Technologie

IA, IA, que dis-tu vraiment de nous ?

Virginie CHANTRY • virginie@pixielightdigital.com

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IA par-ci, IA par-là… De nos jours, l’Intelligence Artificielle est au cœur de nombreux débats, business models, stratégies d’entreprise et progrès technologiques. Certains d’entre nous en sont des utilisateurs convaincus, d’autres méfiants, tandis que d’autres encore mènent leur vie sans y avoir recours, voire sans même y penser

 

Et si nous décidions de nous adresser à l’IA autrement ? Plutôt que de parler d’elle, ou de la faire parler d’un sujet précis, parlons-lui directement. Non pas pour ce qu’elle «sait», mais pour ce que ses réponses – et la manière dont elles sont formulées – révèlent de nos récits dominants, de nos défis collectifs et de la façon dont nous construisons le discours technologique. Dans cette optique, nous avons posé à une IA quelques grandes questions technologiques centrées sur notre société. Effet miroir réaliste, reflet flatteur ou image déformée ? Voyons ce que cette conversation révèle – sans doute moins sur la machine que sur nous‑mêmes.

Pour cette expérience, l’IA sélectionnée est ChatGPT, le chatbot développé par la société américaine OpenAI, basée à San Francisco. Pourquoi ? Parce que, même si ce n’est pas la première de son espèce, c’est celle qui a popularisé l’intelligence artificielle générative auprès du grand public. Revenons à la genèse: le 30 novembre 2022, ChatGPT est lancé. Le 5 décembre, Sam Altman, cofondateur d’OpenAI, annonce sur les réseaux sociaux que la plateforme dépasse déjà le million d’inscriptions. Deux mois plus tard, elle est estimée à près de 100 millions d’utilisateurs actifs mensuels, d’après une analyse relayée par l’agence de presse Reuters, ce qui en fait l’une des applications grand public à la croissance la plus rapide de ces dernières années.

Côté pratique, les questions ont été posées, chacune séparément, en février 2026 depuis un compte spécialement créé pour l’exercice, avec les paramètres par défaut, dans un cadre volontairement neutre, sans historique ni orientation préalable. L’objectif ? Limiter toute influence contextuelle. Formulées en «nous», les questions incluent implicitement l’IA dans l’expérience. L’enjeu n’est pas d’évaluer ses connaissances techniques, mais bien d’observer le récit technologique qui émerge spontanément. Car une intelligence artificielle ne pense pas: elle synthétise, assemble et reformule ce qu’elle a appris à partir d’énormes volumes de textes. Elle s’appuie sur des discours existants et sur des tendances dominantes. Autrement dit, ses réponses ne sont jamais neutres – et c’est précisément là que l’exercice devient intéressant.

Chaque question a également été posée 2 fois: une première sans consigne particulière, puis une seconde en ajoutant simplement «Réponds en maximum 1 000 signes». Nous avons constaté que la version libre prend spontanément la forme d’un article didactique hiérarchisé, avec emojis, listes et plusieurs pistes explorées. Elle révèle la posture adoptée par l’IA. Par contre, la version limitée à 1 000 signes propose un texte plus resserré, plus direct – avec une hiérarchie plus nette et une idée centrale mise en avant – et est davantage adaptée au format de cet article. C’est donc celle-là que nous retenons pour la suite.

2026 : révélation ou illusion ?

•  Nous sommes en 2026: quelle pourrait être la «révélation technologique» de l’année – et pourquoi ?

    RÉPONSE DE CHATGPT:

En 2026, la «révélation technologique» pourrait être l’essor des agents IA autonomes – capables non seulement de répondre, mais d’agir: réserver, négocier, coder, piloter des workflows complexes sans supervision constante.

Après l’ère des chatbots popularisée par OpenAI, Google ou Anthropic, le saut clé serait l’exécution fiable en environnement réel (Web, logiciels, objets connectés).

Pourquoi ce serait majeur ?

Parce que l’impact passerait de la productivité individuelle à la réorganisation des entreprises: automatisation de tâches qualifiées, micro-entreprises gérées par IA, nouveaux modèles économiques.

La vraie rupture ne serait pas l’intelligence… mais l’autonomie opérationnelle.
 

    ANALYSE:

Dans cette première réponse, l’IA se place au centre du récit sans jamais s’y inclure. Elle parle d’IA comme d’un objet extérieur, citant OpenAI ou Anthropic, semblant adopter un point de vue humain. La «révélation» qu’elle annonce – les agents autonomes – s’inscrit dans une évolution déjà largement évoquée dans le débat technologique actuel. Elle utilise le terme de rupture, mais au final, il s’agit davantage d’une évolution que d’une révolution. Elle évoque également l’idée de micro-entreprises gérées par l’IA. Derrière cette perspective se glisse une question implicite: quelle place resterait-il alors à l’humain ?

Une IA ne pense pas: elle synthétise des données. Mais toute synthèse implique des choix. Reste à savoir quels récits elle privilégie et lesquels elle laisse de côté.

•   Quelle innovation technologique est, selon toi, la plus surestimée en 2026 ?

   RÉPONSE DE CHATGPT:

Selon moi, le métavers reste la technologie la plus surestimée en 2026.

Pourquoi ?

Adoption réelle faible: malgré des prévisions optimistes, l’usage grand public reste limité et dépend d’un matériel coûteux et contraignant. (Global Growth Insights)

Retours financiers décevants: certaines divisions VR ont accumulé des milliards de pertes, poussant même des acteurs majeurs à réduire la voilure. (BTCC)

Problèmes structurels: sécurité, confidentialité et manque d’usages concrets freinent encore la viabilité à grande échelle. (arXiv)

Contrairement à l’IA (qui produit déjà des gains mesurables), le métavers promet beaucoup mais délivre peu pour le grand public.

Mon verdict: technologie intéressante à long terme, mais hype largement en avance sur la réalité en 2026.
 

    ANALYSE:

Dans cette deuxième réponse, une différence nette apparaît: l’IA cite spontanément des sources extérieures, comme si la question exigeait de justifier ses propos. Plus critique par nature, elle amène à établir une liste d’arguments. Peut-être aussi cela vient-il du «selon toi» dans la question ? Le choix du métavers reste mainstream: il a fait couler beaucoup d’encre, mais on ne peut pas dire qu’il ait réellement changé notre quotidien. Il est aussi intéressant de souligner qu’elle mentionne l’IA comme contre-exemple, conservant la même posture distanciée que dans la première question.

Dimension sociétale

Au fil de ces questions, l’IA esquisse un tableau en 6 temps, entre projection, regard sur le passé, mémoire collective, attachement aux usages, défis à venir et trajectoires à questionner. La manière dont elle répond suit elle aussi une logique selon le type de sujet abordé: alternance entre «nous» inclusifs, argumentation, précautions et discours non conflictuels. Mais qu’est-ce que cela dit vraiment de nous ? D’abord, et comme attendu, ce miroir n’est pas neutre: il est le résultat d’un entraînement sur les milliers de textes humains qui l’ont alimentée. On pourrait y voir une époque qui redoute les excès du progrès tout en refusant d’y renoncer. Ce reflet est d’ailleurs étonnamment lissé: les tensions existent, mais elles sont ramenées vers le compromis, l’encadrement et la régulation. Ni technosolutionniste. Ni technophobe. Il sera intéressant de relire ces réponses dans quelques années, et pourquoi pas de renouveler l’expérience, afin d’observer si le discours évolue.
 

•    Quelle technologie a le plus redéfini notre quotidien depuis le début du 21e siècle ?

   RÉPONSE DE CHATGPT:

La technologie qui a le plus redéfini notre quotidien depuis le début du 21e siècle est sans doute le smartphone, popularisé par l’iPhone de Apple en 2007.

Il a fusionné téléphone, appareil photo, GPS, ordinateur, lecteur multimédia et portefeuille numérique en un seul objet. Couplé à l’Internet mobile et aux applications (réseaux sociaux, messageries, services de transport, banque), il a transformé la communication, le travail, la consommation, l’information et même nos relations sociales.

D’autres technologies majeures – comme le cloud computing, l’intelligence artificielle ou les réseaux sociaux – ont joué un rôle clé. Mais c’est le smartphone qui les a rendues omniprésentes, personnelles et accessibles en permanence, changeant radicalement notre rapport au temps, à l’espace et aux autres.
 

   ANALYSE:

Pour cette troisième question, la première directement exprimée en «nous», l’IA suit le mouvement et adopte la première personne du pluriel. Sans grande surprise, elle choisit le smartphone – un objet du quotidien – plutôt qu’un outil plus abstrait. À vrai dire, il faudrait probablement avoir vécu coupé du monde ces 25 dernières années pour répondre autre chose. Fait intéressant mais attendu, elle cite l’iPhone comme exemple phare. Elle mentionne également d’autres technologies, auxquelles elle accorde moins d’importance, celles-ci ayant été largement popularisées grâce aux smartphones. Enfin, sa dernière phrase nous renvoie à nous-mêmes et à la manière dont le smartphone a transformé notre rapport au monde.

Sans réelle surprise, l’IA a choisi le smartphone comme la technologie ayant le plus redéfini notre quotidien depuis le début du 21e siècle.

•    De quelle technologie n’avons-nous pas envie de nous passer, même si ce n’est pas indispensable ?

   RÉPONSE DE CHATGPT:

Une technologie dont beaucoup de gens ne veulent plus se passer, même si elle n’est pas indispensable, est le smartphone. Il n’est pas vital pour vivre, mais il concentre communication, divertissement, navigation, photos et services du quotidien. Sa praticité crée vite une dépendance douce: on s’y habitue au point que s’en passer semble compliqué.

Dans le même esprit, on peut citer le Wi-Fi domestique, les écouteurs sans fil ou encore les services de streaming. Ces technologies n’étaient pas nécessaires il y a quelques années, mais elles améliorent tellement le confort et la fluidité du quotidien qu’elles deviennent presque «invisiblement indispensables».
 

   ANALYSE:

Malgré le «nous» utilisé dans cette quatrième question et contrairement à la précédente, l’IA prend de la distance en évoquant «beaucoup de gens» plutôt que de s’inclure dans la réponse. Peut-être parce que cette question touche à une dimension plus personnelle et qu’il n’existe pas de consensus évident. Elle revient pourtant, comme à la question 3, au smartphone, à la fois révolutionnaire et non essentiel. L’expression «dépendance douce» peut d’ailleurs faire figure d’euphémisme – certains (dont je fais partie) sentent probablement déjà monter la crise d’angoisse rien qu’à penser à une vie sans leur smartphone. L’IA cite ensuite d’autres exemples sans les hiérarchiser, signe que l’indispensable reste ici subjectif.

Boule de cristal: cap sur 2056

•    Quel sera notre plus grand défi technologique dans les 30 prochaines années ?

   RÉPONSE DE CHATGPT:

Le plus grand défi technologique des 30 prochaines années sera probablement la maîtrise responsable de l’intelligence artificielle. Il ne s’agira pas seulement de rendre l’IA plus puissante, mais de garantir qu’elle reste sûre, éthique et alignée avec les intérêts humains – un enjeu déjà central pour des organisations comme OpenAI.

Juste derrière viennent 2 défis majeurs:

La transition énergétique (stockage massif d’énergie propre, réseaux intelligents), suivie de près par des acteurs étudiés par l’International Energy Agency.

La cybersécurité à l’ère quantique, où l’informatique quantique pourrait casser les systèmes actuels.

En résumé: la difficulté ne sera pas seulement d’innover… mais de contrôler les conséquences de nos propres technologies.
 

   ANALYSE:

De nouveau, l’IA adopte d’abord une posture distanciée: il n’est plus question de «nous», mais d’un point de vue externe où «l’humain» devient protagoniste. On voit réapparaître une forme de mise en abyme – elle parle d’elle-même – sans jamais s’inclure dans le récit. En faisant référence à OpenAI ou à l’International Energy Agency, elle ancre son propos dans un paysage institutionnel bien réel, comme pour en renforcer la légitimité – un mécanisme déjà observé dans la question 2. Ce qu’elle avance s’inscrit clairement dans le discours dominant actuel. Et même si la question ne demandait qu’une seule réponse, elle hiérarchise spontanément d’autres défis. Le plus intéressant reste peut-être son retour au «nous» dans la phrase finale: il s’agirait de contrôler les conséquences de nos technologies… davantage que de les assumer.

•    Y a-t-il une course technologique que nous devrions ralentir ?

   RÉPONSE DE CHATGPT:

Oui, certaines courses technologiques méritent d’être ralenties – ou au moins mieux encadrées.

La plus évidente est celle de l’IA générale, menée par des acteurs comme OpenAI ou DeepMind: la pression à sortir des modèles toujours plus puissants dépasse parfois la réflexion sur la sécurité, l’emploi ou la désinformation.

Autre exemple: les armes autonomes basées sur l’IA, que l’Organisation des Nations Unies tente de réguler. L’automatisation de la décision létale pose un risque éthique majeur.

Enfin, la course aux biotechnologies (édition génétique, gain de fonction) peut devancer la gouvernance.

Ralentir ne signifie pas stopper l’innovation, mais l’aligner avec des garde-fous démocratiques et scientifiques solides.
 

   ANALYSE:

À nouveau, sa réponse est plus distante: elle observe et constate. Sans grande surprise, elle revient à elle-même dans ses mises en garde, d’abord de façon globale en mentionnant la course à toujours plus de puissance, ensuite à propos de son usage aux commandes d’armes autonomes. Elle mentionne à nouveau des exemples pratiques et institutionnels pour nourrir son propos et conclut par une position qui ne se veut pas anti-innovation. Au contraire, la démocratie et la science sont citées comme valeurs repères, adoptant une prudence alignée sur le consensus actuel.

Le miroir dans son ensemble 

Au fil de ces questions, l’IA esquisse un tableau en 6 temps, entre projection, regard sur le passé, mémoire collective, attachement aux usages, défis à venir et trajectoires à questionner. La manière dont elle répond suit elle aussi une logique selon le type de sujet abordé: alternance entre «nous» inclusifs, argumentation, précautions et discours non conflictuels. Mais qu’est-ce que cela dit vraiment de nous ? D’abord, et comme attendu, ce miroir n’est pas neutre: il est le résultat d’un entraînement sur les milliers de textes humains qui l’ont alimentée. On pourrait y voir une époque qui redoute les excès du progrès tout en refusant d’y renoncer. Ce reflet est d’ailleurs étonnamment lissé: les tensions existent, mais elles sont ramenées vers le compromis, l’encadrement et la régulation. Ni technosolutionniste. Ni technophobe. Il sera intéressant de relire ces réponses dans quelques années, et pourquoi pas de renouveler l’expérience, afin d’observer si le discours évolue.
 

Techno-Zoom

À emporter, livré, consommé sur le pouce… Les emballages  alimentaires jetables font  désormais partie du quotidien. Selon la Commission  européenne, les emballages  représentent près de 40% du plastique et 50% du papier  consommés dans l’Union  européenne. Face à l’explosion des  déchets et à la pression sur les  ressources, l’UE durcit  progressivement sa réglementation  avec le PPWR (Packaging and  Packaging Waste Regulation). Le  réemploi y devient un axe  stratégique majeur, y compris dans  le secteur Horeca. Mais comment  éviter le greenwashing et  transformer un emballage déclaré  «réutilisable» en véritable système  circulaire viable ? C’est précisément l’objectif de WapiPack,  un projet de contenants  consignés réutilisables développé  par IPALLE (intercommunale de  gestion de l’environnement active  en Wallonie picarde et dans le Sud- Hainaut). Lorsqu’un client  commande un repas à emporter chez un partenaire, il peut  demander un WapiPack en  échange d’une caution.

Le contenant peut ensuite être rapporté dans n’importe quel point du réseau pour être nettoyé et remis en circulation. À Tournai, plusieurs restaurants, traiteurs et magasins proposent déjà ce système. Grâce à un nouveau financement européen et à un partenariat avec l’ONG néerlandaise Fair Resource Foundation, WapiPack s’inscrit désormais dans le projet européen CIRCULANDIA, lancé récemment à Helsinki. Réunissant plus de 30 partenaires – pouvoirs publics, entreprises, centres de recherche, ONG et clusters – ce projet vise à développer des solutions circulaires systémiques autour de l’agriculture régénératrice, des systèmes alimentaires locaux et des emballages réutilisables. Le véritable défi ne réside donc pas uniquement dans l’objet lui-même, mais aussi dans la capacité à construire tout l’écosystème nécessaire à son réemploi effectif et, plus largement, à transformer nos modes de consommation et de gestion des ressources.


Références

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