheurs ont identifié, ce sont des mutations affectant la biosynthèse de l’anthocyanine, un pigment universel dans le monde végétal que l’on retrouve aussi bien dans les jeunes pousse des rosiers, que dans le hêtre pourpre, la cerise, la prune et le raisin noir. La couleur rouge du pétunia dépend en particulier de l’expression d’une autre substance, de la famille des delphinidines, des composés qui tendent plutôt à exprimer le bleu-violet. Or, une altération chimique de ces substances (une dihydroxylation, pour tout dire) les rend moins actives, et le rouge peut alors pleinement s’exprimer. C’est donc plutôt par défaut que le rouge puissant a pris le dessus. Un défaut qui, dans ce cas, prendrait des allures de qualité !
La beauté et l’éclat des couleurs, quand on prend la peine d’en rechercher l’origine, ramènent à la génétique et à la chimie. On en sait, du coup, un peu plus sur les processus en cause, mais on y perd aussi un peu dans le registre de la poésie. Cela n’enlève rien à l’attrait floral. Quant aux obtenteurs avisés, ils sauront probablement tirer quelque parti de la découverte.
Plant Cell 10.1093/plcell/koab114 2021