WALL'INNOVE TOUR

Arrêt sur Sunrise

Jacqueline REMITS • jacqueline.remits@skynet.be

jannoon028/Freepik + photomontage, © Sunrise

Il était une fois…

Deux frères, Laurent et Pierre Martinot, qui avaient décidé de lutter contre l’apnée du sommeil en créant un dispositif médical. Comment cette idée leur est-elle venue ? «Le sommeil a toujours fait partie de notre vie, commence Laurent Martinot, cofondateur et CEO de Sunrise. Mon frère et moi sommes nés dans une famille de médecins. Notre père, médecin pneumologue, mesurait le sommeil de ses patients. Il nous rappelait souvent ces 3 piliers: manger, bouger et dormir. Pendant une dizaine d’années, il avait recherché une nouvelle manière de mesurer le sommeil en utilisant les mouvements du menton. C’est ainsi que l’histoire a commencé.» Les recherches ont démontré une corrélation entre les troubles respiratoires du sommeil et les mouvements mesurés au niveau du menton. «Quand le cerveau détecte une apnée du sommeil, une obstruction au niveau du pharynx, il va d’abord réveiller la personne pour restaurer le tonus musculaire et lui permettre de contracter les muscles au niveau du pharynx pour pouvoir respirer à nouveau. Cela fait bouger la mâchoire.» Près d’1 homme sur 2 et 1 femme sur 4 après 40 ans souffrent d’apnée du sommeil. Ce syndrome touche environ 1 milliard de personnes dans le monde, avec une prévalence croissante due à l’obésité et au vieillissement de la population. Le hic, c’est que 80% de ces personnes ne sont pas diagnostiquées. «Les études montrent que la très grande majorité de ces personnes n’en sont pas conscientes. L’apnée du sommeil est sans doute l’une des maladies chroniques les plus présentes et les moins diagnostiquées au monde.» Créer une entreprise spécialisée capable d’apporter une solution innovante et efficace à l’apnée du sommeil avait donc toute sa raison d’être.

Fondée en 2015 à Namur par les 2 frères, la société Sunrise connaît un développement rapide. «Faciliter le diagnostic avec notre petit capteur est déjà un grand pas en avant, mais pouvoir proposer une solution complètement digitale avec la télémédecine et créer une clinique digitale avec des médecins qui voient les patients à distance, c’est mieux.» L’opportunité de racheter une clinique virtuelle du sommeil dans la Silicon Valley, en Californie, se présente. Aujourd’hui, elle opère dans les 50 États américains. «Une bonne quarantaine de personnes travaillent dans plusieurs États. Au total, nous sommes actuellement 150 personnes, avec des bureaux à Paris et notre siège social à Namur.» Sunrise franchit rapidement les étapes en obtenant l’autorisation des autorités médicales européenne, la Medical Device Regulation (MDR), et américaine, la Food & Drug Administration (FDA). En 2022, l’entreprise est nommée Sleep Tech Award par l’organisation caritative américaine National Sleep Foundation. Un bel encouragement.

En 2023, Laurent Martinot s’installe à Miami, en Floride, avec sa femme et leurs 2 jeunes enfants. Les financements suivent, et non des moindres. La même année, le fonds d’investissement Alexa d’Amazon entre dans le capital pour 5,5 millions d’euros, mais aussi UI-Investissement, fonds français spécialisé dans la santé, et d’EIC Fund, le prestigieux programme de la Commission européenne. Soit un total de 17,5 millions d’euros reçus cette année-là. En plus des investisseurs historiques comme Namur Invest, Sambrinvest, Invest BW, Wallonie Entreprendre… Sunrise a également reçu le soutien de la Wallonie via son Pôle Biowin. En 2025, elle a levé 29 millions de dollars pour déployer Dreem Health, sa clinique digitale du sommeil à travers les États-Unis. Cette année, elle a signé un partenariat avec Amazon qui mettra en avant sa technologie.
 
 

CARTE D’IDENTITÉ

CRÉATION : 2015

SIÈGE SOCIAL : 
Chaussée de Marche, 598,
5101 Namur

SECTEUR D’ACTIVITÉS:
Technologies de santé du sommeil

MEMBRES DE L’ÉQUIPE : 150

CONTACT : 081 26 11 26

   info@hellosunrise.com

   www.hellosunrise.com

 
… l’envie d’innover

Le petit capteur et la technologie diagnostique ont été développés au cours d’une dizaine d’années de recherche. La start-up collabore avec plusieurs centres de recherche universitaires, dont l’Imperial College de Londres. Elle développe aussi des partenariats avec certains centres universitaires belges. «On a d’abord travaillé avec notre père qui avait sa clinique. Près de 10 000 patients ont dormi la même nuit avec le test classique et notre petit capteur. En comparant les 2 technologies, on a pu faire le lien en regardant simultanément les 2 algorithmes. C’est l’une des très rares disciplines où le travail est mieux fait à la maison qu’à l’hôpital. Depuis lors, les résultats pour ce test du sommeil à la maison ont été publiés par les meilleurs auteurs dans les meilleures revues.» En médecine du sommeil, les patients ne sont pas toujours compliants (dociles) dans le traitement car ils sont peu suivis. «On les laisse seuls avec un traitement qui peut être invasif. Nous, on automatise ce suivi. Nos outils suivent chaque patient. Toute modification alerte nos équipes de techniciens grâce à un monitoring automatisé constant. Dans les années à venir, on va beaucoup investir dans l’intelligence artificielle.»

Comment ça se passe ? Les patients sont accueillis dans la clinique du sommeil digitale créée par Sunrise, leur état de santé est passé au crible et une première consultation en ligne effectuée avec un médecin. «Il suffit au patient de commander le dispositif, de le coupler à une application mobile et de le coller sur son menton pour la nuit. Le lendemain matin, il reçoit une analyse de son sommeil, dont une large validation clinique a démontré la fiabilité. Il peut aussi partager un rapport complet avec son médecin. Des traitements peuvent être engagés.»

Jusqu’à présent, l’entreprise s’est principalement développée aux États-Unis, qui représentent 85% du chiffre d’affaires, mais aussi dans certains pays européens comme la France. «Outre-Atlantique, les consultations peuvent se faire à distance. On est aussi présents au Royaume-Uni.» Et en Belgique ? «Le patient a l’obligation de passer un test à l’hôpital et pour la nuit de contrôle, d’être mis sous traitement avec le fameux masque. Mais les lignes sont en train de bouger.» Une étude clinique française de grande ampleur, publiée en 2026 et coordonnée par l’Université de Grenoble Alpes, a validé le petit capteur. Il diagnostique l’apnée du sommeil en 15 jours au lieu de 106.

Sunrise entend bien poursuivre son envol dans les années qui viennent. La start-up souhaite ainsi accélérer sa croissance à travers 2 avancées majeures: la commercialisation de sa technologie aux États-Unis et l’engagement de nouveaux talents. Elle ambitionne de renforcer considérablement la taille de ses équipes dans les 5 prochaines années. Des postes sont régulièrement à pourvoir en Belgique, en France et aux États-Unis. «Nous recherchons des médecins, des commerciaux, pour la Belgique, la France et les États-Unis. Des ingénieurs et des développeurs aussi.»

L’entreprise espère ainsi faire une vraie différence dans la vie de millions de personnes souffrant de troubles du sommeil dans le monde. «Le désir est d’étendre ces cliniques dans les 50 États américains, sachant qu’une partie des coûts est remboursée là-bas.» L’objectif principal de Sunrise? «Devenir la plus grande clinique du sommeil du monde, avec des médecins experts disponibles tous les jours pour faciliter le parcours des patients et éviter les faux diagnostics.»
 
 

QUI EST LAURENT
MARTINOT, COFONDATEUR ET CEO ?

Après avoir suivi des études de droit et d’entrepreneuriat à l’UCLouvain, Laurent Martinot part un an aux États-Unis pour décrocher un master en droit des sociétés à l’Université de New York. De retour en Belgique, il entame sa carrière dans un important cabinet d’affaires à Bruxelles. Son oncle, qui possède une entreprise de dispositifs médicaux dans le Namurois, lui demande conseil pour régler quelques questions juridiques. Il finit par lui proposer de rejoindre l’entreprise comme directeur commercial. «Ce que j’ai fait en 2012. C’était passionnant car l’entreprise opérait au niveau mondial. J’ai appris énormément.» Après quelques années, l’entreprise se fait racheter par un groupe américain coté en bourse. «Cela a fait un gros changement ! J’ai travaillé 2 ans avec les Américains. J’ai eu l’occasion d’assister aux conseils d’administration. J’ai adoré cette période ! Après 2 ans, je me suis senti prêt à entreprendre. Et je savais que j’avais envie de le faire avec mon frère Pierre, ingénieur polytechnicien de l’ULB, aujourd’hui CPO (Chief Product Officer) de Sunrise.»

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